Justice :

Bayrou entendu par les juges dans l'affaire des assistants d'eurodéputés MoDem


Publié / Actualisé
François Bayrou était entendu vendredi au tribunal de Paris dans l'affaire des assistants d'eurodéputés du MoDem, une audition qui pourrait lui valoir une mise en examen et fragiliser sa position au sein de la majorité présidentielle.
François Bayrou était entendu vendredi au tribunal de Paris dans l'affaire des assistants d'eurodéputés du MoDem, une audition qui pourrait lui valoir une mise en examen et fragiliser sa position au sein de la majorité présidentielle.

Le président du MoDem, 68 ans, est arrivé peu avant 09H30 au tribunal, accompagné de son avocat, pour être entendu par la juge Charlotte Bilger, chargée de cette enquête qui ébranle depuis plusieurs semaines le parti centriste.

Une douzaine de responsables du mouvement ont d'ores et déjà été mis en examen depuis la mi-novembre dans cette affaire, dont l'ex-eurodéputée Sylvie Goulard, l'ancien garde des Sceaux Michel Mercier ou le directeur financier du parti Alexandre Nardella.

La vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez, entendue mercredi, a pour sa part été mise en examen pour "détournement de fonds publics" pour le contrat d'une ancienne assistante. Pour cinq autres contrats suspects, la juge l'a placée sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Les juges cherchent à déterminer si des assistants parlementaires, qui travaillaient aussi à temps partiel pour le MoDem, ont réellement effectué les tâches financées par les crédits européens ou si ce montage servait à financer frauduleusement la masse salariale du parti.

L'enquête, confiée aux juges Charlotte Bilger, Bénédicte de Perthuis et Patricia Simon, porte sur la législature 2009-2014 mais aussi, dans une moindre mesure, sur les législatures précédentes. À ce stade, neuf anciens eurodéputés MoDem se trouvent dans le viseur de la justice.

François Bayrou, qui a toujours nié tout système d'emplois fictifs, a relativisé la semaine dernière les poursuites visant les cadres de son parti. "Tout le monde est mis en examen ou à peu près dans la vie politique française", a-t-il déclaré.

Les collaborateurs travaillaient "à temps partiel" pour le MoDem et "étaient payés pour une fraction de temps par le Parlement européen et l'autre fraction du temps par (le) mouvement". "Qu'est ce qu'il y a de répréhensible à ça?", a-t-il ajouté.

- "Admiration" -

L'ouverture d'une enquête préliminaire du parquet de Paris, en juin 2017, avait entraîné la démission de M. Bayrou du poste de ministre de la Justice, de même que celles de Marielle de Sarnez (Affaires européennes) et de Sylvie Goulard (Armées).

Cette affaire, ajoutée à la polémique sur des prestations réalisées pour un think tank américain, a par ailleurs coûté à Sylvie Goulard sa place dans la nouvelle Commission européenne, refusée en octobre par les eurodéputés.

Entendu le 11 septembre par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), M. Bayrou a insisté sur le fait que les accusations à l'encontre du MoDem émanaient de personnes en conflit avec le parti, évoquant un contexte de vengeance politique.

"Alexandre Nardella (trésorier du parti, NDLR) avait pris l'initiative d'aller voir chacun des assistants qui étaient également salariés pour leur demander de lui rendre compte s'ils constataient un changement de la répartition effective de leur temps de travail", a-t-il souligné.

"C'est-à-dire qu'ils devaient l'informer s'ils constataient qu'ils travaillaient d'avantage pour l'une ou pour l'autre des deux fonctions que ce qui était prévu", a poursuivi le responsable centriste, niant tout détournement de fonds publics au bénéfice du MoDem.

La mise en examen du maire de Pau, qui a fait de l'exemplarité un cheval de bataille, pourrait remettre en question l'équilibre de la majorité, alors que les relations entre LREM et les troupes bayrouistes demeurent contrastées, voire conflictuelles s'agissant de la campagne des municipales.

"François Bayrou a consacré une bonne part de sa vie politique à faire avancer la question de la probité dans la vie politique, c'est une part inhérente de son combat politique", a toutefois souligné vendredi le délégué général de LREM, Stanislas Guerini, disant lui maintenir sa "confiance" et son "admiration".

Le MoDem n'est pas la seule formation dans le viseur de la justice pour des emplois présumés fictifs au Parlement européen. Des enquêtes similaires ont ainsi été ouvertes pour La France insoumise (LFI) et pour le Front national (FN), dans laquelle une vingtaine de personnes, dont Marine Le Pen, ont été mises en examen.

AFP

   

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