Pêche :

Le poisson mise sur son image


Publié / Actualisé
Activité marginale hier, devenue en 20 ans un véritable secteur économique porteur d'emplois et créateur de valeur ajoutée, la pêche réunionnaise est le deuxième poste à l'exportation après la filière canne-sucre et sans compter le tourisme. Aujourd'hui, on travaille sur l'image pour gagner de nouveaux marchés à l'export
Activité marginale hier, devenue en 20 ans un véritable secteur économique porteur d'emplois et créateur de valeur ajoutée, la pêche réunionnaise est le deuxième poste à l'exportation après la filière canne-sucre et sans compter le tourisme. Aujourd'hui, on travaille sur l'image pour gagner de nouveaux marchés à l'export
Le poisson, c'est bon et personne ne s'y trompe. Ses qualités nutritionnelles ne sont plus à démontrer et en manger au moins deux fois par semaine contribue à un meilleur équilibre nutritionnel. D'ailleurs, la consommation mondiale de poisson augmente tous les ans et les Réunionnais n'échappent pas à la règle. Ils mangent en moyenne 19 kg de poisson par an et sont très attachés au poisson péi. Malgré tout, 62% du volume de poisson reste importé. Et les ventes des grandes et moyennes surfaces représentent 60% de part de volume sur le marché domestique du poisson frais et surgelé.

Une préférence eur le rouge

Traditionnellement, les Réunionnais plébiscitent le rouge, à savoir les mérous, le capitaine et autres vivanneau succulents cuisinés en caris. Péchés avec de petites embarcations travaillant à moins de 10 kilomètres des côtes et vendus de manière traditionnelle, ces poissons représentent 7% du marché total. Mais le segment est malade du développement anarchique du secteur informel. "Avec la croissance du nombre de places dans les ports, le nombre de pêcheurs plaisanciers augmente", explique David Guyomard, chargé de mission au comité des pêches de La Réunion. Pour 1 000 tonnes péchées légalement, 1 000 le sont illégalement... Autrement dit, le marché est biaisé par des plaisanciers qui, non seulement s'accordent le droit de récupérer le poisson dans les DCP (dispositifs de concentration de poissons) en dehors des horaires qui leurs sont attribuées, mais en plus le vendent.

Risque de tensions

Pour contrer ce qui n'est rien d'autre que du braconnage, le comité des pêches va mettre en place une charte mais les contrôles sont difficiles et nécessitent des moyens humains et matériels. Il a également lancé un projet d'intégration des pêcheurs informels dans le circuit professionnel via une formation et une homologation. D'ici trois ans, une centaine de personnes devrait être assimilée aux trois cents pêcheurs professionnels du secteur traditionnel. Mais les plus difficiles à gérer restent les plaisanciers amateurs qui pratiquent la pêche pour leur plaisir tout en récoltant les fruits de la vente. Avec eux, le risque de tensions sur les ressources halieutiques est réel.

La pêche australe au premier poste

Le deuxième secteur est celui de la pêche dite palangrière. C'est une forme de pêche au large utilisant des techniques semi-industrielles. Il compte pour 13% dans le chiffre d'affaires global de la pêche réunionnaise et 50% des poissons sont consommés localement. Avec cette technique, le thon jaune est le plus péché et l'espadon arrive en bonne place. Sur l'île, trois usiniers travaillent à la transformation du poisson : Réunion Pélagique au Port, Martin Pêcheur à Sainte-Marie et Albin Réunion Marée au Port. Chez Réunion Pélagique, 70% des poissons partent à l'export. Juste après l'arrivée des bateaux, ils sont mis dans des caisses puis transportés vers l'usine où ils sont transformés, c'est à dire pesés, nettoyés, vidés, découpés en longe ou en filet, puis mis sous vide. Là, s'enclenche la chaîne de transport vers les lieux de vente.

Mondialisation de l'offre

La deuxième activité de cet usinier concerne le négoce à l'export: les poissons surgelés, importés des pays asiatiques ou du Golfe principalement, sont préférés aux poissons locaux pour des raisons de prix évidentes. Car dans un contexte de mondialisation de l'offre, les conditions d'exercice de la pêche deviennent de plus en plus difficiles. Il y a cinq ans, ces pays n'étaient pas compétitifs, aujourd'hui si... La situation est exacerbée par le coût et le manque de main-d'oeuvre ainsi que par les exigences croissantes des normes de mise en marché imposée en France et en Europe.

Vers une charte qualité

Dernière technique de pêche mais la plus importante en termes de débarquement, volume et chiffre d'affaires : la pêche australe. Elle représente 78% du chiffre d'affaires global de la pêche à La Réunion. Elle utilise de gros bateaux, dits palangriers de fond, qui pèchent principalement la légine. Ce poisson gras et goûteux, soumis à des quotas de pêche, se vend très bien sur les marchés américains ou japonais. Et rapporte gros.
Si les poissons péi plaisent, la concurrence est rude. Le comité des pêches table donc sur une valorisation de l'image de la pêcherie : charte qualité, pêche respectueuse de l'environnement. L'idée est également de promouvoir la coopération régionale et d'essayer de gagner des marchés à l'export. La métropole, reste le marché naturel d'écoulement des produits de la pêche fraîche palangrière, mais cette situation devient de plus en plus fragile.

Créer des synergies

L'Asie, et le Japon en particulier pour la production issue des opérateurs TAAF (terres australes et antarctiques françaises), est un débouché très important. Quant aux marchés des pays émergents de la nouvelle Europe des 25, ils offrent des opportunités à saisir. Enfin, réduire l'importation de manière significative serait un leurre puisque les eaux de La Réunion n'abritent pas tous les poissons consommés par ses habitants. Mais il pourrait être au moins possible de créer des synergies.
   

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