Municipales 2020 :

La France aux urnes malgré l'épidémie, la participation chute


Publié / Actualisé
Les Français font dimanche, en rangs apparemment clairsemés, l'expérience étrange et inédite d'aller voter aux municipales dans un pays mis à l'arrêt par l'épidémie de coronavirus.
Les Français font dimanche, en rangs apparemment clairsemés, l'expérience étrange et inédite d'aller voter aux municipales dans un pays mis à l'arrêt par l'épidémie de coronavirus.

Quelque 47,7 millions d'électeurs sont appelés à élire leur maire, quelques heures après que le gouvernement a décrété la fermeture de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays".

Le risque d'une abstention massive est dans tous les esprits. A midi, la participation s'élevait à 18,38%, en baisse de cinq points par rapport à 2014, avec de forts contrastes entre les territoires.

L'Oise, l'un des premiers foyers de contamination du territoire, a vu la participation perdre près de dix points (18,47% contre 27,95% il y a six ans). Dans la région PACA, frontalière de l'Italie, la participation chute de manière spectaculaire, que ce soit dans le Vaucluse (15,83% contre 32,18% en 2014), les Alpes-de-Haute-Provence (20,42% contre 31,97%), les Alpes-Maritimes (13,87% contre 24,58%) ou les Bouches-du-Rhône (15,72% contre 23,17%).

La baisse de mobilisation n'est toutefois pas uniforme. Et le ministère de l'Intérieur a indiqué que tous les bureaux de vote du territoire avaient pu ouvrir, au prix d'un respect scrupuleux des consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles, et en dépit de difficultés dans nombre d'endroits.

A Talence, dans l'agglomération bordelaise, "on cherche des gens pour le dépouillement ce soir", explique une assesseure : "On demande, beaucoup de gens refusent. Plusieurs nous disent qu'ils travaillent, qu'ils ne peuvent pas. Mais enfin on en a déjà neuf, il ne nous en manque que trois pour les tables dans ce bureau. On les aura d'ici ce soir. C'est pas la cata, non plus".

Dans un bureau du 7e arrondissement de Lyon, on note quelques coups de canif dans les règles habituelles : la plupart des électeurs ne prennent qu'un bulletin. Une dame âgée n'est même pas passée dans l'isoloir, sans recevoir aucun rappel aux convenances républicaines.

De toutes façons, "il y a plus risqué que d'aller voter", témoigne Jeanne, une électrice de 70 ans croisée dans un bureau de Dijon : "aller faire les courses, aller prendre sa baguette sans savoir qui l'a touchée. Et au moins, ici, on a pu prendre du gel hydroalcoolique. Nous, on n'en a plus".

Alors que des élus, dont six présidents de région, avaient plaidé samedi soir pour un report du 1er tour, le président Emmanuel Macron a souligné dimanche qu'il était "important de voter dans ces moments-là".

"Cette crise, nous la traverserons en étant responsables ensemble et chacun, chacun pour soi et pour les autres", a déclaré à la presse le chef de l'Etat, après avoir voté avec son épouse Brigitte au Touquet, où ils possèdent une maison.

- "Pas peur" -

La progression de l'épidémie, qui a désormais fait 91 morts, pose déjà la question de la tenue du second tour, dimanche prochain 22 mars. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a estimé dimanche que le virus toucherait "probablement" plus de la moitié de la population française.

Selon le constitutionnaliste Didier Maus, interrogé par l'AFP, un report du second tour conduirait à annuler le résultat du premier tour, et obligerait les électeurs à revoter pour les deux tours.

Face à une situation qui ne s'est encore jamais présentée, l'incertitude des experts demeure pour le cas des nombreuses communes, notamment les plus petites, qui auront élu leur conseil municipal dès le premier tour.

Le gouvernement a préconisé de voter de préférence avec un bulletin reçu par courrier, d'émarger avec son propre stylo - bleu ou noir -, et de privilégier les horaires de moindre affluence, entre 9H00 et 11H00 et de 13H00 à 16H00.

Le contexte inédit de l'épidémie, après une campagne électorale achevée dans l'indifférence, occulte les enjeux politiques de ce scrutin : Les Républicains et le PS parviendront-ils à se refaire sur le terrain municipal, après avoir vu leurs positions nationales s'effondrer depuis 2017 ? Le RN confirmera-t-il sa percée en gagnant de nouvelles mairies dans le Sud et les Hauts-de-France ? Les écologistes d'EELV pourront-ils maintenir leur élan des Européennes ? LREM, en position difficile, réussira-t-il un début d'implantation locale ? Le Premier ministre Edouard Philippe, tête de liste au Havre, sortira-t-il victorieux et conforté, ou bien perdant et contraint de quitter Matignon ?

La barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au 1er tour), au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir, devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires, au second tour.

A l'issue du vote dimanche, les candidats autorisés à se maintenir auront jusqu'à mardi 18H00 pour trouver des alliés ou fusionner leurs listes en vue du second tour. S'il a lieu.

AFP

   

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