Madagascar :

Les enfants des rues d'Antananarivo


Publié / Actualisé
La Journée internationale de l'enfant est célébrée ce samedi 20 novembre 2004. Une journée pour dire que l'enfant a des droits inaliénables mais pourtant trop souvent bafoués par les adultes sensés les protéger.

Noël Thomas a choisi de témoigner à sa manière de la détresse absolue vécue - à moins de deux heures d'avion de La Réunion - par les petits Malgaches. Extraits de reportage
La Journée internationale de l'enfant est célébrée ce samedi 20 novembre 2004. Une journée pour dire que l'enfant a des droits inaliénables mais pourtant trop souvent bafoués par les adultes sensés les protéger.

Noël Thomas a choisi de témoigner à sa manière de la détresse absolue vécue - à moins de deux heures d'avion de La Réunion - par les petits Malgaches. Extraits de reportage
Leur univers, c'est la rue. Les enfants de Tananarive (capitale de Madagascar) n'ont d'autres horizons que les trottoirs et les caniveaux. Leurs parents? Nul ne sait s'ils en ont. D'ailleurs personne ne s'en soucie. Les enfants des rues de la capitale malgache vivent au jour le jour (...).
Ils sont partout. Le jour près des hôtels cossus de l'avenue de l'Indépendance, à l'affût du touriste. La main tendue, un petit frère ou une petite s?ur dans les bras (...). Comme partout dans le monde, les premières victimes des crises économiques sont les enfants (...).

Les nuits froides de Tana

La nuit, quelques-uns travaillent à décharger les légumes au marché de Petite Vitesse près de la grande gare ferroviaire, jouant en même temps à se poursuivre entre d'énormes tas de choux ou de poireaux. Ils gagnent ainsi une soupe chaude ou partagent une gamelle de riz avec le bazardier. Des dizaines d'autres gamins se sont regroupées près du marché pour passer la nuit au chaud. C'est-à-dire collés les uns aux autres enroulés dans une poche en plastique, sac de farine ou de céréale, et sont couchés à même le trottoir. Les plus petits s'enroulent avec un grand frère ou une grande s?ur. Les plus forts s'arrogent le privilège de dormir sur un pousse-pousse ou sur le plateau d'une charrette, plus confortable. Ils sont étendus là, comme des chrysalides géantes, cocon de misère.
D'autres, plus chanceux, transforment d'énormes cartons en chambre à coucher individuelle, sous les arcades de la plus belle avenue de Madagascar. On trouve également beaucoup de ces enfants des rues dormant dans les zones industrielles, traversées par les courants d'air. En hiver les nuits sont froides à Tananarive. La ville se situe sur les hauts plateaux, à 1 500 m d'altitude. Régulièrement, le thermomètre frôle les cinq degrés, voire moins (...).

Une image écornée dans une société écorchée

Les marchands doivent avoir libéré les lieux à six heures. Avec le ramassage des déchets, c'est une première occasion pour gagner un petit-déjeuner. La rue s'ébroue, les sacs disparaissent comme par enchantement, les paniers d'osier sont remplis et vidés dans les bennes en un temps record. Le marché de jour reprend vie et les enfants se dispersent vers le territoire.
Les autorités de la capitale tentent tant bien que mal d'endiguer le phénomène de la mendicité. Il engendre une délinquance préjudiciable à l'image de la ville alors que le tourisme et de nouveau en pleine expansion. Toutefois, ce petit commerce est toléré. Certaines rues sont désormais interdites pour y dormir la nuit ou pour toutes autres affaires, histoire de regrouper ou d'expédier ailleurs ces pauvres gens (...).
La population ne voit pas le bout de la crise même si le gouvernement de Marc Ravalomanana travaille à améliorer les infrastructures et les voies de circulation à travers un pays exsangue (...). Remettre en bonne marche l'appareil industriel est pour l'instant la priorité. Le traitement social est laissé en partie à des organismes humanitaires internationaux ou à des associations caritatives. L'Etat n'a que peu de moyens financiers pour y remédier.
   

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