Résurgence de la pandémie :

Coronavirus: en Serbie, le système sanitaire pointé du doigt


Publié / Actualisé
Il a appris sa mort en lui portant de l'eau et des fruits à l'hôpital: pour Petar Djuric, autant que le coronavirus, la déliquescence du système de santé en Serbie a tué son père.
Il a appris sa mort en lui portant de l'eau et des fruits à l'hôpital: pour Petar Djuric, autant que le coronavirus, la déliquescence du système de santé en Serbie a tué son père.

Candidat à l'Union européenne, ce petit pays des Balkans connaît une résurgence de la pandémie, qui a suscité plusieurs soirées de manifestations violentes pour dénoncer la gestion gouvernementale de la crise sanitaire.

Avec 300 nouveaux cas désormais détectés chaque jour, la Serbie s'approche des niveaux d'avril, au pic de la première vague. "Le système sanitaire (est) surchargé par le nombre de personnes infectées", a reconnu le gouvernement serbe, faisant état d'une situation critique à Belgrade. Un record de 170 personnes étaient sous assistance respiratoire mardi, ont annoncé les autorités.

"Papa, c'est pour toi": cette exclamation poussée face à la caméra par Petar Djuric, les yeux rougis par les gaz lacrymogènes au premier soir des manifestations le 7 juillet, est devenu le cri de ralliement des protestataires et a fait de ce jeune entraîneur de basket un symbole de la colère.

"Mon père est tombé malade fin mars, il avait beaucoup de fièvre, il toussait. On a appelé le centre d'appel Covid-19 chaque jour. Ils nous disaient d'attendre, de ne pas venir à l'hôpital", raconte à l'AFP cet homme de 31 ans qui y conduit finalement son père.

Selon lui, le 9 avril, un médecin recommande le transfert dans un service d'assistance respiratoire de ce peintre de 71 ans, "en pleine santé" selon son fils. Mais dans l'hôpital de Zemun, près de Belgrade, "aucun respirateur n'était alors disponible", assure Petar Djuric, ce que les autorités réfutent, le président Aleksandar Vucic montant même au créneau pour dénoncer un "mensonge".

"Je crois que les médecins ont fait de leur mieux. Mais apparemment, le système ne fonctionne pas. Mon père me disait que la situation était catastrophique", raconte-t-il.

- "Manipulations" -

"Des soins médicaux accessibles à tous": voilà ce que réclament sur leurs pancartes les manifestants descendus dans la rue pour dénoncer les incohérences de la gestion de la crise sanitaire.

Ils reprochent aux autorités d'avoir menti sur l'ampleur de la pandémie et le nombre de décès. "On en a assez des manipulations des chiffres du Covid-19", explique une manifestante, Danijela Ognjenovic, 52 ans.

Belgradoise de 50 ans, Stana, qui préfère taire son nom de famille, explique à l'AFP qu'elle est convaincue que son beau-père est mort du Covid-19. Pourtant, comme beaucoup, il n'est pas dans les chiffres officiels, faute d'avoir pu être testé.

Pourtant, selon Aleksandar Vucic, le pays dispose "d'un système de santé meilleur que celui de neuf pays de l'Union européenne". Président du syndicat des médecins et des pharmaciens, Rade Panic, dans une interview en avril au quotidien d'opposition Danas, se montrait moins enthousiaste: "Notre système de santé tombe en lambeaux depuis des années, et nous voyons le résultat aujourd'hui."

- Exode massif -

Malgré une réputation longtemps flatteuse, héritage de l'ère yougoslave, le système de santé serbe souffre de l'exode massif, notamment vers l'Allemagne, d'un personnel qualifié mais sous-payé. Selon le portail d'information économique novaekonomija.rs, il manque 3.500 médecins et 8.000 infirmières.

Une infirmière gagne 400 euros par mois, un médecin spécialiste à peine plus de 800, soit "trois fois le salaire d'un travailleur non qualifié", selon un rapport officiel publié par Istinomer, un site de fact-checking serbe.

Sous couvert d'anonymat, un médecin travaillant dans un des services Covid-19 de Belgrade, regrette aussi une politique sanitaire dictée par la politique: à ses yeux, le confinement a été levé trop tôt pour permettre au président Vucic de proclamer sa victoire contre le virus avant les législatives du 21 juin.

"Jusqu'au dernier moment, l'existence d'un danger a été niée, même lorsqu'il était évident". "Il n'y a eu aucune préparation" avant la deuxième vague, afin de "créer l'image d'un système (qui) fonctionne", dénonce ce praticien. "La situation était mauvaise il y a deux semaines, maintenant elle est encore pire", résume-t-il à l'AFP.

A Belgrade, "lorsqu'un patient sort, on ne fait que changer les draps et un autre vient prendre sa place", décrit sur la chaîne nationale RTS Goran Stevanovic, directeur de l'hôpital d'infectiologie et membre de l'état-major de crise, appelant ses concitoyens à respecter gestes barrière et distanciation sociale.

AFP

   

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