Rugby :

Mondial-2019: la Nouvelle-Zélande préoccupée par la baisse de la pratique scolaire


Publié / Actualisé
Et si Jonah Lomu, Richie McCaw et autres Dan Carter n'avaient plus de successeurs? Alors que les All Blacks s'attaquent à une troisième couronne mondiale de rang, la Nouvelle-Zélande s'inquiète d'une chute "alarmante" du nombre de joueurs dans ses compétitions scolaires.
Et si Jonah Lomu, Richie McCaw et autres Dan Carter n'avaient plus de successeurs? Alors que les All Blacks s'attaquent à une troisième couronne mondiale de rang, la Nouvelle-Zélande s'inquiète d'une chute "alarmante" du nombre de joueurs dans ses compétitions scolaires.

Selon une enquête récente, le nombre de lycéens jouant au rugby est ainsi passé de 25.841 en 2014 à 21.532 en 2018 alors que, à Auckland, le nombre d'équipes de rugby dans le secondaire a chuté de 225 à 181 équipes entre 2013 et 2018. Une tendance qui se répercute dans tout le pays.

Or, en Nouvelle-Zélande, les All Blacks, champions du monde en 1987, 2011 et 2015, sont une institution. Et le rugby pratiqué dans les établissements scolaires, qui concerne les élèves âgés de 13 à 18 ans, n'est pas une mince affaire: ces écoles sont de véritables pourvoyeurs pour les franchises de Super Rugby ou la sélection et les matches entre les meilleures équipes sont d'ailleurs retransmis à la télévision nationale.

C'est là, au milieu de ces rivalités qui, pour certaines, remontent à plus d'un siècle, que les jeunes Lomu, McCaw ou Carter ont appris leur rugby, perfectionnant leur jeu sous les couleurs du Wesley College, des Otago Boys' ou des Christchurch Boys' High.

Au total, la prestigieuse école Auckland Grammar School a ainsi vu 51 futurs All Blacks passer par ses rangs, dont l'entraîneur champion du monde en 2011 Graham Henry. Avec respectivement 46 et 35 internationaux, Christchurch Boys' High et Wellington College affichent un pedigree similaire. "Le rugby fait partie intégrante de la société néo-zélandaise, dans tous les milieux, et nous avons de fortes traditions dans nos écoles", explique Peter Gall, coauteur d'un rapport indépendant sur le rugby dans les écoles secondaires publié cette année.

Ce rapport, commandé par la Fédération néo-zélandaise (NZRU), révèle que, si le rugby est en plein essor chez les écolières, les garçons se tournent de plus en plus vers d'autres disciplines comme le basket. "Le nombre de garçons qui pratiquent dans le secondaire baisse à un rythme alarmant, surtout si l'on considère que le nombre total de lycéens est en augmentation constante", assure-t-il.

- Fournisseurs de All Blacks -

"La diminution du nombre de joueurs entraîne une baisse du nombre d'équipes ainsi que des problèmes pour former des compétitions significatives et viables", ajoute Gall. Dans son rapport, il pointe une série de raisons expliquant ce déclin, dont la structure "fragmentée et confuse" des compétitions ainsi que le manque d'entraîneurs qualifiés ou une inquiétude grandissante quant à la dangerosité physique du sport en lui-même.

Le caractère hyper-compétitif de certaines compétitions, avec des écoles proposant des programmes de rugby proches des académies semi-professionnelles, a également été qualifié de "source d'inquiétude avec des résultats discutables". Ce rapport a été publié peu après une controverse autour d'un tournoi à Auckland où les autres écoles ont menacé de boycotter les matches face au St Kentigern College en raison de sa politique de recrutement.

La querelle a mis en lumière bon nombre des préoccupations exprimées dans le rapport Gall, la riche école privée étant accusée d'utiliser ses bourses d'études pour attirer les meilleurs talents, ce qui lui a permis de remporter cinq titres en sept ans. "Ils ne forment pas des joueurs, de la 9e à la 11e année (entre 12 et 15 ans, NDLR). Ils visent les superstars. C'est sacrément effronté ", avait alors assuré Matthew Bertram, le directeur du lycée Napier Boys'.

- Braconnage de talents -

St Kentigern a fini par reculer et signer un code de bonne conduite limitant les conditions de recrutement. Or, selon Gall, le problème ne se limite pas à cette seule école. Des étudiants, cités dans ce report, ont ainsi indiqué que cette approche, portée sur la victoire à tout prix, avait altéré leur plaisir à pratiquer le rugby.
En l'absence de bonne gouvernance, selon Gall, il est difficile d'adopter des politiques visant à rendre le jeu plus inclusif, à encourager la participation tout en mettant l'accent sur les valeurs du rugby, plutôt que de chercher simplement à gagner.

"Cela ne peut se faire ad hoc, il faut davantage de planification et de réflexion stratégique sur la façon de développer le jeu", explique-t-il. "Il y a des provinces où les clubs sont en guerre entre eux, contre les écoles et où les écoles sont en guerre contre les clubs et le syndicat provincial, cela ne peut plus durer", déplore-t-il.

En réponse à ce rapport, la fédération (New Zealand Rugby) a nommé un directeur des écoles secondaires et planche sur une nouvelle structure afin de superviser le rugby scolaire. "Le rugby est encore un sport populaire, avec beaucoup d'adeptes et ce n'est pas comme si tout allait s'écrouler", nuance Gall. "Il sera toujours-là au niveau des écoles mais, ceci dit, en construisant une pyramide basée sur des taux de participation plus élevés, vous créez plus d'opportunités pour que les meilleurs, la crème, arrivent au sommet."

AFP

   

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