Société :

Ces phobies qui gâchent la vie


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Peur du vide, des cafards, de l'avion, de se retrouver dans un espace clos...Chacun est plus ou moins phobique. Mais lorsque ces phobies se manifestent de manière aigue, elles deviennent vite très contraignantes. Les causes des ces peurs sont bien souvent complexes.
Peur du vide, des cafards, de l'avion, de se retrouver dans un espace clos...Chacun est plus ou moins phobique. Mais lorsque ces phobies se manifestent de manière aigue, elles deviennent vite très contraignantes. Les causes des ces peurs sont bien souvent complexes.
Qualifiée d'"hystérie d'angoisse" par Freud, la phobie se caractérise par une peur irraisonnée face une certaine situation ou certains objets. Pour Jean-Pierre Cambefort, psychologue, "il y a quelque chose d'illogique dans la phobie". "C'est un état d'angoisse propre à la personne souvent envers des objets qui ne sont pas anxiogènes", définit le psychologue. Un état qu'il différencie de la peur, "rationnelle, et déterminée par des causes objectives".

Si l'arachnophobie (peur des araignées), aichmophobie (peur des aiguilles et des objets pointus) ou encore acrophobie (peur du vide) figurent parmi les phobies les plus courantes, d'autres sont plus inattendues. Il y a ainsi l'hexakosioihexekontahexaphobie (peur du chiffre 666), l'anuptaphobie (peur du célibat), ou l'éreutophobie (peur de rougir en public).

Crises d'angoisse, tétanie, pâleur, sensation d'étouffement, voire même évanouissement... Les phobiques décrivent tous plus ou moins les mêmes symptômes. "Pour prendre l'hélicoptère ou en avion, je roulais des plaquettes de chewing gum au fond de ma gorge afin de saliver et de ne plus avoir l'impression d'étouffer", raconte Alexandre, aviophobe (peur de l'avion). Un comble pour ce quinquagénaire qui exerce une profession libérale l'obligeant à se déplacer souvent en avion. De son côté, Karima, arachnophobe et jeune mère de famille, relate "s'être déjà enfermée dans une armoire en ayant aperçu une araignée".

Poussées à l'extrême, ces phobies peuvent être réellement handicapantes au quotidien. Cela à un point tel que les personnes qui en souffrent font tout pour éviter de se retrouver dans une situation les mettant face à leur peur. "Le phobique est très malheureux. Il est en souffrance. Il y a souvent des démonstrations assez fortes. Il court dans tous les sens, il crie. Cela peut lui pourrir la vie, comme l'empêcher d'aller à certains endroits. Il vit sa phobie comme s'il était agressé", explique Jean-Pierre Cambefort.

Marie, acrophobe, confirme. "J'évite tout ce qui a trait au vide. Je ne monte pas sur les échelles ou les chaises. Je ne peux même pas marcher sur un pont, m'approcher d'un balcon ou même prendre des escaliers sans être agrippée à la rampe", confie la mère de famille du Sud. Lucie, étudiante de 23 ans et souffrant de bélénophobie (peur des piqûres), avoue "ne plus être à jour dans ses vaccins depuis une dizaine d'années". "L'idée qu'une aiguille va entrer dans mes veines, cela me terrorise. Je n'ai fait qu'une seule prise de sang dans ma vie, et c'était parce que je n'avais pas le choix, je devais être hospitalisée", souligne-t-elle.

Pour Nicole Florentiny, psychologue et psychothérapeute à Saint-Denis, "la phobie n'est pas un trouble envahissant. Mais dès qu'elle empêche la personne de sortir et qu'elle handicape sa vie, cela devient une maladie psychiatrique". Elle rejoint Jean-Pierre Cambefort pour déclarer que la phobie n'est qu'un "masque" engendré par des causes souvent complexes. Ce qui expliquerait pourquoi beaucoup de phobiques ne se souviennent pas de l'élément déclencheur de cette peur, ou qu'ils en refoulent l'origine. "Derrière toute phobie se cache un traumatisme. Il y a des gens qui mettent quarante ans à s'en souvenir. Il faut attendre que cela surgisse", explique Nicole Florentiny.

Pour sa part, Jean-Pierre Cambefort note que "le refoulement de certaines pulsions dévie la charge émotionnelle trop forte sur des objets". "C'est un peu notre inconscient qui se manifeste. Certaines phobies peuvent également aller vers des troubles psychosomatiques (troubles physiques d'origine psychique - ndlr)", affirme Jean-Pierre Cambefort. Le psychologue cite l'exemple des personnes qui ne supportent pas certains tissus et qui en arrivent à développer un urticaire (rougeurs et démangeaisons) sans cause ni maladie physique. Selon lui, certaines phobies ont un sens plus général, comme l'arachnophobie en lien avec l'image de la mère possessive dont les mains symboliseraient les pattes multiples de l'araignée.

Pour venir à bout de ses phobies, des thérapies technico-comportementales existent. "Il s'agit de travailler sur le comportement, déterminer quand et pourquoi la phobie est apparue et de trouver une attitude anti-phobique", explique Nicole Florentiny. "Pour ma part, je travaille sur le système familial. La phobie, étant un trouble anxieux, j'essaie de comprendre le cycle de vie, de savoir s'il y a eu un divorce, un décès", poursuit la psychothérapeute. "Tant que le sujet ne retrouve pas la cause du symptôme, il n'y aura pas de guérison véritable", conclut Jean-Pierre Cambefort.

Émilie Sorres pour
   

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