Le mouvement a débuté le 17 octobre :

Liban: l'impasse se prolonge, signes de tension avec l'armée


Publié / Actualisé
Le bras de fer entre la rue et le pouvoir s'est prolongé samedi au Liban, avec des risques de dérapage soulignés par une montée de la tension entre l'armée et les manifestants après une démonstration de force du Hezbollah pro-iranien.
Le bras de fer entre la rue et le pouvoir s'est prolongé samedi au Liban, avec des risques de dérapage soulignés par une montée de la tension entre l'armée et les manifestants après une démonstration de force du Hezbollah pro-iranien.

Samedi après-midi, de violents heurts ont été signalés entre les manifestants et des soldats à Tripoli, la grande ville du nord, au dixième jour d'un mouvement de contestation inédit contre une classe politique jugée incompétente et corrompue. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

Les forces de l'ordre sont également intervenues sur le pont qui surplombe le centre-ville de Beyrouth, soulevant des manifestants assis à même le sol pour dégager le passage, avant de se retirer. A l'issue d'une réunion au siège de l'Etat major, l'armée et la police ont fait part de leur volonté "d'ouvrir les principaux axes routiers à travers le pays". "Nous allons négocier avec les protestataires sans avoir recours à la force", a assuré à l'AFP un porte-parole de l'armée.

Plusieurs axes routiers reliant Beyrouth au reste du pays étaient toujours bloqués samedi par les manifestants, prolongeant la paralysie du pays dont les banques, les écoles et les universités sont fermées. Les voies sont barrées par de grandes bâches bleues sous lesquelles les plus déterminés ont passé la nuit. "Si tu aimes tes enfants et ton pays, tu dois être là et rester", expliquait une femme d'une cinquantaine d'années. "Descendez, venez ici, venez voir comme le peuple souffre!", hurlait un jeune sous les vivats de la foule.

- Une chaîne humaine de 170 km -

Pour la première fois, des dizaines de partisans du président Michel Aoun, conspué comme les autres dirigeants, ont organisé samedi des sit-in de soutien au chef de l'Etat à travers le pays. La tension est parfois montée, avec des échanges d'insultes entre les deux camps.
Vendredi, de violents heurts, qui ont fait plusieurs blessés légers, avaient opposé dans le c?ur de la capitale des manifestants à des partisans du Hezbollah.

Furieux des slogans hostiles à leur leader vénéré Hassan Nasrallah, des dizaines de membres du Hezbollah chiite se sont rués sur les manifestants, obligeant la police antiémeutes à s'interposer. Des scènes similaires ont été signalées dans des villes du sud à majorité chiite, notamment à Nabatiyé et Tyr où des cris hostiles à Hassan Nasrallah sont entendus pour la première fois.

Depuis le début du mouvement populaire le 17 octobre, les manifestants crient leur colère de vivre dans un pays où les services de base, comme l'eau et l'électricité ne sont pas assurés 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-1990).
La classe politique, quasi inchangée depuis cette époque, décide de la destinée d'un Etat en déliquescence classé parmi les plus corrompus de la planète.

Des appels sont apparus sur les réseaux sociaux pour organiser dimanche une chaîne humaine géante qui longerait toute la côte libanaise, de Tripoli à Tyr, sur 170 km, et impliquerait la mobilisation d'au moins 100.000 personnes selon les estimations.

- "Chaos" -

Hassan Nasrallah, dont le mouvement est le seul à n'avoir pas déposé les armes à la fin de la guerre civile, a lancé vendredi un appel au calme à ses fidèles, qui ont aussitôt déserté la manifestation de Beyrouth. Mais M. Nasrallah, dont le mouvement fait partie de la coalition gouvernementale, a aussi brandi la menace du "chaos" et d'un "effondrement économique".

Le chef du Hezbollah a écarté tout chamboulement institutionnel, rejetant la principale revendication de la foule après les fins de non-recevoir opposées par le Premier ministre Saad Hariri et le président Michel Aoun: le départ de l'ensemble de la classe politique. Seule institution à avoir échappé au mépris général de la population, l'armée joue désormais un rôle clé. Des soldats avaient déjà tenté mercredi de lever les barrages mais ont fini par fraterniser avec les manifestants qui leur offraient des fleurs.

Malgré les heurts, des dizaines de milliers de personnes sont restées dans la rue, criant, chantant et agitant les drapeaux du Liban frappés d'un cèdre vert. A Tripoli, à Beyrouth ou dans le Sud, les slogans phares sont restés inchangés depuis dix jours: "Révolution, révolution!", "Tous, cela veut dire tous!", "Le peuple veut la chute du régime"...

AFP

   

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