Mayotte :

Mort de Roukia : deux ans après, justice n'a toujours pas été rendue


Publié / Actualisé
Cela fait aujourd'hui un peu plus de deux ans que Roukia, jeune franco-comorienne âgée de 18 ans, a été retrouvée morte sur une plage de Trévani au nord-est de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. Son corps a été abandonné là par son ex petit ami, qui a reçu l'aide d'une complice. Une autopsie révèlera que "le décès de Roukia est vraisemblablement lié à une overdose d'héroïne". Elle aura ainsi été la victime d'un trafic de drogue dans lequel auraient été impliqués des gendarmes et un policier du GIR (groupe d'intervention régional). Deux ans après sa mort, les proches de Roukia réclament justice. Retour sur cette sombre affaire.
Cela fait aujourd'hui un peu plus de deux ans que Roukia, jeune franco-comorienne âgée de 18 ans, a été retrouvée morte sur une plage de Trévani au nord-est de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. Son corps a été abandonné là par son ex petit ami, qui a reçu l'aide d'une complice. Une autopsie révèlera que "le décès de Roukia est vraisemblablement lié à une overdose d'héroïne". Elle aura ainsi été la victime d'un trafic de drogue dans lequel auraient été impliqués des gendarmes et un policier du GIR (groupe d'intervention régional). Deux ans après sa mort, les proches de Roukia réclament justice. Retour sur cette sombre affaire.

15 janvier 2011, plusieurs personnes font un "voulé", un pique-nique en langue shimaore, sur une petite plage déserte de Trévani au nord-est de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte. À un moment, l'un des hommes s'éloigne pour satisfaire un besoin naturel. C'est lui qui fait la macabre découverte : le cadavre de Roukia, une jeune fille de 18 ans visiblement abandonné à la hâte sous quelques branchages. C'est le début d'une histoire aux multiples rebondissements qui n'a toujours pas connu son épilogue judiciaire.

C'est la première partie de ce que l'avocat de la famille de la jeune fille appelle une "holding". Le petit ami de la victime, 39 ans au moment des faits, est rapidement mis en cause. Il avoue s'être débarrassé du corps de Roukia, en compagnie d'une complice, le 14 janvier 2011 sur une plage. Il dit aussi l'avoir retrouvée morte à côté de lui le 13 janvier au matin et reconnaît avoir consommé de la cocaïne ou de l'héroïne avec elle le 12 janvier au soir.

Si l’enquête s’est d’abord orientée vers un meurtre, l’autopsie révélera révèlera que "le décès de Roukia est vraisemblablement lié à une overdose d’héroïne". Ce qui crée un véritable émoi à Mayotte, où il est impensable pour la plupart des habitants qu’une jeune femme consomme des drogues dites dures. "Les enquêteurs et le juge d’instruction ont cherché à savoir où cette drogue a été acquise", explique Maître Mansour Kamardine, avocat de la famille de Roukia.

"Très rapidement, il en est ressorti que le produit venait d’un indicateur employé par le GIR (groupement d’intervention régionale – ndlr). Cet informateur aurait reçu le produit des mains d’un agent du GIR. A partir de là, les gendarmes sont fortement mis en cause dans cette affaire", souligne Maître Kamardine. Avec l’implication du GIR, l’enquête prend un autre tournant important. Les aveux des indics entrainent des mises en examen parmi les forces de l’ordre pour trafic de stupéfiants. L’affaire Roukia devient celle du GIR ainsi que le montre les procès verbaux d'auditions des militaires publiés par ipreunion.com.

Plus de deux ans après sa mort, seuls les "tontons" (nom donné aux indics) qui ont fourni la drogue au petit ami de Roukia sont en prison. Ce dernier, ainsi que la femme qui l’a aidé à transporter le corps de Roukia sur la plage de Trévani, et tous les autres protagonistes de ce triste dossier sont mis en examen et tous en liberté.

"On a oublié l’épicentre de cette affaire. C’est cette jeune fille de 18 ans, d’origine franco-comorienne, qui a été découverte le 15 janvier sur une plage à Trévani. Son corps était à moitié enseveli par des branchages parce qu’on n’avait pas pu l’enterrer correctement", rappelle Samuel Boscher, rédacteur en chef de France Mayotte.

"On ne parle plus de Roukia, quasiment plus. Maintenant, c’est l’affaire du GIR, ce n’est plus l’affaire Roukia. Ce que nous attendons véritablement, c’est que ça redevienne l’affaire Roukia et que les véritables responsabilités soient dégagées", ajoute-t-il.

Le procureur Philippe Faisandier n'est pas loin de partager cet avis, en ce qui concerne le jugement des faits ayant conduit à la mort de la jeune fille. "J’attends que le juge d’instruction communique le dossier pour qu’on le clôture. Ça fait plus de deux ans qu’il est en cours. Je crois que beaucoup d’investigations ont été faites et il est temps qu’on juge cette affaire et que la famille soit au courant, qu’elle ait droit au procès. Je suis impatient que ce procès se tienne", indique-t-il.

Que cette affaire soit enfin jugée, c'est aussi le souhait de la famille de Roukia. "On attend que justice soit faite le plus tôt possible. Il y a eu des moments où l’on s’est senti abandonné, où l’on ne croyait plus à la justice. On s’est senti agressé par les personnes qui devaient nous protéger. Des personnes sont venues nous interroger mais ce n’était pas pour le bien de l’enquête même, c’était pour se protéger", dénonce le beau-père de Roukia, Mohamed Cheréri.

Quant au sentiment général qu'inspire ce dossier, Maitre Mansour Kamardine ne mâche pas ses mots. "On a un sentiment de nausée, sur tous les niveaux. La première fois, quand j’ai eu ce dossier en mains, j’ai eu l’impression de regarder un film, un mauvais polar américain. Et puis, petit à petit, j’ai été contraint de revenir à la réalité", dit-il.

"Quand vous interrogez des gens qui vous disent qu’ils ont agi sur demande des gendarmes, vous ne pouvez être que nauséeux. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un gendarme. Et par la suite, on a vu que toute la hiérarchie, l’Etat, que ce soit sous Sarkozy ou Hollande, a protégé ces gendarmes. La presse a été muselée pour ne rien diffuser et ne pas dire à l’opinion nationale ce qui se passe ici", dénonce Maître Kamardine.

"Aujourd’hui, nous réclamons la justice. Nous réclamons ce procès. Nous réclamons qu’il soit jugé ici à Mayotte, où nous sommes tous, et où l’affaire s’est déroulée", conclut Fatima Mahamoudou, la tante de Roukia.

Enquête à Mayotte www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Allassdji, Posté
cette affaire pue, c'est la honte pour la république, quant j'attend qu'on lâche des (supprimé pour injures - webmaster ipreunion.com) dans la nature uniquement parce qu' ils été déguisés en gendarme et en policier, sa me rend la chaire de poule, j'ai peur. Je suis sure et certain que Monsieur Mcolo est impliqué dans cette affaire, le supérieur protégé et intouchable, celui que même si il a tore on lui donne toujours raison vis à vis du peuple mahorais. Beaucoup d'affaire judiciaire reste dans le flou à Mayotte, quant il sagit de lui, on finira un jour par ce défendre par tous les moyens.