Santé publique - Scandale du Médiator :

Les victimes attaquent les médecins


Publié / Actualisé
Après avoir déposé une centaine de plaintes réunionnaises contre le laboratoire Servier et l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), Maître Alain Antoine, avocat du collectif Médiator Réunion, s'attaque désormais aux médecins qui ont prescrit le fameux médicament - désormais interdit à la vente -, à des fins autres que thérapeutiques. "Certains docteurs ont joué aux apprentis sorciers, ils doivent maintenant payer les conséquences de leurs actes", estime l'avocat. Trois médecins généralistes sont actuellement visés sur l'île, même si aucun nom n'a filtré. Imaz Press Réunion a cependant interrogé un médecin de Saint-Denis qui prescrivait du Médiator comme coupe-faim amincissant il y a dix ans. Il a refusé de répondre.
Après avoir déposé une centaine de plaintes réunionnaises contre le laboratoire Servier et l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), Maître Alain Antoine, avocat du collectif Médiator Réunion, s'attaque désormais aux médecins qui ont prescrit le fameux médicament - désormais interdit à la vente -, à des fins autres que thérapeutiques. "Certains docteurs ont joué aux apprentis sorciers, ils doivent maintenant payer les conséquences de leurs actes", estime l'avocat. Trois médecins généralistes sont actuellement visés sur l'île, même si aucun nom n'a filtré. Imaz Press Réunion a cependant interrogé un médecin de Saint-Denis qui prescrivait du Médiator comme coupe-faim amincissant il y a dix ans. Il a refusé de répondre.
Le scandale du Médiator a éclaté en 2009. Souvent utilisé comme coupe-faim alors qu'il était destiné aux personnes diabétiques, le médicament a causé de nombreux troubles de santé chez les patients, et a même entraîné la mort de certains. Les comprimés ont été retirés du marché depuis, et l'heure est aujourd'hui à "la recherche des responsabilités", comme l'indique Maître Alain Antoine, notant que "tout préjudice mérite réparation".

L'avocat des victimes réunionnaises du Médiator explique : "Il y a trois catégories de responsables. D'abord ceux qui ont fabriqué et distribué le médicament, à savoir le laboratoire Servier. Ensuite il y a celui qui est censé jouer le rôle de gendarme, celui qui était au courant des dangers du médicament et qui a laissé faire les choses, c'est-à-dire l'Afssaps. Enfin, il y a ceux qui ont prescrit le médicament en tant que coupe-faim, c'est-à-dire qu'ils ont détourné le médicament de son usage premier. Il s'agit là de médecins qui avaient connaissance de la dangerosité du produit et qui l'ont quand même prescrit à leurs patients", explique l'avocat des victimes réunionnaises.

Les conséquences néfastes du Médiator étaient pourtant "connues de toute la profession médicale" selon l'avocat. "L'Afssaps était au courant de la dangerosité du Médiator dès 1992. Des revues médicales en avaient même parlé avant les années 2000", indique-t-il.

En avril 2001, une enquête avait été menée par Imaz Press Réunion sur le Médiator utilisé comme coupe-faim. L'un des témoins avait perdu 15 kg en deux mois grâce au médicament, mais évoquait certains problèmes : "vertiges, évanouissements, et troubles de l'humeur, dont l'anxiété". L'enquête révélait que plusieurs médecins avaient connaissance de la pratique détournée du médicament. Pourtant le président de l'Ordre des médecins déclarait à l'époque : "Je n'ai pas constaté chez mes confrères de prescription du Médiator sortant de son autorisation de mise sur le marché. En tout cas, je ne suis pas au courant qu'il soit utilisé pour autre chose que le traitement de l'hyperlipémie (taux de graisse trop important dans le sang)".

Cependant, Maître Antoine souligne : "Dans les années 2000, utiliser le Médiator comme amincissant était une pratique répandue à La Réunion comme en métropole. Cela m'étonnerait beaucoup que l'Ordre des médecins ignorait tout de cette affaire. Les victimes et moi-même avons d'ailleurs l'intention de saisir cette instance, qui comme les autres, a fermé les yeux sur ce qu'il se passait".

Pourtant, le Médiator a été responsable de nombreux problèmes de santé en étant utilisé comme amincissant. Chantal Ethève, présidente du collectif Médiator Réunion, relate : "J'étais en surpoids, et je cherchais à maigrir, je suis allée voir mon médecin à Saint-Paul, il m'a prescrit du Médiator. C'était en 2001, je ne sais pas si à l'époque, il avait conscience des dangers et des effets secondaires. Moi, je lui ai fait confiance en prenant les comprimés. J'ai arrêté le traitement en 2005 parce que j'ai eu des problèmes de santé : hypertension artérielle, tachycardie, essoufflement, fuites mitrales. Le cardiologue que j'ai vu m'avait demandé si je prenais un anorexigène, à l'époque, je n'avais pas compris, ce n'est qu'en 2009, quand le scandale a explosé, que j'ai fait le lien".

Le collectif réunionnais est composé d'environ 130 personnes qui ne demandent qu'une chose : que justice soit faite. "Nous avons subi un grave préjudice, et nos vies se retrouvent réduites à cause du Médiator. Ce que je souhaite, c'est que Servier et l'Afssaps soient condamnés pour que plus jamais les médicaments ne mettent les gens en danger. Les médecins responsables doivent également répondre de leurs actes", annonce Chantal Ethève.

"Ceux qui ont des choses à se reprocher vont devoir assumer leurs erreurs et payer leur faute", assure pour sa part maître Antoine. Sur l'île, trois docteurs sont actuellement dans le collimateur de l'avocat saint-paulois. Deux d'entre eux exercent dans le nord de l'île, le troisième dans le sud, mais aucun nom n'a été dévoilé par l'avocat.

Contacté par téléphone ce mardi 26 juillet 2011, un médecin de Saint-Denis, qui avouait prescrire du Médiator lors de notre enquête en avril 2001, n'a pas répondu à nos sollicitations. "Je n'ai rien à dire sur le sujet", annonce-t-il sèchement avant de raccrocher...

Samia Omarjee pour
   

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