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Etudiants : de la précarité à la prostitution


Publié / Actualisé
Quelques jours après la rentrée universitaire, lorsque des nouveaux étudiants accompagnés de leurs parents sont à la recherche d'un appartement, d'autres, isolés, cherchent un moyen de payer leurs locations et leurs frais divers. S'ils n'arrivent pas à trouver de petits boulots, s'ils n'ont pas de bourse ou s'ils sont en rupture familiale, certains étudiants vont jusqu'à se prostituer. Tarifer son corps est alors un moyen de financer des études. Un moyen de survivre. La dernière étude sur le sujet remonte à 2006. Selon le syndicat SUD-Etudiant ils étaient alors 40 000 à se prostituer en France. La Réunion n'échappe pas à ce phénomène et les étudiants réunionnais se tournent vers le "plus vieux métier du monde" pour subvenir à leurs besoins et aller au terme de leurs études.
Quelques jours après la rentrée universitaire, lorsque des nouveaux étudiants accompagnés de leurs parents sont à la recherche d'un appartement, d'autres, isolés, cherchent un moyen de payer leurs locations et leurs frais divers. S'ils n'arrivent pas à trouver de petits boulots, s'ils n'ont pas de bourse ou s'ils sont en rupture familiale, certains étudiants vont jusqu'à se prostituer. Tarifer son corps est alors un moyen de financer des études. Un moyen de survivre. La dernière étude sur le sujet remonte à 2006. Selon le syndicat SUD-Etudiant ils étaient alors 40 000 à se prostituer en France. La Réunion n'échappe pas à ce phénomène et les étudiants réunionnais se tournent vers le "plus vieux métier du monde" pour subvenir à leurs besoins et aller au terme de leurs études.

Julie (*) a 22 ans, étudiante en lettres, elle a réussi son année et poursuit ses études. En 2012 elle vit avec son petit ami. Elle travaille dans une grande surface. A ce moment là le couple n’a pas de problèmes d’argent. A la même époque, Julie fait la rencontre d’un entrepreneur âgé d’une quarantaine d’années. Il l’invite régulièrement au restaurant et " il n’y avait rien de plus " insiste la jeune femme. "C’est comme ça que ça a commencé et que tout s’est enchaîné".

Son ami apprend ce qu’elle qualifie d’amitié. Il la quitte. Ses parents décident de ne pas l’aider financièrement. Son CDD (contrat à durée déterminée) n’est pas renouvelé. Elle demande de l’aide à son ami entrepreneur. " Il m’a dit qu’il m’aiderais en échange d’une relation sexuelle. J’étais forcée d’accepter" estime-t-elle. L’homme lui paye son appartement et l’invite régulièrement à des soirées où des hommes ne cachent pas leur intérêt sexuel pour elle. " Au début ça me gênait, mais quand j’ai compris que le moyen le plus rapide pour moi de subvenir à mes besoins était de répondre à leurs avances, j’ai dit oui".  C’est ainsi qu’elle s’est " fait un carnet d’adresse" dit-elle d’un air détaché.

Sur la question des " tarifs " elle reste évasive, elle dit simplement que des versements de sommes de 3 à 4 chiffres sont effectués directement sur son compte bancaire. " La cherté de mes services me permet de n’accepter que peu de rapports sexuels tarifés dans un mois. Cela me permet de vivre comme les autres, voire mieux". Julie se livre à la prostitution depuis moins d’un an. "Je ne peux pas m’en sortir pour l’instant. Lorsque j’aurais mon diplôme et que je travaillerais, j’arrêterais tout" promet-elle. " Je vis bien même si je n’ai pas accès à une bourse universitaire et mon confort de vie ne serait de toute façon pas le même si je devais m’en contenter ".   

La prostitution étudiante n’est pas que féminine.
Cédric(*) est Réunionnais. A tout juste 19 ans il fait ses études à Montpellier. Il s’est installé en métropole grâce aux différentes aides régionales et départementales. Les premiers mois il n’a pas de problème à joindre les deux bouts. Les difficultés sont arrivées ensuite. " Les factures, le loyer, les dépenses de la vie quotidienne, je ne vivais qu’à découvert. J’avais plusieurs amis qui étaient inscrit sur des sites de rencontres proposant également des services d’escorting (accompagnement généralement associé à des services sexuels), je m’y suis inscrit et au bout d’une semaine j’avais déjà une dizaine de demandes de rendez-vous".

L’étudiant  accepte de répondre à quelques unes de ses demandes. "Je n’ai pas réfléchi aux conséquences et je pense que c’est bien mieux comme ça" confie-t-il. Grâce à internet il dit qu’il peut choisir ses clients.
Cédric assume du mieux qu’il peut son choix de vie. " Des femmes louent leur ventre en Belgique ", pour pratiquer la gestation pour autrui, légale dans ce pays, " Moi c’est aussi mon corps que je loue et je ne laisse pas place à la morale". Il avoue toutefois: " je ne suis pas fier de moi, seuls quelques amis savent. Je crois que si ma famille savait que je suis gay et qu’en plus je me prostitue, je me ferais tuer ". Cédric continuera de vivre dans le secret mais ne sait pas quand il s’arrêtera " c’est un engrenage" finira-t-il par dire.

Au CROUS (centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) ce type de faits est régulièrement discuté et commenté. En juin 2013 lors de la dernière commission du CROUS le cas d’une étudiante se prostituant a même été évoqué officiellement. Aucune solution n’a été trouvée.

Selon Geneviève Feng-Yen-Min, assistante sociale à la médecine préventive de l’université et anciennement assistante sociale au CROUS "rares sont les étudiantes qui en arrivent à ce genre de pratiques". L’assistante sociale avoue avoir eu connaissance de certains cas. " Mais ces étudiantes se comptent sur les doigts de la main". Tenue par le secret professionnel elle n’en dira pas plus, si ce n’est qu’a son sens " la prostitution étudiante est le reflet d’une société en crise".Elle ajoute "n’oublions pas que si ces jeunes en arrivent là c’est avant tout parce qu’elles sont en proie à des problèmes financiers souvent liés à une rupture familiale".

Au delà des diverses bourses, un ensemble d’aides existe pour palier les difficultés financières des étudiants, notamment le FNAU (fonds national d’aide d’urgence). Ce financement permet aux étudiants les plus en difficulté de percevoir l’équivalent d’une bourse qu’ils soient boursiers ou non. Les demandes d’aides sont étudiées lors des trois commissions annuelles du CROUS. L’année dernière ce sont près de 100 demandes du FNAU qui ont été traitées à l’université de la Réunion.  

Gabriel Robert pour www.ipreunion.com

   

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