Municipales - Agressions, intimidations, permanences incendiées... :

Campagne électorale : l'ombre des méthodes indignes du passé


Publié / Actualisé
"La démocratie, ce n'est pas la guerre civile !", lançait Claude Bartolone le 3 mars dernier, justifiant sa visite à Saint-Leu chez le député-maire Modem Thierry Robert. C'est que le président de l'Assemblée nationale savait peut-être qu'à La Réunion, les campagnes électorales ont longtemps été synonymes d'affrontements très violents, se soldant par plusieurs drames. À l'aube des élections municipales 2014, alors que cette page sombre semblait définitivement tournée, plusieurs événements récents viennent rappeler que certaines pratiques - si elles n'ont plus la même ampleur que par le passé - demeurent bien présentes. (En photo : les obsèques de Rico Carpaye au Port, le 16 mars 1978 - Photo Témoignage chrétien de La Réunion du 27 mars 1978)
"La démocratie, ce n'est pas la guerre civile !", lançait Claude Bartolone le 3 mars dernier, justifiant sa visite à Saint-Leu chez le député-maire Modem Thierry Robert. C'est que le président de l'Assemblée nationale savait peut-être qu'à La Réunion, les campagnes électorales ont longtemps été synonymes d'affrontements très violents, se soldant par plusieurs drames. À l'aube des élections municipales 2014, alors que cette page sombre semblait définitivement tournée, plusieurs événements récents viennent rappeler que certaines pratiques - si elles n'ont plus la même ampleur que par le passé - demeurent bien présentes. (En photo : les obsèques de Rico Carpaye au Port, le 16 mars 1978 - Photo Témoignage chrétien de La Réunion du 27 mars 1978)

Ce mercredi 12 mars 2014, la candidate d’Objectif Réunion au Tampon, Nathalie Bassire, a dénoncé une violente agression dont elle aurait fait l’objet lors d’une réunion publique qui se déroulait à Pont d’Yves. Selon elle, des partisans d’André Thien Ah Koon, après l’avoir insultée, l’auraient pris en chasse en voiture alors qu’elle quittait les lieux en compagnie de Didier Robert, manquant de provoquer un accident. Et la candidate d’évoquer "des pratiques de voyous que l’on pensait révolues". André Thien Ah Koon dément et menace de porter plainte pour diffamation.

La veille, mardi 11 mars, c’est Max Bénard, candidat sans étiquette à la mairie de Saint-Louis, qui avait retrouvé sa permanence incendiée. "Je constate que les mauvaises habitudes perdurent", soulignait-il, ne doutant pas que le feu soit d’origine criminelle. Quelques semaines plus tôt, Pascal Giraud, candidat à Bras-Panon, avait lui vu sa concession automobile subir le même sort à Saint-Denis. Un incident qu’il juge également lié à son engagement politique.

On pourrait également citer le cas d’une colistière d’Olivier Hoareau, candidat PLR au Port, ayant vu sa voiture caillassée, ou encore celui de Sarah Rupert, candidate PS à La Possession, qui avait elle aussi retrouvé son véhicule vandalisé. Sans oublier les témoignages d’intimidation ou de chantage existant encore au sein de certains services communaux.

Une histoire électorale émaillée de drames

Ce ne sont là que quelques exemples témoignant d’une réminiscence des liens entre politique et violences ayant été noués pendant des dizaines d’années à La Réunion. La population – notamment dans ses franges les plus jeunes – a parfois tendance à l’oublier, mais l’histoire électorale de l’île est émaillée de drames, d’affrontements, d’intimidations, de bourrages d’urnes... Des méthodes indignes d’une démocratie digne de ce nom.

Les exemples sont nombreux. À l’image des élections municipales de 1959 à Saint-Denis, opposant Gabriel Macé à Paul Vergès, se déroulant dans un climat de violence généralisée et au cours desquelles un jeune militant communiste de 17 ans, Eliard Laude, sera assassiné par des nervis. Quelques années plus tard, le 10 décembre 1967, c’est à Saint-André, lors d’une élection municipale partielle opposant Paul Vergès au Dr Dubard, qu’Édouard Savigny, sympathisant communiste, est battu à mort par des gros bras.

Durant les années 1960 et 1970, peu d’élections se déroulent dans le calme. Les militants s’affrontent dans la rue, mais la violence gagne aussi l’intérieur des bureaux de vote, où des assesseurs - souvent ceux des candidats communistes - sont frappés puis expulsés, avant que les urnes soient bourrées à ras bord.

En mars 1978, les élections législatives opposant Paul Vergès à Jean Fontaine sont de nouveau précédées d’une campagne d’une extrême violence où plusieurs militants communistes sont passés à tabac. Le 14 mars, après l'élection, des camionnettes communales conduites par des partisans de Jean Fontaine foncent sur des jeunes Portois, faisant 8 blessés graves. Rico Carpaye, âgé de 17 ans, n’y survivra pas. L'avenue du Port dans laquelle il a été tué porte aujourd'hui son nom.

Quand Huguette Bello et l'UFR se faisaient tabasser

Dix ans plus tard, en 1988, ces pratiques n’ont toujours pas disparu. Au mois de mai, au Tampon, une trentaine de militants communistes sont violemment interceptés par une quarantaine de partisans d’André Thien Ah Koon, alors député-maire. Un événement dont se fait l’écho à l'époque le journal Le Monde : "Ces derniers ont jailli d'une dizaine de véhicules, armés de barres de fer, de marteaux et de fusils, avec lesquels ils ont brisé les vitres des véhicules bloqués après avoir tiré une dizaine de coups de feu en l'air et lancé des grenades lacrymogènes." L’un des militants PCR, Jean-Bernard Grâce, a été très grièvement blessé : fractures du crâne, de la jambe droite et de deux côtes. Il aurait été "poursuivi par un véhicule qui a foncé sur lui, l'aurait heurté, renversé et traîné sur plusieurs mètres. Le conducteur aurait ensuite fait marche arrière en lui passant sur les jambes avant de faire demi-tour pour le percuter une troisième fois", écrit le journal.

Violences et affrontements ont ainsi perduré jusqu’au milieu des années 1990. La député-maire de Saint-Paul Huguette Bello peut en témoigner, elle qui fut tabassée le 23 mars 1994 en compagnie d’autres manifestantes de l’UFR (Union des femmes réunionnaises) par des nervis d’André Thien-Ah-Koon : "400 personnes en tenue de combat nous attendait", avait-elle relevé à l’époque. Il y aura 13 personnes blessées, dont 5 grièvement.

Depuis une vingtaine d’années, ces pratiques ayant rythmé les luttes politiques et les campagnes électorales durant une bonne partie de la seconde moitié du XXe siècle se sont fait de plus en plus rares. Mais les derniers événements – s’ils n’ont pas atteint le degré de violence des années passées – viennent rappeler que La Réunion n’en est pas encore totalement débarrassée.

Il convient de s'en souvenir, de s'en soucier, pour éviter la résurgence de pratiques aussi inaceptables qu'indignes.

www.ipreunion.com

   

6 Commentaire(s)

Vincent, Posté
moi même victime ce jour là, je trouve que c'est lâche pour certain commentaire qui ne sais de rien de l'histoire politique qui se cache derriére des pseudo venir donnez des leçons en regardant dans des archives et faire des copier coller pour leur commentaire sans fondement demandez à vos grands mères grands pères la vrai histoire politique et arrêter de jouer au grand politicien. A 15 ans j'étais là j'ai participer a ce combat pour défendre ma ville je la regrette pas j'ai verser mon sang sur le pont de la riviére des galets je suis fiére de faire parti de la mémoire de la ville, regardez, lisez l'histoire de notre ville aprés si vous avez le courage venez critiquez ou accusez les ancêtes qui on batit cette ville .
Alcibiade, Posté
Electeur, c'est bel et bien Alexis de Villeneuve qui a été assassiné, quant aux mœurs auxquelles tu te réfères, elles étaient alors largement partagées, y compris par les nervis de Raymond Vergès ; lequel Raymond, maire de Saint-Denis, encarté au Parti communiste français, était d'ailleurs lors de ces législatives de mai 1946, concurrent direct - sous les couleurs du Comité républicain d’action démocratique et sociale - d'Alexis de Villeneuve, maire et conseiller général de Saint-Benoît gaulliste, candidat du Mouvement républicain populaire. Quant aux bourrages d'urnes, Electeur, tu devrais t'en aller voir ce qu'il en était, il n'y a pas si longtemps, du côté du PCR dont tu dois avoir la carte quelque part. Parce que pour te lancer dans un discours révisionniste aussi spontanément, à la sauce Eugène Rousse et consorts. Pour finir, ce n'est pas Raymond Vergès qui a tué Alexis de Villeneuve, mais c’était à son profit exclusif qu’était organisée la contre manifestation lors de laquelle ADV a été flingué, c’est avec son arme de service que les coups de feu ont été tirés, et ce sont ses militants engagés dans l’algarade fatale à de Villeneuve, au premier rang desquels son fils Paul, qui ont été traduits en justice. Paul Vergès a été condamné pour ces faits, peine amnistiée en 1953, mais certes pas à titre personnel ; il le reconnaît dans le livre écrit en 2000 par Thierry Jean-Pierre.
???, Posté
LE POUVOIR MET EN ÉVIDENCE LA BÊTISE HUMAINE, ALORS QUE EN LA POLITIQUE ON SE DOIT DE SE METTRE AU SERVICE DES AUTRES HUMAINS
Electeur, Posté
Sans oublier non plus, les dizaines de personnes tabassées par les nervis du même Alexis de Villeneuve parce qu'elles n'étaient pas du bord politique que lui, les urnes bourrés par les assesseurs de ce même Alexis de Villeneuve, les assesseurs des adversaires de ce meme Alexis de Villeneuve jetés hors des bureaux de vote...
Renard, depuis son mobile, Posté
Et vous ne parlez pas d'alexis Villeuneuve tue pendant une campagne electoral
Alcibiade, Posté
Sans oublier les législatives de mai 1946 lors desquelles Alexis de Villeneuve, fut assassiné parce qu'il était candidat…