La grève aux Urgences :

"Au nom de la sécurité des malades"


Publié / Actualisé
Les urgentistes réunionnais sont en grève pour une durée indéterminée depuis le 4 avril 2005 minuit. Ils relayent l'appel national, revendiquant des moyens humains supplémentaires afin de garantir la sécurité des patients et la bonne conduite de la mission de service public hospitalier
Les urgentistes réunionnais sont en grève pour une durée indéterminée depuis le 4 avril 2005 minuit. Ils relayent l'appel national, revendiquant des moyens humains supplémentaires afin de garantir la sécurité des patients et la bonne conduite de la mission de service public hospitalier
Avec un peu moins de 100 praticiens pour une population de 700 000 habitants, La Réunion fait face à des difficultés en matière de médecine d'urgence. Le déficit engendre une attente et une saturation des services qui ne permettent plus d'offrir des conditions de soins optimales.
Cette situation délicate amène les urgentistes hospitaliers à se mettre en grève au nom de la sécurité des malades. "L'offre des soins n'a pas changé depuis 6 ans alors que la demande a explosé " confie le docteur Mercoyrol, praticien hospitalier aux urgences du centre hospitalier (CHD) de Bellepierre (Saint-Denis). Il précise que ce ne sont pas les statuts ni les salaires qui posent problème, mais les moyens humains pour exercer une médecine de qualité. "Actuellement on ne peut garantir aux gens une prise en charge parfaite à toute heure, alors que l'assurance maladie le prévoit" dit-il.

Prendre en charge en amont

Autre cause de la surcharge des services d'urgence, la disparition de la permanence de soins et le démantèlement de la prise en charge à domicile. En n'assurant plus les gardes, les médecins de villes laissent aux urgentissimes la mission de régulation et d'orientation des malades. "Les urgences sont encombrées par des gens qui auraient dû être pris en charge en amont" explique le docteur Mercoyrol.
Résultat, le temps passé dans la salle d'attente avant de pouvoir être soigné ne fait qu'augmenter. Venue accompagner un malade ce lundi 4 avril, Andrée Ferrère attend déjà depuis deux heures, "Je soutiens complètement le mouvement de grève car je trouve inadmissible d'attendre aussi longtemps alors qu'il suffirait simplement d'augmenter le nombre de médecins" commente-t-elle. Une situation d'attente qui ne devrait pas s'améliorer dans les prochains jours puisque le principal syndicat des médecins urgentistes, l'AMUHF (associations des médecins urgentistes hospitaliers de France) prévoit de renforcer encore sa mobilisation pour les prochains jours.

Abandonner l'hôpital

Le docteur Morbidelli, praticien à l'hôpital Gabriel Martin de Saint-Paul et délégué régional de l'AMUHF, précise ainsi que les modalités pratiques du maintien de la grève seront fixées rapidement. Ce mouvement ne pénalisera cependant en rien les patients puisqu'un service minimum sera instauré pour les urgences vitales. Dans les services d'urgences réunionnais, la sonnette d'alarme est donc tirée. Les grévistes ne semblent cependant pas prêts à démissionner massivement comme les chercheurs l'ont fait symboliquement il y a quelques mois. Mais certains confient leur inquiétude et avouent songer à abandonner l'hôpital pour le cabinet, si aucune avancée n'a lieu.

Manuel Yepes et Thierry Alba
   

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Illustration : Kwa Films

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