Campagne sucrière :

La saison s'annonce morose


Publié / Actualisé
La campagne sucrière 2011 sera "médiocre", prédit Jean-Yves Minatchy, président à la chambre d'agriculture. Les mauvaises conditions climatiques depuis ce début d'année et des problèmes de qualité des cannes vont empêcher d'atteindre l'objectif tant attendu des 2 millions de tonnes récoltés. La morosité ambiante est accentuée par des tensions entre planteurs et usiniers qui ne parviennent pas à un accord sur un certain nombre de revendications alors que la campagne devrait débuter dans les prochaines semaines.
La campagne sucrière 2011 sera "médiocre", prédit Jean-Yves Minatchy, président à la chambre d'agriculture. Les mauvaises conditions climatiques depuis ce début d'année et des problèmes de qualité des cannes vont empêcher d'atteindre l'objectif tant attendu des 2 millions de tonnes récoltés. La morosité ambiante est accentuée par des tensions entre planteurs et usiniers qui ne parviennent pas à un accord sur un certain nombre de revendications alors que la campagne devrait débuter dans les prochaines semaines.
Les planteurs de cannes n'ont pas le sourire. Et pour cause, tous s'accordent à dire que la campagne sucrière 2011 sera "médiocre". Ce que ne conteste pas Jean-Yves Minatchy. Deux éléments jouent en défaveur des agriculteurs. D'une part, de "très mauvaises conditions climatiques" depuis le début de l'année, surtout dans le Nord et dans le Sud. "Ces zones ont été touchées par de fortes sécheresse. On y enregistre un production en baisse de 30 à 40%", indique le président de la chambre consulaire. Quant à l'Est et à l'Ouest, "les derniers épisodes pluvieux ont permis de limiter les dégâts".

D'autre part, certains planteurs pointent du doigt des "problèmes de qualité de la canne". C'est le cas de Dominique Vienne, président de la FDSEA. Selon lui, des agriculteurs n'ont pas planté de nouvelles souches de canne alors qu'elles doivent être renouvelées tous les 7 ans. En cause, "un coût prohibitif qui empêche les planteurs d'investir". S'ajoutent des "lourdeurs administratives qui rendent difficile l'obtention d'aides de l'Etat". Conséquence, "certains planteurs préfèrent garder les vieilles souches mêmes si elles produiront moins", commente le responsable syndical.

Les nouvelles variétés de cannes (R582 à R585) sont aussi en cause, à en croire certains agriculteurs. Ces variétés ont l'avantage de produire un tonnage considérable par hectare (140 tonnes contre 100 tonnes pour les anciennes variétés). "Elles sont plus grandes, plus lourdes et donc moins résistantes aux climats extrêmes", explique un agriculteur. Certaines plantations n'ont donc pas résisté aux forts épisodes pluvieux du début du mois de juin. Des tonnes de cannes se sont couchées, sous le poids de l'eau. "Elles vont se redresser au fur et à mesure mais il y aura une importante perte en sucre", souligne un planteur qui s'inquiète de l'arrivée des vents d'alizé à partir de juillet.

Quoiqu'il arrive, les planteurs récolteront moins de canne qu'en 2010 où 1 877 197 tonnes de cannes ont été livrées. Certains craignent même que la moyenne décennale ne soit pas atteinte, à savoir environ 1,825 tonnes. Florent Thibault, coprésident de l'interprofession de la canne et du sucre, avance le chiffre 1,730 à 1,770 millions de tonnes. Jean-Yves Minatchy refuse de se prêter au jeu des pronostics : "Il est trop tôt pour dire quel sera le tonnage à la fin de la saison. Les dernières pluies seront peut-être favorables à la deuxième partie de la campagne", indique-t-il.

Actuellement, le président de la chambre d'agriculture est plutôt préoccupé par la négociation d'un accord avec les industriels concernant trois principaux axes. Les planteurs demandent un "partage équitable des richesses de l'ensemble des sous-produits de la canne" (recette mélasse, droits d'accise...), "la bonification de trois euros pour les tonnages supérieurs à 190 000 tonnes" et "la mise en place d'un prix plancher de 35 euros par tonne de cannes pour compenser d'éventuelles pertes de richesse".

Ces revendications ont été mises sur la table des discussions ce jeudi 23 juin 2011 lors d'une réunion de la commission paritaire de la canne et du sucre. "Nous n'avons pas obtenu de réponse concrète pour l'instant", affirme Jean-Yves Minatchy. Une nouvelle réunion de la commission est prévue dans le courant de cette semaine. "Cette première rencontre était l'occasion d'aborder tous les sujets. Les industriels et les planteurs devront détailler les évolutions de leurs propositions à la prochaine réunion", signale Florent Thibault.

"Il faut que nous trouvions une solution si on veut démarrer dans la campagne dans de bonnes conditions", lance le président de la chambre d'agriculture qui ne cache pas que la grogne va s'amplifier si aucun accord n'est trouvé. Jusqu'à aller vers des blocages en début de campagne ? Jean-Yves Minatchy préfère jouer la carte de l'apaisement: "l'heure est à la discussion. Nous espérons obtenir gain de cause d'ici le lancement de la campagne".

A noter que la date du début de la campagne sucrière 2011 n'a pas encore été fixée. Ce qu'attendent avec "impatience" les planteurs. Les agriculteurs du Sud émettent déjà un souhait : "il faut lancer la campagne à la fin du mois de juillet pour permettre à la canne de mûrir", lance un planteur. Revendication que Jean-Yves Minatchy souhaite défendre lors de la réunion qui fixera cette date.

Mounice Najafaly pour
   

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