La galerie de Frédéric Lafargue (photographe de guerre) :

"La meilleure photo est toujours la prochaine"


Publié / Actualisé
À 13 ans, Frédéric Lafargue décide qu'il fera de la photo son métier. À 35 ans, il est photographe salarié de Gamma, l'une des principales agences photos du monde. Entre son rêve d'adolescent et sa vie actuelle de photographe de guerre, Frédéric Lafargue (à droite sur la photo en compagnie de Yasser Arafat le leader palestinien) a vécu plusieurs expériences dont une à La Réunion. Imaz Press Réunion lui ouvre les portes de sa Galerie
À 13 ans, Frédéric Lafargue décide qu'il fera de la photo son métier. À 35 ans, il est photographe salarié de Gamma, l'une des principales agences photos du monde. Entre son rêve d'adolescent et sa vie actuelle de photographe de guerre, Frédéric Lafargue (à droite sur la photo en compagnie de Yasser Arafat le leader palestinien) a vécu plusieurs expériences dont une à La Réunion. Imaz Press Réunion lui ouvre les portes de sa Galerie
Le premier contact de Frédéric Lafargue avec la photo remonte à sa vie de lycéen à Bordeaux dans le Sud - Ouest de la métropole au début des années 80. "Il y avait un vieux labo au lycée. Je l'ai rénové et nous avons ouvert un club photo. C'est là où j'ai appris à titre le noir et blanc" se souvient-il. À cette époque, il a aussi la voile comme passion et jusqu'à 21 ans, il participe à des compétitions, "mais je faisais toujours un peu de photo" dit-il.
Il "entre en journalisme" l'année de ses 20 ans en 1988. Il entre au journal "Sud-Ouest" - le plus grand quotidien d'Aquitaine-, par la petite porte. Il est le correspondant photo du village de Castillon-la-Bataille. Là, il vit la vie de tous les "petit" localier, couvrant les menus événements qui font le quotidien des bourges. "J'étais défrayé à hauteur de 17,50 francs par photo plus les frais d'essence" se rappelle encore Frédéric Lafargue.
Il s'accroche à son boulot, prouve qu'il "en veut" et fini par être muté à l'agence de Libourne puis carrément à Bordeaux, le siège de "Sud -Ouest".
Il vit son premier grand reportage en 1991 lorsqu'il part au Kurdistan avec l'organisation humanitaire "Médecins sans frontières". La première guerre du golfe (celle que Georges Bush père a déclenché contre Saddam Hussein après l'invasion du Koweït), bat son plein.

Premier contact avec la hot news

Cela renforce l'envie de "bouger" de Frédéric Lafargue. Son jeune âge ne l'empêche pas de savoir clairement ce qu'il veut. Il arrive à La Réunion en 1992 d'une part, avec la ferme intention de devenir le correspondant de l'agence Gamma pour la zone Océan Indien. D'autre part, pour travailler au "Réunionnais", le quotidien aujourd'hui disparu monté par Armand Apavou. Il y reste 6 mois. Le temps de couvrir la seconde flambée de violence du Chaudron. "Cela a été mon premier contact avec la hot news (actualité chaude - ndlr) et avec l'actu de niveau national puisque Gamma s'est intéressé à l'événement" note Frédéric Lafargue. Il couvre d'autres conflits sociaux importants, notamment l'affaire Théo Hilarion, ce docker éborgné par une balle tirée par un gendarme lors d'une manifestation au Port en 1994. "C'est à La Réunion que j'ai eu pour la première fois l'impression de réaliser des news" remarque le photographe en soulignant "j'ai franchi des étapes et j'appris beaucoup de choses à La Réunion".

Départ pour Nice

Il quitte l'île en 1996 pour s'installer à Nice et intégrer l'agence l'agence Laurent Sola presse diffusion. Il y travaille deux ans avant de rejoindre le staff de Gamma. Là il fait du "people", cette rubrique qui raconte la vie, les joies et malheurs des stars et des princesses. Il couvre, entre - autres, le festival de Cannes et les péripéties de la famille princière de Monaco. "En même temps je m'impliquais beaucoup dans les news et le magazine" note Frédéric Lafarge pour qui réagir vite et "êtres là au bon moment" sont une seconde nature, "un état d'esprit". Ainsi, il est notamment présent pour l'incendie du tunnel du Mont Blanc et pour le naufrage de l'Éricka, ce pétrolier qui en 2000 a pollué tout le littoral Bretagne.
La vie du photographe prend une nouvelle tournure en septembre 2001. Les deux tours du World Trade Center venaient d'exploser sous l'impact de deux boeings suicide. "Gamma avait prévu d'affréter un avion privé et d'envoyer ses photographes à new York. On m'a demandé de monter de Nice. Je suis arrivé en retard par rapport à mes collègues de Paris et il n'y avait plus de place dans l'avion. On m'a alors dit d'aller à Jérusalem. Je ne me suis pas fait répéter la proposition deux fois et j'ai accepté avec plaisir".

Les atrocités de la guerre

La suite donne corps au rêve d'adolescent de Frédéric Lafargue. Il couvre tous les épisodes de la séquestration par l'armée israélienne du leader palestinien Yasser Arafat dans son quartier général en Palestine. Il est là pour les attentats des kamikazes palestiniens et les ripostes de T'saal (armée israélienne) aussi sanglants et meurtriers les uns que les autres. Il est en Irak pour la guerre déclenchée par Georges Bush fils. C'est là qu'en compagnie de Christophe Ayad du journal "Libération", il traverse 1 000 km de désert entre Amman et Jordanie et Bagdad en Irak. Il voit les atrocités et les tragédies de la guerre. Des choses qu'il ne pourrait pas supporter sans son appareil photo. "Ma fonction de journaliste et donc de témoin me protége. Je suis là pour rendre compte, il faut que je le fasse" dit le photographe qui avoue être profondément bouleversé "et même terrorisé" par la violence réelle et fictive déversée par les journaux télé ou les films. "Dès que je n'ai plus ma fonction, mon rôle de témoin, les atrocités des guerres me sont insupportables" dit-il.

Sensibilité et humilité

Perfectionniste à l'extrême, il n'hésite pas à se remettre régulièrement en question. "Faire le métier que je fais est un tel plaisir est un tel honneur que ce que je fais n'est jamais assez bien" dit-il. "À chaque fois que je réalise un nouveau reportage, je trouve trop faible le niveau du précédent et cela me désole de savoir que la meilleure photo sera celle d'après" dit encore celui qui dans le milieu journalistique passe pour une "grande gueule" jamais à court de railleries.
Sans doute une manière de se protéger. Car pour peu qu'il se sente en confiance, la carapace craque et laisse apparaître un être lucide, conscient de sa place dans le grand théâtre de la vie, plein de sensibilité et d'humilité. Cela fait aussi partie du talent.
   

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