Turquie :

Coronavirus: dans la "bataille", les soignants turcs s'accrochent aux petites victoires


Publié / Actualisé
Lorsque Alye Gunduz, 93 ans, est sortie en fauteuil roulant d'un hôpital d'Istanbul après dix jours de traitement contre le Covid-19, les médecins et infirmières n'ont pu contenir leur joie qui a éclaté dans un tonnerre d'applaudissements.
Lorsque Alye Gunduz, 93 ans, est sortie en fauteuil roulant d'un hôpital d'Istanbul après dix jours de traitement contre le Covid-19, les médecins et infirmières n'ont pu contenir leur joie qui a éclaté dans un tonnerre d'applaudissements.

La guérison de cette nonagénaire n'est qu'une petite victoire dans le cadre de la guerre plus large que livre l'humanité contre la pandémie de nouveau coronavirus. Mais elle permet aux soignants de tenir. "Ca donne de l'espoir, car les patients de cet âge qui ont en plus des maladies chroniques sont la plupart du temps incapables de se remettre", souligne Zekayi Kutlubay, médecin-chef à l'hôpital universitaire Cerrahpasa.

"Une femme de 93 ans qui sort en pleine santé de l'unité des soins intensifs est une source d'inspiration pour nous, mais aussi pour les autres patients de son âge", dit-il à l'AFP. Avec plus de 47.000 cas, dont 1.006 mortels selon le dernier bilan officiel publié vendredi, la Turquie est l'un des dix pays les plus touchés par la pandémie de SARS-CoV-2. La progression y est l'une des plus rapides au monde.

- "Ennemi invisible" -

En première ligne face à un "ennemi invisible", ainsi que le qualifie le président Recep Tayyip Erdogan, les soignants turcs luttent jour et nuit, essuyant eux aussi des pertes: un médecin est mort et plus de 600 ont été contaminés. "Tout le monde travaille d'arrache-pied comme s'il était en guerre", souligne le professeur Nuri Aydin, recteur de la faculté de médecine de Cerrahpasa.

"L'atmosphère ici n'est pas celle d'un lieu de travail normal, mais celle d'un champ de bataille", dit-il en faisant visiter l'hôpital à l'AFP. Environ 60% des cas de coronavirus en Turquie ont été recensés à Istanbul, ville tentaculaire de plus de 15 millions d'habitants et capitale économique de ce pays.

Dès l'apparition des premiers cas en Turquie mi-mars, l'hôpital Cerrahpasa a agrandi l'unité des soins intensifs et séparé la section dédiée au nouveau coronavirus, dont les entrées sont strictement contrôlées. Les médecins y traitent 210 personnes testées positives au Covid-19, ainsi que 30 patients en soins intensifs. Un bâtiment est consacré exclusivement au traitement des soignants qui ont eux-mêmes contracté le virus.

- "Pas de prix" -

De peur de contaminer leurs proches, certains membres du personnel soignant dorment à l'hôtel ou dans des résidences étudiantes reconverties en centres d'hébergement. "Ils accomplissent quelque chose de surhumain. Il n'y a pas de prix pour le travail des soignants, ils sont au service de l'humanité", déclare M. Aydin, le recteur.

Furkan Kurt, un médecin adjoint de 28 ans, n'a pas vu ses parents depuis un mois. De peur de les contaminer, il a loué un autre appartement. "Nous prenons toutes les mesures de protection, mais nous ne pouvons pas être sûrs que nous ne serons pas contaminés", souligne-t-il. "Nous nous accrochons à l'espoir de voir les beaux jours à venir. Il faut être optimiste, c'est la seule chose à faire", ajoute-t-il.

En plus du virus, les soignants doivent aussi composer avec des patients qui arrivent parfois déboussolés. "Samedi, on a reçu aux urgences un patient qui n'avait ni pyjama, ni chaussons. On répond à leurs besoins, on leur prête notre téléphone portable si besoin", raconte Merve Pirecioglu, infirmière en chef.

- Anniversaire masqué -

Omer Faruk Bilici, un médecin âgé de 34 ans qui travaille dans un autre établissement, est sorti de Cerrahpasa après 20 jours de traitement, dont une partie en soins intensifs. Il dit que ses collègues "ont peur d'être contaminés", mais lui n'a qu'une hâte : "Retourner sur le terrain".

Rien qu'à Cerrahpasa, 70 soignants ont contracté le nouveau coronavirus. "Nous travaillons jour et nuit pour que les patients guérissent", souligne le professeur Ilker Inanç Balkan. "Chaque fois qu'un patient guérit, notre motivation se renforce".

Pour tenir jusqu'au bout dans cette lutte dont ils ne voient pas encore la fin, les soignants de Cerrahpasa n'oublient pas de prendre soin les uns des autres. Ainsi, les collègues du médecin-chef Kutlubay lui ont organisé il y a quelques jours un anniversaire surprise pour ses 50 ans, respectant les distances de sécurité autour d'une table.

En raison du masque recouvrant son visage, M. Kutlubay n'a pas pu souffler les bougies. "On a fait comme cela pour cette fois, en espérant que cela changera l'an prochain".

AFP

   

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