Justice :

Affaire des "écoutes" : suspense sur la tenue du procès de Nicolas Sarkozy pour corruption


Publié / Actualisé
Le procès de Nicolas Sarkozy pour corruption dans l'affaire des "écoutes" se tiendra-t-il avant la fin de l'année? Après un faux départ lundi, le tribunal doit se prononcer jeudi lors de la reprise sur la demande de renvoi formulée par l'un des prévenus.
Le procès de Nicolas Sarkozy pour corruption dans l'affaire des "écoutes" se tiendra-t-il avant la fin de l'année? Après un faux départ lundi, le tribunal doit se prononcer jeudi lors de la reprise sur la demande de renvoi formulée par l'un des prévenus.

Ouvert lundi dans un bouillonnement médiatique, ce procès sans précédent a été aussitôt suspendu. En cause: l'état de santé de l'ex-haut magistrat Gilbert Azibert, 73 ans, et son absence, dans le contexte de l'épidémie de Covid-19.

Son avocat a sollicité le renvoi de l'audience et, avant de trancher, la présidente de la 32e chambre correctionnelle de Paris, Christine Mée, a ordonné une expertise médicale, dont les conclusions sont attendues jeudi matin. Selon les résultats, le tribunal dira à la reprise, à 13H30, si le procès peut se poursuivre sans le prévenu à la barre, s'il peut comparaître par visioconférence - option à laquelle la défense s'est opposée en bloc - ou si l'audience doit être renvoyée à une date ultérieure.

Ce procès, qui doit durer trois semaines, est inédit: jamais un ex-chef de l'Etat n'a été jugé pour corruption sous la Ve République. Avant Nicolas Sarkozy, un seul ancien président, Jacques Chirac, a été jugé et condamné en 2011 dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, mais sans avoir jamais comparu devant ses juges, du fait de son état de santé. Nicolas Sarkozy, 65 ans, était lui présent lundi. Il avait dénoncé avant l'ouverture du procès un "scandale qui restera dans les annales" et assuré qu'il ferait "face à (ses) obligations" en s'expliquant devant le tribunal.

Dans ce dossier, également appelé "Bismuth", il est soupçonné d'avoir, avec son avocat Thierry Herzog, tenté de corrompre Gilbert Azibert, alors en poste à la Cour de cassation. Selon l'accusation, l'ancien chef de l'Etat cherchait à obtenir des informations couvertes par le secret, voire de peser, sur une procédure engagée devant la haute juridiction dans l'affaire Bettencourt pour laquelle il a obtenu un non-lieu fin 2013. En contrepartie, il aurait envisagé d'apporter un "coup de pouce" à Gilbert Azibert pour un poste de prestige à Monaco qu'il convoitait mais qu'il n'a jamais obtenu.

- Ligne officieuse -

Les prémices de cette affaire se trouvent dans un autre dossier judiciaire qui concerne Nicolas Sarkozy: les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007 qui lui valent une quadruple mise en examen. Une mise sur écoute dans ce dossier avait révélé l'existence d'une ligne secrète entre l'ancien président et son avocat, ouverte sous le nom de "Paul Bismuth" - en réalité une connaissance de lycée de Me Herzog, dont la constitution de partie civile a été annoncée lundi mais qu'il a ensuite démentie.

Les conversations interceptées sur cette ligne officieuse constituent le socle de l'accusation. Pour la défense, elles sont illégales car elles portent atteinte au secret des échanges entre un avocat et son client. Cette question, tranchée en défaveur du camp Sarkozy par la Cour de cassation en 2016, devrait être à nouveau vigoureusement débattue.

Dans ces conversations fleuries, l'ex-président s'engageait à intervenir en faveur de Gilbert Azibert. "Moi, je le fais monter", "je l'aiderai", dit-il notamment à Me Herzog. Quelques jours plus tard, il déclare qu'il a renoncé à toute "démarche" auprès des autorités monégasques. Pour les enquêteurs, ce revirement soudain pourrait venir de la découverte par les deux hommes que leurs téléphones officieux étaient sur écoute.

"Des petits bouts de phrase extraits d'un contexte", des "conversations entre amis de très longue date", a balayé lundi l'un des avocats de Thierry Herzog, Me Paul-Albert Iweins. Retiré de la politique depuis sa défaite à la primaire de la droite fin 2016 mais toujours très influent chez Les Républicains, Nicolas Sarkozy encourt dix ans de prison et un million d'euros d'amende pour corruption et trafic d'influence, comme ses coprévenus jugés en sus pour violation du secret professionnel. Tous contestent un quelconque "pacte de corruption".

Quelle que soit l'issue jeudi, un autre rendez-vous judiciaire attend Nicolas Sarkozy au printemps: le procès de l'affaire Bygmalion sur ses frais de campagne pour l'élection présidentielle de 2012.

AFP

   

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