École d'ingénieurs - Des professeurs non payés et une rentrée compromise :

Supinfo Réunion en pleine tourmente


Publié / Actualisé
Prévue le 4 novembre prochain, la rentrée pourrait bien être compromise à l'école d'ingénieurs en informatique Supinfo Réunion de Saint-Denis. Face aux nombreux retards de paiement de leur salaire - de près de 3 ans pour certains ! -, la plupart des professeurs menacent en effet de ne pas reprendre les cours au sein d'un établissement privé de directeur depuis le mois d'août. "L'enseignement est très bon, mais administrativement c'est une ruine sans nom...", dénonce un enseignant. En attendant, c'est une centaine d'élèves qui risquent d'être laissés à l'abandon.
Prévue le 4 novembre prochain, la rentrée pourrait bien être compromise à l'école d'ingénieurs en informatique Supinfo Réunion de Saint-Denis. Face aux nombreux retards de paiement de leur salaire - de près de 3 ans pour certains ! -, la plupart des professeurs menacent en effet de ne pas reprendre les cours au sein d'un établissement privé de directeur depuis le mois d'août. "L'enseignement est très bon, mais administrativement c'est une ruine sans nom...", dénonce un enseignant. En attendant, c'est une centaine d'élèves qui risquent d'être laissés à l'abandon.

C’est une bien mauvaise surprise que les élèves de l’école Supinfo Réunion ont reçue via leur boîte mail ce vendredi 25 octobre 2013 : un courrier signé des professeurs les informant qu’ils n’étaient pas payés, qu’il n’y avait toujours pas de directeur depuis la démission du précédent au mois d’août et qu’ils n’avaient aucune réponse de la direction parisienne de Supinfo. Bref, "il nous semble impossible que votre rentrée 2013-2014 se passe dans de bonnes conditions", estiment les enseignants.

"On savait que certains professeurs n’étaient pas payés, mais on ne se doutait pas que certains retards dataient de près de 3 ans. On a également appris que d’autres campus étaient dans le même cas. On découvre les problèmes au fur et à mesure", témoigne un élève qui doit entamer sa deuxième année début novembre. Mais désormais, il se voit forcer d’envisager son avenir chez Supinfo en pointillés : "On est obligé de prévoir une branche de secours une semaine avant la rentrée ! Et tout le monde n’a pas les moyens d’aller poursuivre ses études en métropole", déplore-t-il.

Les élèves découvrent ainsi une situation que les professeurs connaissent eux depuis plusieurs années maintenant, à savoir une gestion financière plus que douteuse. Cette année, le propriétaire a notamment dû menacer à deux reprises l’école de fermeture pour obtenir le paiement du loyer.

L'école de La Réunion n'est pas un cas isolé

"L’enseignement est très bon, la base est bonne, mais administrativement c’est une ruine sans nom...", décrit de son côté un professeur. Depuis près de trois ans, l’école lui doit 12 000 euros. Mais comme d’autres, il avait continué d’enseigner sans être payé, "pour les gamins". Jusqu’à cette rentrée 2013, pour laquelle le départ du précédent directeur a été la goutte d’eau ayant fait déborder le vase. "Il se battait pour nous, il a tenu l’école à bout de bras, mais il a fini par partir découragé", confie l’enseignant.

Car ces problèmes dépassent de loin le simple cas de l’école réunionnaise. Le réseau Supinfo gère en effet 36 établissements à travers le monde, dont 24 en France. Et à l’image de l’école de la rue Jules-Auber, d’autres ont également du mal à payer leurs professeurs, comme celle de Bordeaux. "Pas un seul campus n’est bien géré, le problème est le même partout", dénonce le professeur dionysien, qui décrypte le système Supinfo : "Le problème, c’est qu’ils financent des écoles non rentables. Il faut un certain nombre d’élèves pour pouvoir payer les professeurs, les bâtiments et le matériel informatique coûteux. Mais ils ne veulent pas fermer les écoles non rentables."

Il poursuit : "En plus ils ont tendance à se la péter ! A Montréal ils se sont installés dans un des immeubles les plus chers de la ville alors qu’il y a à peine 50 élèves... Et ils viennent de déménager le siège de Paris pour s’installer au 30e étage de la tour Montparnasse ! Humainement, ce sont des gens qui ne sont pas corrects."

A La Réunion, l’école compte aujourd’hui une centaine d’élèves, alors qu’ils étaient 170 ou 180 il y a quelques années. "L’école est rentable à partir de 120 élèves, il suffirait d’un peu de recrutement pour qu’on arrive facilement à 150, mais le problème c’est que l’argent part à Paris pour boucher les trous. On se sert du fric des uns pour financer les autres. Et ici c’est pire qu’ailleurs, car c’est aussi la Région qui finance", reprend l’enseignant de Supinfo.

" Ils ne traitent pas les gens comme des êtres humains "

Au bout de plusieurs années de cette situation, les professeurs ont donc fini par alerter les élèves et leurs parents : "Nous vous informons que Supinfo encaisse vos frais de scolarité mais ne les reverse pas à vos enseignants (ni au personnel administratif qui a connu des retards de plusieurs mois sur leur paye)", écrivent-ils dans leur mail.

Ce vendredi 25 octobre, quelques heures après avoir envoyé ce courrier, les professeurs ont reçu un courrier de la direction leur demandant un relevé d’identité bancaire en vue d’un futur versement. "Ils ont vu qu’on commençait à se mobiliser alors ils ont réagi, mais ensuite ce ne sera que rebelote", souligne le professeur. "Dans tous les cas on ne fera pas cours tant que toutes nos factures ne seront pas soldées", prévient-il.

Mais l’homme se montre surtout très peiné pour ses élèves : "Aujourd’hui ils s’affolent totalement et ils ne méritent pas ça. J’insiste sur le fait qu’il y a vraiment un  bon enseignement. Mais il y a trop de problème de gestion et de communication. Ils ne traitent pas les gens comme des êtres humains, c’est un vrai gâchis..."

À noter que vers 18 heures, Sébastien Dhérines, le chargé de communication de Supinfo Réunion a publié sur le site de l'école un message destiné aux étudiants. Il affirme que "le campus de l'Île de la Réunion ne fermera pas" et que la rentrée aura bien lieu. Il note également que des entretiens d'embauche ont lieu actuellement avec des candidats au poste de directeur et que les étudiants "seront informés de la nomination du nouveau Campus-Manager (direceur - ndlr) lorsque la décision aura été entérinée".

www.ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Anonyme, Posté
@Dignité "Cette école ne délivre même pas le titre officiel d'ingénieur" => ça ne veut rien dire, l'enseignement est très bon et suit vraiment ce qu'attendent les entreprise comme le dit un professeur dans l'article, néanmoins, administrativement, SUPINFO est catastrophique. Tu peux attaquer supinfo, pas de soucis, mais attaque le administrativement, pas pédagogiquement.
Marre, depuis son mobile, Posté
Mais la region finance se centre de formation non!
Dignité, Posté
Et voilà comment on gaspille l'argent des nos familles et le courage de nos jeunes. Cette école ne délivre même pas le titre officiel d'ingénieur. Quelle est l'autorité qui a autorisé et aidé son implantation à la Réunion ?