L'ancien otage s'est exprimé pour la première fois sur sa détention :

Francis Collomp : "Dès que j'ai été enlevé, j'ai pensé à m'évader"


Publié / Actualisé
Quatre jours après son évasion des geôles islamistes d'Ansaru, au Nigéria, Francis Collomp s'est exprimé avec beaucoup d'émotion - et pour la première fois devant la presse -, sur ses conditions de détention et sur son incroyable évasion, ce jeudi 21 novembre 2013. Dans cet entretien qui a eu lieu avec des journalistes de La Réunion vers 17 heures (heure de Paris - 20 heures, heure de La Réunion) avant son interview sur le plateau du journal de 20 heures de TF1, il confie pour la première fois :"dès que j'ai été enlevé, j'ai pensé à m'évader". Il ajoute : "c'est cette idée d'évasion qui m'a fait tenir". Avant de retrouver La Réunion ce lundi, Francis Collomp doit être reçu ce vendredi après-midi à l'Elysée par François Hollande.
Quatre jours après son évasion des geôles islamistes d'Ansaru, au Nigéria, Francis Collomp s'est exprimé avec beaucoup d'émotion - et pour la première fois devant la presse -, sur ses conditions de détention et sur son incroyable évasion, ce jeudi 21 novembre 2013. Dans cet entretien qui a eu lieu avec des journalistes de La Réunion vers 17 heures (heure de Paris - 20 heures, heure de La Réunion) avant son interview sur le plateau du journal de 20 heures de TF1, il confie pour la première fois :"dès que j'ai été enlevé, j'ai pensé à m'évader". Il ajoute : "c'est cette idée d'évasion qui m'a fait tenir". Avant de retrouver La Réunion ce lundi, Francis Collomp doit être reçu ce vendredi après-midi à l'Elysée par François Hollande.

Quatre jours après son évasion, Francis Collomp s’est exprimé pour la première fois devant la presse, ce jeudi 21 novembre 2013. Pendant près d’une demi-heure, il a pris le temps de raconter ses conditions de détention, son rapport avec ses geôliers, son évasion et surtout les moments les plus difficiles, lorsqu’il entendait la voix lointaine de son épouse sur une radio, qu’il repensait à sa famille et à La Réunion, lui qui se définit aujourd’hui comme un " créole zorey ".

Les moments les plus difficiles, ce n’était pas " les coups de crosse, d’être menacé par des kala’ (kalachnikov) " : " j’ai le caractère pour y résister ", affirme Francis Collomp. Non, le plus dur, " c’est d’avoir eu des messages de ma femme par RFI, des trucs comme ça, c’est dur à encaisser, car vous ne pouvez pas répondre ni aider la personne et vous savez qu’elle est dans la m… ", ajoute le Portois d’adoption, qui peine à retenir ses larmes dès qu’il évoque ses proches, sa belle-famille réunionnaise, ses frères et sœurs.

"J'ai retrouvé une santé de jeune homme !"

Francis Collomp a raconté les dix premiers jours à devoir coucher sur une natte le corps plein de bleus après avoir été transbahuté dans le coffre d’une voiture. " Je ne suis pas un fakir à dormir sur des pointes ", lance-t-il. Il a dit sa souffrance durant le ramadan, avec 80 grammes de biscuits par jour : " On ne nourrit pas un bestiau d’1,83 m et de plus d’un quintal avec 80 grammes de biscuits. Donc c’est normal que j’y ai laissé une partie de ma peau, de muscles et de ma surcharge pondérale ", confie celui qui est passé de 113 kilos à 75 en un peu moins d’un an.

Malgré ces privations, les médecins du Val-de-Grâce ont trouvé un homme en bonne santé, ce qu’il a confirmé ce jeudi : " Je me sens physiquement bien étant donné tous les examens que j’ai passés. J’ai retrouvé une santé de jeune homme ! "

C’est que Francis Collomp n’est pas du genre à se laisser abattre. " Moi je fais du chantier, je ne suis pas que derrière mon ordinateur. Le chantier avec les éoliennes faisait 6 terrains de foot, je le faisais déjà à pied. D’ailleurs j’avais l’impression de fatiguer plus mes collègues nigérians… Donc je me suis dit dans ma tête, il faut que tu marches, donc j’ai tenu une moyenne de 15 km par jour dans ma cellule ", explique-t-il.

