Mobilité :

Les tribulations de jeunes Réunionnais en Chine


Publié / Actualisé
Loïse, Vincent, Christophe, Gilles et David, 111 ans à eux 5, étudient depuis septembre 2006 à l'université de Heibei Gongye à Tianjin, une ville à 150 km de Pékin, la capitale de la Chine. Ils effectuent leur 4ème année de Sup Info (études en informatique), apprennent le Mandarin, sont parfaitement intégrés, ont beaucoup d'amis Chinois et n'ont aucune envie "de retourner à La Réunion tout de suite". Récit d'une mobilité réussie
Loïse, Vincent, Christophe, Gilles et David, 111 ans à eux 5, étudient depuis septembre 2006 à l'université de Heibei Gongye à Tianjin, une ville à 150 km de Pékin, la capitale de la Chine. Ils effectuent leur 4ème année de Sup Info (études en informatique), apprennent le Mandarin, sont parfaitement intégrés, ont beaucoup d'amis Chinois et n'ont aucune envie "de retourner à La Réunion tout de suite". Récit d'une mobilité réussie
Heibei Gongye, l'une des plus grandes universités de Tianjin, une ville du Nord-Est de la Chine située à 150 km de Pékin, la capitale de la République populaire de Chine. Il est midi ce mercredi 15 novembre 2006. Les immenses portes du campus déversent un flot interrompu d'étudiants affamés. Preuve d'une longue expérience, les marchands ambulants installés aux alentours ont prévu l'affluence. Viandes, légumes et petits pains grésillent déjà sur les grils. Les bocaux de condiments sont ouverts. Les patates et les épis de maïs sont déjà cuits.

Coup de c?ur

"Alon mange un hamburger péi alor". Dite en créole, la phase est insolite en ces lieux. Elle a été lancée par David Law Tchan Wa, 25 ans, originaire de Sainte-Clotilde et élève de l'université de Heibei Gongye. Loïse Nanécou, 21 ans (Sainte-Clotilde), Vincent Thiaw-Thi, 21 ans (Saint-Benoît), Christophe Thia-Kime, 23 ans (Saint-Joseph) et Gilles Vienne, 21 ans (le Tampon), sont d'accord pour le "hamburger péi", une sorte de petit pain farci de viandes et de légumes. Jusqu'en juillet 2006, les 5 étudiants étaient scolarisés en 3ème année de Sup Info à Saint-Benoît. Gérée par la chambre de commerce et d'industrie de La Réunion, l'école forme des ingénieurs en informatique (de niveau bac + 5). "En fin d'année, nous avons un stage obligatoire à l'étranger. Nous sommes venus en Chine. Au départ juste pour quelques semaines. Finalement nous n'en sommes toujours pas repartis" explique Loïse Nanécou.
La jeune fille s'est décidée sur "un coup de c?ur en visitant la muraille de Chine une semaine après mon arrivée. Avant j'avais un peu le blues". Gilles Vienne parce qu'il a eu "un coup de foudre" pour le pays et les 3 autres jeunes - qui ont des origines chinoises -, parce qu'il s'agissait de "la concrétisation d'un rêve".

" un "plus" sur le CV"

À l'issue de leur "summer school" (école d'été), ils entament des démarches pour effectuer leur 4ème année de Sup Info à Tianjin. Leur dossier est accepté. Et depuis septembre2006, ils font partie de la dizaine d'étudiants scolarisés à Heibei Gongye. Tous les cours qu'ils suivent sont dispensés en anglais, y compris les cours de chinois. Car les 5 jeunes Réunionnais qui ont déjà tous une pratique courante de l'Anglais et pour certains de l'Espagnol, apprennent le Mandarin. "D'abord, on ne peut pas vivre dans un pays sans apprendre à parler sa langue, ensuite cela ne peut qu'ajouter un "plus" important sur un CV" note Loïse Nanécou. "La Chine est en plein boom économique. Cet essor va sans doute prendre encore plus d'ampleur après les Jeux olympiques de 2008. Le pays va conforter sa place d'acteur économique incontournable au plan mondial. La maîtrise du Chinois ne peut qu'augmenter les chances d'embauche en entreprise" ajoute-t-elle. "De par mes origines j'avais aussi envie de savoir dire en chinois autre chose que les noms des plats" commente David Law Tchan Wa qui est visiblement le boute-en-train de la bande. "De toute façon, si l'on veut se faire comprendre et donc s'intégrer, il faut parler la même langue que les gens du pays" remarque Christophe Thia-Kime en se soufflant sur les doigts.

- 20 degrés

Nous sommes à la mi novembre et un froid piquant rappellent aux jeunes Réunionnais que l'hiver "ici est bien vrai" remarque Gilles Vienne. "Mais il paraît que nous n'avons encore rien vu. Les copains Chinois disent qu'en janvier - février, il peut faire jusqu'à - 20 degrés" renchérit David Law Tchan Wa. "mais ce n'est pas bien grave. Ici la vie est bien moins cher qu'à La Réunion. Il y a tout ce qu'il faut en vêtements chauds pour pas très cher. Par exemple, on peut avoir des polaires pour 50 yuans, c'est à dire pour 5 euros (10 yuans = 1 euro - ndlr)" indique Christophe Thia-Kime. Et pour l'achat des vêtements en question, la pratique, même débutante du chinois, est bien utile. Passée maître dans l'art du marchandage, une tradition bien ancrée en Chine, Loïse Nanécou négocie pied à pied gants et pulls sur l'un des marchés de la ville. Elle s'en sort très bien. "On la laisse faire pour tous les achats, c'est elle la spécialiste" souligne Vincent Thiaw-Thi.
Mais, les jeunes Réunionnais ne marchandent pas uniquement pour le plaisir de lier la conversation avec les marchands. Aucun d'eux ne roule sur l'or.

Prêts bancaires

Soutenus par leurs parents, ils ont dû consentir à de gros efforts financiers pour cette année d'étude à Tianjin. Entre les billets d'avion, les frais de scolarité, les loyers - les 5 jeunes sont logés sur le campus dans un hôtel réservés aux étrangers -, "il faut compter environ 8 000 euros d'investissement. Pour ma part j'ai dû faire un prêt bancaire" explique Gilles Vienne. "Les banques accordent les prêts sur présentation des attestations du conseil général et du conseil régional indiquant qu'ils vont nous verser des aides financières" ajoute le jeune homme.
Alors chaque yuan compte. "Heureusement, on peut manger pour vraiment pas cher. C'est d'ailleurs un piège à kilos" plaisante Loïse Nanécou. Le petit groupe de Réunionnais s'est très vite habitué à la cuisine du Nord de la Chine. "En plus, si on veut cuisiner créole, il est possible de trouver tous les ingrédients sur place. Mais la plupart du temps, on mange chinois. C'est aussi un facteur d'intégration" ajoute encore Loïse Nanécou. Une intégration qui se passe en douceur. "Vraiment nous avons été très bien accueillis et acceptés. Les Chinois sont curieux et timides à la fois. Ils hésitent à venir vers vous, mais si vous allez vers eux, alors le contact s'établit très facilement. Ils veulent savoir d'où nous venons, ce que nous faisons. Nous leur expliquons où se trouve La Réunion. La plupart d'entre eux n'en avaient jamais entendu parler, mais ils connaissent Maurice et Madagascar. En retour, ils sont heureux de nous faire découvrir leur pays et leurs traditions. Beaucoup de nos copains sont Chinois" souligne Christophe Thia-Kime. Lequel est souvent pris pour un Chinois "ou pour un Coréen parce que je suis plus grand que la moyenne des Chinois" dit-il.

"Partir, découvrir, apprendre et un jour revenir"

À la fin de leur année d'étude, les 5 étudiants envisagent de rester encore quelque temps en Chine."L'idéal serait de trouver un stage sur place" disent-ils. Scientifiques de formation, ils pensent tous poursuivre dans cette filière, mais pas forcément en informatique pour certains d'entre eux. Et le retour à La Réunion? "Je ne sais pas. Vous avez envie de revenir à La Réunion vous?" demandent Loïse Nanécou à ses copains. La réponse est dans la question. "Franchement, je ne pense pas que ce soit une bonne chose de revenir tout de suite. Ici nous avons une formidable ouverture sur le monde. Il faut en profiter au maximum, même si les bons caris de ma maman me manquent parfois" souligne Vincent Thiaw-Thi. "Il y a tellement de chose à voir et à découvrir ailleurs que l'on ne peut pas se contenter de dire lorsqu'on est jeune "mi rest la case, mi bouge pa". Au contraire, il faut partir, découvrir, apprendre et un jour revenir à La Réunion pour lui apporter de nouvelles connaissances" conclut le jeune homme.
   

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