Air Bourbon :

En rade à Gillot


Publié / Actualisé
Une cinquantaine de passagers cloués au sol après la brutale cessation d'activité d'Air Bourbon continuent d'occuper l'aérogare Roland Garros. Dimanche matin 28 novembre 2004, ils ont perturbé les opérations d'enregistrements des vols des autres compagnies. Une rapide bousculade a alors eu lieu avec les gendarmes. air Bourbon déposera son bilan ce lundi 29 novembre
Une cinquantaine de passagers cloués au sol après la brutale cessation d'activité d'Air Bourbon continuent d'occuper l'aérogare Roland Garros. Dimanche matin 28 novembre 2004, ils ont perturbé les opérations d'enregistrements des vols des autres compagnies. Une rapide bousculade a alors eu lieu avec les gendarmes. air Bourbon déposera son bilan ce lundi 29 novembre
"On veut un avion", "solidarité", "on veut rentrer chez nous". Les mots résonnent dans l'aéroport. Fatigués, les traits tirés, mais aussi exaspérés, les manifestants se sont placés entre les comptoirs d'enregistrement et les passagers en partance sur des vols d'autres compagnies. Le mouvement dure quelques minutes puis "les naufragés" d'Air Bourbon décident de remonter au premier étage dans la salle d'attente. Certains d'entre eux y dorment depuis samedi soir. La chambre de commerce et d'industrie de La Réunion, gestionnaire de l'aéroport, a paré au plus urgent pour accueillir les passagers "en souffrance d'avions".

Matelas au sol

Des matelas sont posés à même le sol, des tables ont été disposées à la hâte. Des pots de cafés et des gobelets vides traînent un peu partout. "On est véritablement des sinistrés, il faut que l'on fasse quelque chose pour nous, même si ce qui nous arrive n'est pas la faute de l'État" lance une jeune mère de famille.
Des 200 passagers qui devaient embarquer samedi soir, seule une cinquantaine sont restés sur place. Parce qu'ils n'ont pas de famille ou d'amis dans l'île ou "parce que si on ne fait pas pression, si on ne vous voit pas, on va nous oublier et l'on ne fera rien pour nous" explique l'une des passagères.

"On est pas des voyous"

C'est dans cette logique que la décision est prise d'aller bloquer à nouveau les comptoirs d'enregistrement. Cette fois, des passagers d'Air Mauritius à destination de Maurice se font enregistrer. Certains essayent de forcer le cordon de manifestants. Ordre est alors donné aux gendarmes de faire dégager les lieux. Une rapide bousculade s'en suit. Un jeune manifestant est violemment repoussé par un gendarme et chute lourdement au sol. La tension monte d'un cran. "Nous ne sommes pas des voyous. La police et la gendarmerie sont sensées nous protéger pas nous taper dessus" protestent avec véhémence les manifestants.
Finalement les esprits se calmaient. Les "naufragés" remontaient dans la salle d'attente.

Dépôt de bilan

Vers midi, Jean-Paul Noël, le directeur de l'aéroport, venait annoncer aux passagers que leur hébergement et leur ravitaillement continueront à être assuré par la CCIR
En milieu d'après-midi, Érick Lazarus, le P.D.-G d'Air Bourbon, est venu à la rencontre de ses clients. Il leur a affirmé "tout faire pour arriver à (les) faire partir le plus rapidement possible". Il a indiqué qu'une possibilité existait pour affréter un avion dès lundi soir. "Nous avons trouvé un avion. Il est possible de le faire arriver de Paris lundi soir avec à son bord les passagers bloqués ne métropole. Vous pourriez ensuite repartir avec lui mardi matin sans payer de supplément" disait-il. "Mais nous n'avons pas les moyens de mener à bien cette transaction. Il nous reste 92 000 euros, nous sommes prêts à les mettre sur la table. C'est à la préfecture, qui gère cette situation, de voir ensuite ce qu'elle peut faire" ajoutait le chef d'entreprise. L'affrètement d'un avion s'élève à environ 400 000 euros.
Un peu plus tard dans la soirée, il annonçait que lundi sa compagnie déposerait son bilan devant le tribunal de commerce de Saint-Denis et qu'il proposerait "un plan de redressement pour sauver l'entreprise".

24 000 passagers

Rappelons que samedi, après concertation samedi avec les trois autres compagnies desservant l'île, Air France, Air Austral et Corsair, la préfecture a pour sa part annoncé que deux vols spéciaux aurait lieu ce jeudi et e vendredi. Les passagers devront toutefois payer 300 euros H.T. par personne pour pouvoir voyager sur ces vols.
Au total, un millier de passagers qui ont déjà commencé leur voyage sont bloqués en Métropole ou à La Réunion (un peu plus de 200 personnes devaient quitter l'île ce dimanche soir). D'ici à la fin de l'année, 24 000 personnes devaient voyager avec Air Bourbon.
Air Bourbon, une compagnie privée réunionnaise effectuait la rotation Réunion - Métropole quatre fois par semaine à bord d'un unique appareil. En proie à des graves problèmes structurels de trésorerie et criblée de dettes, elle a arrêté ses activités vendredi soir.
   

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