" Pendant que je faisais ce sport, ça me permettait d’envisager des scénarios d’escapade. Ou quand il y avait celui qu’on appelle le manager, qui venait une fois tous les mois, le seul avec qui je pouvais discuter, d’analyser ce qu’on s’était dit, ce qu’ils voulaient, leurs revendications qui n’étaient jamais très précises, toujours liées à l’actualité. Ça me permettait de marcher et de faire une analyse de tout ça ", poursuit-il, lui qui se levait chaque jour à 5 heures pour se coucher chaque soir à 23 heures.

"J'aurais dû être libéré au mois de juin"

Concernant ses rapports avec ses geôliers, pas de risque de syndrome de Stockholm : " je peux vous dire que pas du tout, j’ai un caractère qui ne correspond pas du tout à ce genre de problème ", insiste Francis Collomp. Au contraire, "c’est plutôt moi qui était agressif. Quand ils ont pris une famille et des enfants, je leur ai dit : mais tout le monde vous regarde ! Vous avez le culot d’arrêter une femme et des enfants, tout le monde entier va vous donner tort ! "

L’ingénieur raconte également comment il a cru à sa libération, puis comment plusieurs négociations ont échoué : " J’aurais dû être libéré au mois de juin et on m’a dit que la communication était interrompue. Je pense qu’ils avaient une communication avec la fondation Tony Blair et cette première relation a capoté. Après ils ont trouvé un autre intermédiaire, peut-être plus proche de notre pays. Mais cette dernière action des hommes de l’ombre, j’ai compris que ça allait encore capoter. Ça m’a donné du courage pour m’évader ", explique-t-il soulignant : " J’ai toujours pensé qu’il fallait que je me tire. "

Il avait d’ailleurs prévu une première évasion, le jour-même où il a été transféré dans une autre geôle. Il aura donc dû patienter jusqu’à ce fameux dimanche 17 novembre.

"Je ne suis pas un héros"

Francis Collomp en fait le récit : " C’est une erreur du geôlier qui a laissé les clés sur la porte pour aller faire ses ablutions, c’est lui que j’ai enfermé. J’ai ouvert tout doucement la porte, il fallait que je calcule mon coup, je me suis gratté un peu la gorge pour masquer le bruit du loquet. Et j’ai pris la poudre d’escampette, je suis tombé dans un salon avec une télé, et puis il y avait une terrasse que j’avais déjà analysée, je savais que j’avais deux loquets à défaire pour me retrouver dans une petite rue où ils garaient les voitures et si j’allais carrément à gauche j’avais une voie assez importante. Et vu le coucher du soleil, j’avais déjà envisagé que je partais vers l’Est. "

Il poursuit : " Je suis parti en courant mais je me suis calmé dès qu’il y a eu du monde pour ne pas attirer l’attention et après j’ai repris une marche rapide. J’ai dû faire 4 à 5 km et une moto-taxi s’est arrêtée. " Là, en échange d’une pile électrique rechargeable, le chauffeur acceptera de le conduire jusqu’au poste de police et jusqu’à la liberté.

Les mots sont parfois encore confus et les souvenirs douloureux dans le récit de Francis Collomp. Lui n’aspire maintenant qu’à retrouver La Réunion et " sa chaleur humaine qu’on a un peu oubliée en métropole ". Il fourmille encore de projets et reparle de voyage, " en Afrique ou ailleurs ". Mais comme il le dit : " Je ne suis pas un héros, je souhaite qu’on me laisse vivre comme je vivais avant, un créole zorey. "

Avec Mahdia Benhamla, de Paris, pour www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Lagarenne974, Posté
Mais si Francis, t'es un héros, et je te dis bravo, je ne te connais pas mais impossible de te dire monsieur et te vouvoyer, on t'a tellement vu dans les médias et tellement pensé à toi et ta femme qui n'a jamais baissé les bras. Tous les 2 vous êtes des exemples de ce que doit être le genre humain "normal" au lieu de se chamailler pour des broutilles, entre voisins, entre bandes de jeunes et les exemples ne manquent pas. Bonne rentrée chez nous et on t'aime très fort...