Plantes médicinales :

Vous prendrez bien une tisane


Publié / Actualisé
Près de 85% de Réunionnais boivent de la tisane. Cette tradition ancestrale est bien ancrée dans les m?urs pays et ce n'est pas pour rien : les plantes aromatiques et médicinales de La Réunion ont de véritables vertues bénéfiques pour la santé
Près de 85% de Réunionnais boivent de la tisane. Cette tradition ancestrale est bien ancrée dans les m?urs pays et ce n'est pas pour rien : les plantes aromatiques et médicinales de La Réunion ont de véritables vertues bénéfiques pour la santé
Fleur jaune, faham, ambaville, ayapana.... Tout le monde connaît ces plantes qui poussent dans nos forêts mais qui sait vraiment comment les utiliser? Les tisaneurs lontan détiennent les secrets des breuvages salvateurs et le retour vers les valeurs du terroir et de la nature leur donne raison. L'île regorge de plantes aromatiques et médicinales et les potentialités commerciales sont réelles. Depuis quelques mois, près de 700 tisaneurs et tisanophiles de l'île se sont regroupés en association pour organiser cette activité artisanale en véritable filière. Parmi ces passionnés, des membres éminents comme le chanteur Danyel Waro ou le botaniste Roger Lavergne. Le but de l'association est de faire reconnaître scientifiquement les propriétés des plantes, labeliser les tisanes pays et garantir la traçabilité et la qualité des produits.

Tisaneurs lontan ou charlatans?

Car l'enjeu n'est pas simplement commercial. L'organisation de la filière, via une généralisation de la culture, permettra aussi de stopper, ou au moins ralentir, la cueillette sauvage qui menace certaines espèces d'extinction. Les plantes les plus recherchées sont aussi les plantes endémiques les plus fragiles. C'est le cas du bois de senteur, du bois de fer ou du bois jaune. Mais plus grave, une orchidée comme le faham peut être toxique en fonction de l'endroit où elle est cueillie. Et les mélanges vendus dans les marchés forains ne garantissent ni la traçabilité, ni la non toxicité... Les dosages et le manque d'information sur l'usage peuvent aussi poser problème. "Sur les marchés forains, on trouve un peu tout et n'importe quoi. En plus, des informations erronées circulent et peuvent avoir des répercussions néfastes", explique Jean-Jacques Silon, président de Tisaneurs Réunion. Il cite l'exemple de la sensitive utilisée traditionnellement pour favoriser le sommeil, mais qui peut tuer si le dosage est trop fort... Autre enjeu : la concurrence. Si la Réunion ne réagit pas rapidement, les îles voisines, Madagascar et Maurice, vont occuper le terrain. Déjà, des plantes malgaches sont vendues sur les marchés forains et certains mélanges estampillés Réunion, sont aussi composés de plantes des îles voisines.


Protéger le savoir ancestral


Ainsi, deux axes de développement ont été choisis par les membres de l'association : les produits de bien être et les propriétés médicinales des plantes. Si les plantes utilisées sont connues et que des études scientifiques existent, le problème de la commercialisation est juste une question de packaging qui peut se résoudre via une structuration de la filière. En revanche, concernant les plantes endémiques de l'île, pas ou peu d'études existent. Elles sont pourtant le préalable nécessaire à toute mise sur le marché.
Des tests de toxicologie et des recherches de propriétés sont actuellement réalisées par l'APLAMEDOM (association pour les plantes médicinales et aromatiques de la Réunion), en collaboration avec le laboratoire de chimie de l'université. L'association se penche sur une quinzaine de plantes et sur des préparations soumises par des tisaneurs, qui visent à soigner l'asthme et le chikungnya. " Notre démarche est de valider l'utilisation traditionnelle qui est faite des plantes. Nous cherchons à prouver que les tisaneurs ont raison ", explique Stéphanie Brillant, chargée de mission à l'APLAMEDOM. Vient ensuite aux tisaneurs de trouver des moyens juridiques de protéger leur savoir. " Nous estimons qu'il y a une propriété intellecuelle à faire valoir sur le savoir des tisaneurs ", explique Ian Winckless, de l'association des Trois Salazes. Selon lui, dans la plupart des cas, l'érudition des anciens vaut tout autant que des études scientifiques.
   

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