Agriculture - Coupe de la canne :

Du travail manuel à la mécanisation


Publié / Actualisé
La campagne sucrière vient de démarrer mais les agriculteurs sont d'ores et déjà confrontés à un problème. Le manque de main d'?uvre pour couper la canne. En effet, chaque année le nombre de coupeurs de cannes diminue. La faute à des départs en retraite croissants et à un non renouvellement des générations dans ce métier souvent jugé "pénible". Face à cette situation, les planteurs tentent de s'adapter. Depuis 2 ans, la tendance est à la mécanisation de la coupe. Conséquence, le métier de coupeur de cannes tend à disparaître dans les moyennes et grandes exploitations. C'est une page de l'histoire de La Réunion qui est en passe d'être tournée.
La campagne sucrière vient de démarrer mais les agriculteurs sont d'ores et déjà confrontés à un problème. Le manque de main d'?uvre pour couper la canne. En effet, chaque année le nombre de coupeurs de cannes diminue. La faute à des départs en retraite croissants et à un non renouvellement des générations dans ce métier souvent jugé "pénible". Face à cette situation, les planteurs tentent de s'adapter. Depuis 2 ans, la tendance est à la mécanisation de la coupe. Conséquence, le métier de coupeur de cannes tend à disparaître dans les moyennes et grandes exploitations. C'est une page de l'histoire de La Réunion qui est en passe d'être tournée.
"Il est de plus en plus difficile de trouver de la main d'?uvre pour couper la canne", lance Krishna Atanary, agriculteur dans l'Est de l'île. Ce constat est partagé par l'ensemble des professionnels du secteur. Combien reste t-il de coupeurs de cannes à La Réunion ? Impossible de le savoir. "La majorité de ces personnes relève de l'économie souterraine. Il n'y a pas de comptabilisation précise", explique Gilbert Rosselin, responsable du département animation et du développement territorial à la chambre d'agriculture

Ce qui est connu, c'est que la moyenne d'âge des coupeurs de cannes aujourd'hui se situe autour des 50 ans. Nombreux sont ceux qui ont de plus en plus de mal à exercer ce travail pénible ou qui sont proches de la retraite. Parallèlement, les jeunes refusent de se lancer dans le métier.

Et pour cause, "c'est un travail difficile. En hiver, c'est supportable. Mais en été, lorsqu'il fait plus de 30°C, les organismes souffrent. Cela se ressent dans les rendements du travailleur", souligne Jean-Yves Minatchy, président de la chambre d'agriculture et lui même agriculteur. Il estime qu'en été, "le rendement du coupeur de canne peut baisser de 50%", passant d'une moyenne de plus de 3 tonnes de cannes coupées par jour à une moyenne avoisinant les 2 tonnes.

Autre argument qui pousse les jeunes à se détourner de ce métier, "on ne gagne pas non plus beaucoup d'argent", reconnaît Isidore Laravine, agriculteur à Sainte-Marie. La rémunération diffère selon les zones de coupe. Dans les zones humides, où il faut préserver le bourgeon de la canne, le salaire varie entre 15 euros et 20 euros par tonne de cannes coupée. Dans les zones sèches, où les terrains sont entièrement rasés, le salaire oscille entre 12 et 14 euros par tonne de cannes coupée.

Krishna Atanary met quant à lui en cause "la motivation des jeunes". "Ils ne veulent plus travailler. C'est un problème qu'on retrouve dans beaucoup de métiers", déplore t-il. "Pourtant, Les méthodes de travail ont changé par rapport à avant. Les anciens devaient tout faire manuellement, couper la canne et faire la levée. Aujourd'hui, la mécanique s'occupe de la levée, il ne reste que la coupe", explique t-il.

Malgré cela, le nombre de coupeurs de cannes ne cesse de diminuer, au grand dam des professionnels du monde agricole. "Ce métier va disparaître d'ici 5 ou 6 ans", juge Krishna Atanary. Face à cette situation, les planteurs ont d'ores et déjà commencé à s'adapter. Ils se tournent vers les machines.

"Ça a commencé il y a deux ans", note Gilbert Rosselin. En 2008, environ 10 "coupeuses de cannes péi" (machine adaptée au terrain réunionnais et destinée aux petites et moyennes exploitations) ont été achetées par des agriculteurs. En 2009, ce chiffre est passé à 50. Sans compter les autres machines qui existent sur le marché. Le coût de ces engins varie entre 18 000 et 300 000 euros, selon les performances. Pour acquérir l'une de ces machines, les agriculteurs peuvent bénéficier de subventions et du dispositif de défiscalisation. "C'est l'avenir du métier", analyse Krishna Atanary.

Cet avis est partagé par Gilbert Rosselin. Il estime que l'"on se dirige inexorablement vers la mécanisation de la coupe" sauf dans les petites parcelles ou la pratique de la coupe manuelle continuera. "Cette mécanisation pourrait avoir des conséquences sur la qualité de la canne", selon le responsable à la chambre d'agriculture. "Lorsqu'on coupe à la main, on a la possibilité d'enlever la paille de la canne. Ce n'est pas le cas avec les machines", signale t-il. Et pas question d'enlever la paille après la coupe mécanique. "Ce serait un dispositif trop lourd à mettre en place pour le planteur", indique Gilbert Rosselin. Les usiniers sont donc obligés de recevoir la canne avec la paille.

Conséquence, une phase expérimentale est lancée lors de cette campagne 2010 pour "mesurer l'impact de la paille sur la qualité de la canne". S'il s'avère qu'il y a un impact réel sur la qualité de la canne, les professionnels du secteur devront "trouver une solution pour améliorer le mode de coupe". Gilbert Rosselin évoque notamment la création d'un "guide de la bonne pratique de la coupe mécanique". "Il s'agit de former les chauffeurs de ces engins pour qu'ils puissent couper mécaniquement la canne, sans la paille", explique t-il. Cette formation devrait être mise en place d'ici 2 ans.

Mounice Najafaly pour
   

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