Habitat :

La Réunion en déficit chronique de logements sociaux


Publié / Actualisé
A la Réunion, depuis 20 ans, le nombre de demandes de logements sociaux stagne sans que l'offre ne parvienne à la satisfaire. En cause, des crédits publics insuffisants pour la construction de ces logements aidés auxquels 70% de la population réunionnaise peut prétendre.
A la Réunion, depuis 20 ans, le nombre de demandes de logements sociaux stagne sans que l'offre ne parvienne à la satisfaire. En cause, des crédits publics insuffisants pour la construction de ces logements aidés auxquels 70% de la population réunionnaise peut prétendre.
Aujourd'hui encore, plus de 29 000 ménages sont dans l'attente d'un logement
social. Pour faire face à ces besoins, l'INSEE avance la nécessité de produire d'ici 2025, 9 000 logements neufs annuels dont 5 400 aidés pour tenir compte de la solvabilité des ménages. Le niveau de production se situe aujourd'hui à environ 3 000.

" C'est une réalité, il y a des gens qui attendent. Certains, depuis plusieurs années ", indique Hervé Gaertner, directeur adjoint de la SIDR (société immobilière du département de la Réunion) qui gère 20 000 logement sociaux, soit plus du tiers du parc disponible sur l'île.

Selon lui, toute la Réunion est touchée par l'habitat précaire, même si le problème est accentué dans les centres urbains. Et selon une étude de l'INSEE basée sur les données de 2009, 70% des ménages réunionnais disposent, toutes prestations confondues, d'un revenu mensuel inférieur ou égal à deux salaires minimum (SMIC). A ce titre, ils sont éligibles au dispositif du logement social.

Le hic? Le financement de la construction de logements sociaux est adossé à des crédits publics, largement insuffisants. Cette année, la LBU (ligne budgétaire unique) sur laquelle se basent les bailleurs sociaux pour leur programme de construction, prévoit 80 millions de subvention au logement social. " Pour 2011, il aurait fallu 180 millions d'euros pour répondre aux besoins ", estime Hervé Gaertner.

Face à ce constat, la SIDR a trouvé le moyen de contourner le problème en faisant appel à des investisseurs privés qui deviennent des partenaires de financement du logement social via la défiscalisation. Un système rendu possible par la LOEDOM et qui a permis à la SIDR de multiplier sa production annuelle de logements par 2,5 depuis 2008.

Un système ingénieux qui a lui aussi ses limites car il ne peut pas se substituer à la LBU, et surtout, il nécessite des montages complexes. " Je suis optimiste pour les deux ou trois années à venir. Après la courbe va baisser ", indique encore Hervé Gaertner.

En effet, avec la crise, les promoteurs acceptent ce type de système moins rentable pour eux parce qu'ils n'ont pas le choix. Mais à la première embellie, ils n'hésiteront pas à s'orienter vers des opérations plus profitables. A cela s'ajoute le problème du foncier dans une île où la terre est convoitée par tous.

Mais la crise du logement social, c'est aussi la crise du secteur du bâtiment, déjà plombé par la morosité de la construction en général. Il est admis que dans l'île, la construction d'un logement crée un emploi direct et un emploi indirect. Et là, on est encore loin de rattraper le retard : entre 10 et 15 000 emplois ont été perdus dans le secteur depuis 2009.

" Le logement social n'est pas un relai de croissance. On est encore plus inquiet pour l'avenir ", indique Stéphane Brossard, président de la FRBTP (fédération réunionnaises du bâtiment et des travaux publics). D'après lui, sur 1 500 demandes d'agrément de défiscalisation faites par les bailleurs sociaux auprès du ministère de l'économie à Paris pour du logement social à la Réunion, seulement 500 ont été accordés. Auprès des instances locales, 1 500 ont été accordés pour 2 500 demandes.

Pour Stéphane Brossard, " on nous avait promis du logement social comme alternative à la crise de la construction mais le manque de LBU est actuellement la seule cause du manque de construction de logements à la Réunion ".

" Il existe une misère sociale. Les problèmes de logement en découlent. Certaines familles attendent, elles voient des logements vides et passent à l'action ", indique Dominique Romelli, président de l'association pour le développement de Saint-Paul. Selon lui, " les municipalités ne jouent pas leur rôle ".

Pourtant, récemment, Thierry Robert, le maire de Saint-Leu, a envoyé un courrier au président de la République pour l'informer, s'il ne l'était pas, de la nécessité d'une réaction urgente sur la question. " Aujourd'hui, le démarrage des opérations d'aménagement se heurte à l'insuffisance des crédits de la Ligne Budgétaire Unique, dont l'enveloppe actuelle ne permet de financer
qu'à peine la moitié des projets à l'échelle de l'Île de la Réunion ", y indique-t-il.

Il pointe également la contradiction entre l'obligation légale pour une ville d'héberger au minimum 20% de logements sociaux sous peine d'amende et des crédits étatiques insuffisants pour les construire. Une situation qui pèse sur les finances locales.

" Nous nous retrouvons là face à une réelle contradiction. Il ne peut être demandé aux communes de réaliser toujours plus de logements sociaux et d'avoir dans le même temps des crédits de la LBU insuffisants pour accompagner les communes dans leurs projets ", poursuit le courrier.

Il pointe les coûts liés à la viabilisation de terrains situés sur des pentes et demande une transformation des dispositifs de financement du logement social qui asphyxient les finances locales. Une prise de conscience nécessaire, sans laquelle les 29 000 réunionnais en attente de logement social ne verront jamais à quoi ressemble un foyer décent.

Marine Veith pour
   

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