Îles Éparses - Juan de Nova :

Un sanctuaire fragile pour les oiseaux marins


Publié / Actualisé
Autour de Madagascar, les îles Éparses sont des sanctuaires pour plus de six millions d'oiseaux marins de l'océan Indien. Conserver la biodiversité de ces îles est l'un des objectifs de recherche du laboratoire d'écologie marine (Ecomar) de l'université de La Réunion. David Ringler, doctorant, et Kévin Coustaut, assistant de terrain, sont partis ce jeudi 27 mai 2010 en mission scientifique sur l'île de Juan de Nova. Objectif de ces deux mois de terrain : suivre et diagnostiquer la biodiversité mais aussi l'impact des mammifères introduits, rongeurs et chats, notamment sur les populations de sternes qui nichent sur l'île pendant l'été austral.
Autour de Madagascar, les îles Éparses sont des sanctuaires pour plus de six millions d'oiseaux marins de l'océan Indien. Conserver la biodiversité de ces îles est l'un des objectifs de recherche du laboratoire d'écologie marine (Ecomar) de l'université de La Réunion. David Ringler, doctorant, et Kévin Coustaut, assistant de terrain, sont partis ce jeudi 27 mai 2010 en mission scientifique sur l'île de Juan de Nova. Objectif de ces deux mois de terrain : suivre et diagnostiquer la biodiversité mais aussi l'impact des mammifères introduits, rongeurs et chats, notamment sur les populations de sternes qui nichent sur l'île pendant l'été austral.
Les îles Éparses se situent autour de Madagascar. Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa dans le canal du Mozambique, et Tromelin au nord de La Réunion. Aucun habitant permanent ne vivent dans ce 5ème district des terres australes et antarctiques australes (Taaf), où se relaient par contre des détachements militaires tous les 45 jours. Ces derniers assurent la souveraineté de la France sur ces îles.

"Le suivi des oiseaux marins et de mammifères introduits est l'objet de l'un de nos programme de recherche financés par le ministère de l'Outre Mer", indique Matthieu Le Corre, professeur et directeur adjoint du laboratoire Ecomar. Il explique que "la région de Madagascar et les îles de l'Océan Indien est l'une des 24 zones du monde considérées comme "hotpspot" pour la biodiversité mondiale".

"Les îles Éparses sont des paradis de biodiversité, mais elles sont très fortement menacées, notamment à cause des activités humaines passées et aux animaux introduits par les hommes", précise David Ringler, doctorant en écologie insulaire au laboratoire Ecomar. Kévin Coustaut, assistant de terrain, souligne que "les trois quarts des oiseaux marins figurent sur la liste d'espèces menacée". D'après les jeunes chercheurs, "ces îles inhabitées sont l'un des derniers sanctuaires du monde pour les oiseaux marins. Nous tentons d'identifier les menaces qui pèsent sur ces espèces afin d'orienter les futures actions de restauration écologiques de ces îles".

David Ringler insiste, "il s'agit à la fois de conserver les espèces et l'écosystème en entier. Il y a déséquilibre dès qu'un maillon de la chaîne saute". Par exemple, "les oiseaux marins produisent des fertilisants essentiels pour la végétation primaire" illustre-t-il. "En préservant la colonie* de sternes sur Juan de Nova, on contribue au maintien des échanges entre les colonies de cette espèce, et donc à préserver cette population d'oiseaux de l'océan Indien dans sa globalité", montrent David Ringler et Kévin Coustaut, "car la biodiversité inclut la diversité d'espèces mais aussi la diversité génétique entre individus".

"Si Europa a été très bien conservée, les activités de l'homme du siècle dernier ont fortement affecté Juan de Nova", rappelle Matthieu le Corre. "Surnommée île à quano, Juan de Nova a été exploitée pour son phosphate du début du siècle aux années 60, jusqu'à l'utilisation d'engrais synthétiques. Le chercheur explique que "cette couche de phosphate provient des fientes d'oiseaux qui viennent par millions sur l'île, depuis 80 000 ans, entre août et mars".

"Pendant cette période deux millions de couples de sternes fuligineuses et 250 couples de sternes huppées viennent nicher à Juan de Nova", indique David Ringler. "Des milliers de sternes, jeunes et adultes, sont alors tuées par les chats et les rats" déplore-t-il. Il ajoute:"l'impact sur les populations de sternes est d'autant plus fort que les oiseaux viennent sur l'île pour se reproduire". Kévin Coustaut complète: "les rats affectent globalement la flore et la faune de l'île, notamment des insectes et reptiles endémiques".

"Les rats sont arrivés avec les navires en raison des nombreux naufrages autour de l'île", note Matthieu Le Corre. Il rappelle que "pour contrer ce fléau, les habitants de l'époque ont introduit au début du siècle des chats sur l'île. Mais les félins se sont adaptés au milieu naturel, et préfèrent attaquer des proies plus faibles et moins adaptés que les rongeurs : les oiseaux marins". David Ringler précise que "les chats ont deux millions de couples de sternes à disposition, donc ils tuent aussi pour jouer". Il spécifie qu' "un chat peut tuer 5 à 6 sternes par jour". Pour le jeune chercheur, "une population de 50 couples d'oiseaux marins peut facilement être décimée en une nuit par la cinquantaine de chats qui vivent sur l'île. Des espèces ont probablement déjà disparues".

David Ringler et Kévin Constaut vont rester deux mois sur cette petite île pour le suivi des sternes, mais aussi des rongeurs et des chats. "Nous allons tout d'abord comptabiliser la population de rats et de souris grâce au protocole "capture-marquage-recapture", expliquent les jeunes chercheurs. "Établie sur une surface définie, cette méthode permet d'évaluer les espaces vitaux des rongeurs et donc la densité de population". Ils rappellent que "la population des rongeurs est suivie depuis deux ans avec cette méthode, précise et bien connue en écologie". David Ringler ajoute que "les densités de population ont déjà été établies pour les mois de février et août mais jamais en juin et juillet". Quant aux chats, "la population sera suivie par des comptages de nuit", indiquent-ils.

"En plus de ce diagnostic de densité de population, nous analyserons les dynamiques de populations des rongeurs et des chats, en nous basant sur leur stratégies de reproduction, leur impact et leur alimentation" complètent les jeunes chercheurs. David Ringler et Kévin Coustaut ont aussi pour mission d'effectuer un état de la biodiversité sur l'île. Il s'agit concrétement de compléter les inventaires de faune et flore existants. Ils observeront et recenseront ainsi les oiseaux limicoles, présents sur les côtes, ou encore les reptiles endémiques de Juan de Nova.

*Population : ensemble des individus d'une même espèce qui occupe simultanément le même milieu

*Colonie : groupe d'organismes individuels appartenant à la même espèce vivant dans un même lieu.

Marie Trouvé pour
   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !