Elections :

Les Afghans aux urnes pour une présidentielle à risques


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Les Afghans se rendent aux urnes ce samedi pour choisir un président dans une élection qui se déroule sous la triple menace des attentats des talibans, de la fraude et de l'abstention des électeurs.
Les Afghans se rendent aux urnes ce samedi pour choisir un président dans une élection qui se déroule sous la triple menace des attentats des talibans, de la fraude et de l'abstention des électeurs.

Elle se tient alors que les pourparlers entre Américains et talibans sont au point mort, rendant toujours aussi lointaine la perspective d'un dialogue inter-afghan (entre gouvernement et insurgés) pour arriver à la paix.

Les talibans ont multiplié les avertissements aux quelque 9,6 millions d'électeurs pour les dissuader de participer au scrutin. Ils ont expliqué jeudi que leurs moujahidines viseront "les bureaux et les centres (de vote) accueillant ce spectacle".

"Tous les actes de violence contre le processus électoral... sont inacceptables", a mis en garde Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations Unies.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé le déploiement de 72.000 hommes pour garder les près de 5.000 bureaux de vote du pays, qui ouvriront leurs portes à 07H00 (02H30 GMT) et devraient les fermer à 15H00. Il a interdit par ailleurs depuis mercredi soir l'accès à la capitale à tous les camions et camionnettes, par peur des attentats aux véhicules piégés.

La campagne électorale a démarré fin juillet par un attentat ayant fait 20 morts. Plus de cent autres personnes ont été victimes d'attaques revendiquées par les talibans depuis. A cela s'ajoute le risque que le groupe Etat islamique se mette de la partie, lui qui a revendiqué un attentat contre un mariage ayant fait 80 morts en août.

- Quatrième présidentielle -

C'est la quatrième élection présidentielle dans l'histoire du pays, la première s'étant tenue en 2004. Le scrutin rassemble 18 candidats à un mandat de cinq ans, et oppose surtout deux favoris, l'actuel chef de l'Etat Ashraf Ghani et son chef de l'exécutif Abdullah Abdullah.

Ils s'affrontaient déjà en 2014, dans une élection marquée par des irrégularités si graves que les Etats-Unis avaient imposé par leur médiation la création du poste de M. Abdullah, réputé arrivé second.

Les Etats-Unis attendent que "la conduite des candidats et des institutions en charge de l'élection soit sans sans reproche, afin d'assurer la légitimité de son résultat", a affirmé le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans une conversation avec M. Ghani jeudi.

Les autorités afghanes ont assuré avoir pris toutes les mesures pour éviter la fraude, en déployant notamment une batterie de moyens techniques, dont des lecteurs biométriques. Les résultats préliminaires sont attendus le 19 octobre et les définitifs le 7 novembre.

La première inconnue sera l'ampleur de l'abstention. Si ce n'est pas la peur des attentats ou de la fraude qui les tiennent à l'écart des urnes, bon nombre d'électeurs devraient rester chez eux, ayant perdu tout espoir que leurs élites améliorent leurs conditions d'existence.

Le futur chef de l'Etat prendra la tête d'un pays en guerre, où 55% de la population vivait avec moins de deux dollars par jour en 2017, et où le conflit avec les insurgés a tué plus de 1.300 civils au premier semestre 2019, selon l'ONU.

Bien que prévu de longue date, le vote de samedi a longtemps paru pris en otage par les récents pourparlers entre les Etats-Unis et les talibans sur un retrait des troupes américaines.

Donald Trump y a brutalement mis fin début septembre, alors qu'un accord semblait imminent. Nombre d'observateurs anticipaient que l'élection serait suspendue pour laisser la place à l'application du plan de retrait. Ce dernier, négocié sans le gouvernement de M. Ghani, prévoyait l'ouverture d'un dialogue inter-afghan.

L'enjeu de long terme du scrutin de samedi est de fournir une légitimité suffisante au futur président pour se poser en interlocuteur incontournable de ce dialogue. Encore faudrait-il que les talibans acceptent de le mener avec un pouvoir qualifié jusqu'ici de "marionnette" de Washington.

AFP

   

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