Coronavirus :

Le transfert de patients s'accélère, l'épidémie aussi


Publié / Actualisé
Soulager les hôpitaux des régions les plus frappées par le coronavirus: c'est tout l'enjeu des transferts de malades qui s'accélèrent ce week-end depuis le Grand Est et, dans une moindre mesure, l'Île-de-France.
Soulager les hôpitaux des régions les plus frappées par le coronavirus: c'est tout l'enjeu des transferts de malades qui s'accélèrent ce week-end depuis le Grand Est et, dans une moindre mesure, l'Île-de-France.

Une première évacuation effectuée par un hélicoptère militaire a eu lieu samedi matin, depuis Metz, afin de transporter deux malades vers l'hôpital d'Essen, en Allemagne. Une nouvelle rotation d'un hélicoptère militaire vers l'Allemagne, avec deux autres patients, sera "probablement" réalisée dimanche en début d'après-midi, a indiqué à l'AFP François Braun, chef du service des urgences du centre hospitalier régional (CHR) de Metz.

Et d'autres transferts de malades devraient être décidés au fur et à mesure, selon l'évolution de la situation, a précisé le médecin. Ces transferts ont lieu dans le cadre de l'opération Résilience, lancée par Emmanuel Macron. C'est également en vertu de cette opération qu'est mise en oeuvre ce week-end la plus importante évacuation sanitaire de patients du Covid-19 sur le territoire français. Au total, elle concerne une quarantaine de patients qui doivent être transférés du Grand Est vers la Nouvelle-Aquitaine, selon l'Agence régionale de santé (ARS) de cette dernière région. 

Quatre malades sont attendus samedi dans des hôpitaux de Poitiers et Limoges, et dimanche, 36 autres arriveront à bord de deux TGV médicalisés, pour être répartis dans une petite dizaine de villes. La Nouvelle-Aquitaine dispose en "soins critiques" (incluant la réanimation, les soins intensifs et continus) de 1.640 lits dont 569 disponibles. Une situation qui contraste avec celle de l'Ile-de-France, de plus en plus tendue: sur 1.500 places dans les services de réanimation de la région parisienne, 1.300 lits sont actuellement occupés.

- Confinement prolongé -

Par endroits, comme en Seine-Saint-Denis, les hôpitaux sont déjà saturés. "On est en train de passer à une médecine de guerre", affirme Héloïse (prénom modifié), infirmière. Aucun "tri" de patient n'est encore évoqué, "mais on sait que les patients au-delà de 80 ans ne sont pas prioritaires"... Une quinzaine de patients franciliens en réanimation doit être évacuée vers des établissements de la région Centre-Val de Loire dans le courant du week-end, a annoncé vendredi soir le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, en parlant d'une mesure "d'anticipation".

Car comme l'a dit le Premier ministre, Edouard Philippe, vendredi, la crise sanitaire "ne va pas s'améliorer rapidement", du fait d'une vague épidémique "extrêmement élevée", qui "soumet l'ensemble du système de soins, l'ensemble du système hospitalier, à une tension redoutable". C'est pour cela que le confinement de la population, en vigueur depuis le 17 mars, a été prolongé vendredi jusqu'au 15 avril au moins.

Selon le dernier bilan officiel vendredi soir, l'épidémie a fait 1.995 morts rien que dans les hôpitaux, dont près de 300 au cours des dernières 24 heures, et conduit 3.787 patients en réanimation (+412). Outre la question de la place dans les hôpitaux, cette vague épidémique pose aussi celle d'une possible pénurie de médicaments.

"On n'a aucune rupture (...), mais par contre on est vraiment en tension", a affirmé samedi sur BFM TV le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste réanimateur à la Pitié-Salpêtrière à Paris. Le matériel est aussi au coeur d'une fronde. Un collectif de soignants, déjà à l'origine de plaintes contre Edouard Philippe et l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn, a réclamé vendredi au gouvernement les contrats de commandes de masques et tests de dépistage du coronavirus des trois derniers mois.

- Ehpad: l'inquiétude -

Enfin, la situation dans les Ehpad est également source d'inquiétudes, puisque les personnes âgées sont parmi les plus à risques, même si le coronavirus peut aussi frapper les jeunes, comme l'a rappelé cette semaine la mort d'une adolescente de 16 ans. "Le manque de moyens se fait ressentir avec une acuité particulière dans les structures qui accueillent les personnes âgées et dépendantes", a souligné samedi l'Académie de médecine dans un communiqué.

"L'Académie considère comme une urgence de pourvoir les établissements de personnes âgées en masques et en tests de dépistage, autant à destination des patients que des personnels et ce dès les premiers symptômes', a-t-elle ajouté. Le Premier ministre doit donner samedi une conférence de presse avec le ministre de la Santé Olivier Véran et a promis un point "transparent" de la situation sanitaire, notamment la pénurie de masques ou la question des tests.

Emmanuel Macron, lui, a nié tout éventuel retard français dans la gestion de l'épidémie. "J'ai abordé cette crise avec sérieux et gravité dès le début, lorsqu'elle s'est déclenchée en Chine (...) J'ai suivi à chaque étape trois principes essentiels: fonder nos décisions sur des avis scientifiques, s'adapter à l'évolution de la crise, prendre des mesures proportionnées", a assuré le président dans un entretien publié samedi par trois quotidiens italiens.

AFP

   

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