Santé - Médecins généralistes :

"La prime à la performance est une fumisterie"


Publié / Actualisé
En juillet 2011, un protocole était signé entre l'Assurance médicale et trois syndicats de médecins, prévoyant qu'une prime annuelle de 9 000 euros maximum sera attribuée par la CGSS (caisse de sécurité sociale) aux médecins généralistes, à condition qu'ils remplissent un certain nombre d'objectifs. Le dispositif débute au mois de janvier 2012, pour un premier versement de la rémunération à la performance en 2013. Certains dénoncent pourtant ce système, à l'image du docteur Alexandre Lédée. "Comment, en temps de crise, peut-on attribuer de telles sommes à des médecins ?", s'interroge-t-il, déplorant par ailleurs que "certains des objectifs sont médicalement controversés". Pour ce praticien, toute cette affaire n'est qu'une "fumisterie".
En juillet 2011, un protocole était signé entre l'Assurance médicale et trois syndicats de médecins, prévoyant qu'une prime annuelle de 9 000 euros maximum sera attribuée par la CGSS (caisse de sécurité sociale) aux médecins généralistes, à condition qu'ils remplissent un certain nombre d'objectifs. Le dispositif débute au mois de janvier 2012, pour un premier versement de la rémunération à la performance en 2013. Certains dénoncent pourtant ce système, à l'image du docteur Alexandre Lédée. "Comment, en temps de crise, peut-on attribuer de telles sommes à des médecins ?", s'interroge-t-il, déplorant par ailleurs que "certains des objectifs sont médicalement controversés". Pour ce praticien, toute cette affaire n'est qu'une "fumisterie".
"Sous prétexte d'améliorer la prise en charge des patients et limiter les abus chez certains médecins, on promet des primes pour ceux qui rempliront des objectifs", explique le Dr Alexandre Lédée. "Certains de ces objectifs sont médicalement intéressants, mais d'autres aspects sont beaucoup plus controversés. On nous demande par exemple de réduire les arrêts de travail, ou de prescrire une certaine proportion de médicaments génériques. Ce n'est pas quelque chose de forcément pertinent et facile à appliquer", indique-t-il.

"Bizarrement, on nous propose ce protocole peu de temps avant l'élection présidentielle, j'ai un peu l'impression qu'on cherche à nous acheter", ajoute le praticien, pour qui le dispositif n'est ni plus ni moins qu'une "grosse fumisterie". Il se dit aussi "très surpris" par l'attribution de ces primes dans un tel contexte de crise économique".

Du côté de la Sécurité sociale, on rappelle que le protocole a pour objectif "une meilleure prise en charge médicale" d'une part, et "des dépenses de santé minorées" d'autre part. "Les syndicats se sont mis d'accord pour ce dispositif. Je pense que les médecins qui n'y adhèrent pas ne voient pas l'intérêt sur le long terme", déclare Philip Ferdinand, à la direction de la CGSS. "Un suivi régulier permet d'éviter des dépenses de santé liées à des prises en charge beaucoup plus lourdes", explicite-t-il, citant entre autres, parmi les objectifs visés, la prévention du diabète ou le dépistage du cancer du sein chez un certain nombre de patients.

Pourtant, le docteur Lédée "reste dubitatif" quant à cette convention. "Elle est basée sur un système qui est en marche en Angleterre depuis 10 ans, et qui s'est révélé être un échec au niveau de la prévention des maladies", assure-t-il.

Sans compter que les objectifs fixés ne vont pas au-delà des fonctions attribuées au métier de médecin généraliste. Mais la prime leur sera bien attribuée, pouvant atteindre 9 000 euros au maximum. Une somme pas trop excessive ? "Non", selon Philip Ferdinand. "Sur un an, ce chiffre ne me paraît pas insensé, ou inconvenant", répond-il.

En juillet dernier, Patrice Humbert, vice-président des médecins généralistes de La Réunion, justifiait la création de cette prime par l'absence de revalorisation des salaires des médecins généralistes sur ces dix dernières années. "En 10 ans, les salaires des spécialistes ont augmenté. Ceux des généralistes n'ont pas bougé. C'est donc un juste rattrapage des choses", arguait-il.



Pour rappel, la création de cette prime s'inscrit dans le cadre de la nouvelle convention médicale, qui comprend d'autres nouvelles mesures. Il est notamment question d'inciter les médecins à exercer dans les "déserts médicaux" et de créer de nouveaux types de consultations (dépistage de mélanome, sortie de maternité, patients atteints d'Alzheimer).

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !