Contestation sociale :

"Gilets jaunes": un an après, une fièvre retombée et une mobilisation à réinventer


Publié / Actualisé
Leur révolte, née d'une taxe sur le carburant, avait jailli au coeur de l'automne et ébranlé le pouvoir: les "gilets jaunes", dont les cortèges se dégarnissent, cherchent désormais d'autres voies pour pérenniser un mouvement social inédit, marqué par la dénonciation des "violences policières".
Leur révolte, née d'une taxe sur le carburant, avait jailli au coeur de l'automne et ébranlé le pouvoir: les "gilets jaunes", dont les cortèges se dégarnissent, cherchent désormais d'autres voies pour pérenniser un mouvement social inédit, marqué par la dénonciation des "violences policières".

Le 17 novembre 2018, 282.000 personnes selon les autorités, chasuble fluo sur le dos, répondaient à un appel lancé sur Facebook, hors de tout cadre politique ou syndical, et investissaient des centaines de ronds-points, symboles de la France périurbaine au pouvoir d'achat en berne.

Le même jour, à Paris, certains bloquaient une partie des Champs-Élysées, devenue ensuite le lieu de rendez-vous emblématique des samedis de manifestations. La célèbre avenue est toutefois désormais interdite aux "gilets jaunes" depuis son saccage mi-mars, lors d'un "acte" qui avait aussi entraîné le limogeage du préfet de police Michel Delpuech.

Ce fut le dernier gros pic de fièvre d'un mouvement déjà marqué en décembre par l'assaut contre l'Arc de Triomphe, dont les images ont fait le tour du monde.
Depuis le printemps, la mobilisation dans la rue n'a cessé de décroître, pour ne plus réunir que quelques milliers de manifestants lors des derniers week-ends.

"Ce qui est étonnant, c'est que ça dure encore, pas qu'il y ait moins de monde", estime Priscillia Ludosky, l'une des inspiratrices de la contestation sociale. "Il y a énormément de personnes qui aujourd'hui n'osent plus manifester de peur de perdre un ?il, une main ou d'être soumis au gaz lacrymogène", juge de son côté François Boulo, avocat et porte-parole des "gilets jaunes" à Rouen.

Au total, 24 manifestants auraient été éborgnés par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), devenu le symbole des "violences policières" dénoncées par les "gilets jaunes".

Selon les autorités, environ 2.500 manifestants et 1.800 membres des forces de l'ordre ont été blessés, et onze personnes ont trouvé la mort en marge des défilés. Et, pour la première fois, deux policiers seront jugés fin novembre et mi-décembre pour des violences présumées sur des manifestants à Paris.

- "Dynamique de politisation" -

Beaucoup espèrent un regain à Paris pour le week-end anniversaire. Un appel à retourner sur les Champs-Elysées a été lancé sur Facebook mais la préfecture de police prévoit des "périmètres d'interdiction (...) considérablement élargis".

Dans une vidéo diffusée lundi, Éric Drouet, autre figure emblématique du mouvement, a notamment appelé à organiser "une opération escargot" sur le boulevard périphérique puis sur la célèbre avenue.

Décréter la fin du mouvement sous le seul "critère du nombre" est une erreur selon Laurent Jeanpierre, chercheur au CNRS et auteur de "In Girum, les leçons politiques des ronds-points". "Il y a incontestablement une perte de vitesse si on se réfère aux manifestations de l'an dernier. Mais les effets d'un mouvement dépassent toujours le temps de la mobilisation", explique le sociologue.

Élaborer un tract, argumenter pour susciter le soutien, procéder à un blocage: "La participation à un mouvement social long permet d'apprendre une série de savoirs pratiques", souligne Camille Bedock, chercheuse au CNRS. La sociologue, membre d'un collectif d'enquête qui a étudié les "gilets jaunes" dès leurs débuts, a constaté une "dynamique de politisation au fur et à mesure".

Les 17 milliards d'euros d'aides et de baisses d'impôts annoncés par Emmanuel Macron ont certes permis de "décrisper" son rapport avec les Français, selon Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, mais "les leviers de soutien et de mobilisation sont toujours là".

- "Lobby citoyen" -

Plusieurs initiatives pour structurer le mouvement, aux contours encore flous, sont en préparation avec pour dénominateur commun l'approfondissement de la démocratie directe.

"C'est une tendance lourde qui précédait les +gilets jaunes+ et que le mouvement a accélérée", analyse Laurent Jeanpierre, rappelant "Nuit Debout" ou les "ZADs".

Priscillia Ludosky s'apprête à lancer son "lobby citoyen", au niveau national et local, "pour faire réagir les élus et leur faire comprendre que les citoyens ont leur mot à dire".

Auteur du manifeste "La ligne jaune", François Boulo a lancé une plateforme qui revendique 27.000 inscrits et vise à mettre sur pied le premier "référendum d'initiative citoyenne" numérique.

Certains espèrent se greffer à d'autres mouvement de contestation. Début novembre, quelques 600 "gilets jaunes" réunis à Montpellier dans leur "Assemblée des assemblées" ont appelé à rejoindre la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites.

D'autres, comme Ingrid Levavasseur ou Benjamin Cauchy, seront candidats aux municipales malgré l'échec des listes "jaunes" aux européennes. Quel que soit son avenir, "le mouvement va laisser une trace dans l'imaginaire, car c'était à la fois inattendu, de grande ampleur, très long et difficile à interpréter", résume Camille Bedock. "Un an après, on ne peut toujours pas dire, +les gilets jaunes c'est ça+".

AFP

   

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