600 décès du 1er juin au 30 septembre 2018 :

Maracineanu, ministre et maître-nageuse, face au problème des noyades


Publié / Actualisé
Des bassins de compétition au ministère des Sports. Roxana Maracineanu veut s'attaquer aux noyades, en rénovant l'apprentissage de la nage à l'école. Mais le chantier est lourd, dépasse ses seules attributions et des acteurs jugent les moyens insuffisants.
Des bassins de compétition au ministère des Sports. Roxana Maracineanu veut s'attaquer aux noyades, en rénovant l'apprentissage de la nage à l'école. Mais le chantier est lourd, dépasse ses seules attributions et des acteurs jugent les moyens insuffisants.

A l'origine d'un millier de décès par an, les noyades sont la première cause de mort accidentelle des moins de 25 ans et les fortes chaleurs multiplient les risques. La dernière enquête de Santé publique France montre une hausse des accidents, suivis ou non de décès, chez les moins de 13 ans (600 cas du 1er juin au 30 septembre 2018, contre 338 en 2015).

Dans ce contexte, "la première des sécurités, c'est d'apprendre à nager aux enfants" plutôt que de s'en remettre uniquement aux brassards ou bouées, explique à l'AFP la première Française championne du monde de natation, en 1998.

Après le haut niveau, Roxana Maracineanu s'est investie dans une association de natation pour tous, à Clamart (Hauts-de-Seine). Elle en tire la certitude qu'il faut transmettre aux enfants, dès 3 à 4 ans, la capacité à flotter et à se laisser porter à la surface, bien avant la brasse ou le crawl.

"On pense que pour savoir nager, il faut se déplacer dans l'eau sinon on coule. Mais l'eau nous porte", insiste-t-elle. Ministre mais toujours maître-nageuse, Roxana Maracineanu a prêté sa voix à des tutoriels mis en ligne par ses services depuis le mois d'avril, où les parents peuvent apprendre à leurs enfants à cheminer la tête sous l'eau. Voilà pour la théorie.

- "Aisance aquatique" -

En pratique, Roxana Maracineanu veut instituer des "classes bleues" dès la maternelle. Soit des cours quotidiens pendant une à deux semaines, pour apprendre l'"aisance aquatique" aux tout petits. Après une première expérimentation dans deux classes à Paris en avril, l'objectif d'une centaine d'établissements est visé l'année prochaine.

Pour plusieurs acteurs, la généralisation d'un tel dispositif, qui dépend aussi de l'Education nationale et des communes, est cependant hasardeux. "L'+aisance aquatique+ à 3 ans, pour tout le monde, c'est simpliste", juge le secrétaire général adjoint du Syndicat national professionnel des maîtres nageurs sauveteurs (Snpmns) Axel Lamotte. "Il faut adapter la pédagogie aux âges et milieux sociaux. Là où je travaillais (à Aulnay-sous-Bois), les enfants arrivaient à l'école le ventre vide, comment vous voulez les mettre dans l'eau ?", ajoute-t-il.

"L'aisance aquatique en fin de maternelle est déjà prévue par les textes, on n'a rien découvert", souligne à son tour Elisabeth Allain-Moreno, déléguée du syndicat SE-Unsa pour le sport scolaire et l'éducation physique et sportive. "Mais en l'état ce n'est pas applicable, parce que l'accès aux bassins est très insuffisant", ajoute-t-elle.

- "Réenchanter" -

La France compte aujourd'hui plus de 6.000 bassins dans 4.500 piscines. Mais "plus de la moitié des surfaces sont inadaptées à l'apprentissage annuel", en raison d'équipements privilégiant les activités ludiques, ou parce que nombre de piscines, découvertes, n'ouvrent que l'été, explique à l'AFP le responsable "territoires et équipements" de la Fédération française de natation (FFN), Basile Gazeaud. La vétusté guette aussi une partie du parc. "Il y a des projets d'ouverture mais il y a beaucoup de piscines qui ferment", constate-t-il.

Résultat, "un apprentissage scolaire bâclé", constat partagé par de nombreux acteurs. Pour la ministre, c'est surtout un problème d'efficacité : à l'école, "les maîtres-nageurs font ce qu'ils peuvent avec des classes qui s'enchaînent toutes les demi-heures, toute la journée. C'est l'usine (...) Chaque année, les enfants doivent revenir parce qu'ils n'ont pas appris à nager", souligne-t-elle. Une meilleure prise en charge en maternelle fera diminuer les besoins, et donc la surcharge, en primaire, selon elle.

La ministre met aussi en avant l'enveloppe supplémentaire de 15 millions d'euros qu'elle a dégagée dans son budget, destinée à des rénovations ou constructions de bassins dédiés à l'apprentissage, notamment des bassins mobiles. "Des moyens ridicules", pour Axel Lamotte, "15 millions c'est le prix d'une piscine".

Enfin, Roxana Maracineanu compte "réenchanter le métier de maître-nageur", qui souffre d'une pénurie de vocations, en raison d'une formation longue et coûteuse, de faibles salaires et de conditions de travail difficiles selon les organisations représentatives. Selon elles, il manque entre 2.000 et 5.000 maîtres nageurs en France.

AFP

   

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