Le préfet prévoit un arrêté pour limiter les conditions de vente :

Stations-service : un premier pas contre les dangers de l'alcool


Publié / Actualisé
Le lundi 27 janvier 2014, le préfet Jean-Luc Marx a annoncé un prochain arrêté durcissant les conditions de vente de l'alcool à La Réunion, notamment dans les stations-service, ainsi que la mise en place d'un comité de pilotage sur ce dossier. Un premier effort pour s'attaquer à ce problème de santé publique, mais qui est encore insuffisant pour David Mété, addictologue au CHU Félix-Guyon, déplorant un "manque de volonté politique". La Réunion demeure en effet une des régions françaises où les décès liés à l'alcool sont les plus importants.
Le lundi 27 janvier 2014, le préfet Jean-Luc Marx a annoncé un prochain arrêté durcissant les conditions de vente de l'alcool à La Réunion, notamment dans les stations-service, ainsi que la mise en place d'un comité de pilotage sur ce dossier. Un premier effort pour s'attaquer à ce problème de santé publique, mais qui est encore insuffisant pour David Mété, addictologue au CHU Félix-Guyon, déplorant un "manque de volonté politique". La Réunion demeure en effet une des régions françaises où les décès liés à l'alcool sont les plus importants.

D’après le dernier rapport de l’Observatoire régional de santé (ORS) datant de décembre 2013, La Réunion était en 2010 la troisième région française la plus touchée par la mortalité prématurée par alcoolisme et cirrhose (derrière la Bretagne et le Nord Pas-de-Calais) avec 4,5 décès pour 10 000 habitants âgés de 20 à 64 ans. Par ailleurs, sur la période 2008-2010, environ 250 décès ont été directement causés par l’alcool en moyenne chaque année. Et en 2012, 27 personnes tuées sur les routes l’ont été dans des accidents avec alcoolémie positive.

Devant ce lourd bilan, la décision annoncée par Jean-Luc Marx de limiter la vente d’alcool dans les stations-service a forcément été bien accueillie par les professionnels de santé. "Cette mesure va évidemment dans le bon sens, mais elle ne fait que rétablir la portée de la loi à La Réunion", tempère toutefois David Mété, addictologue au CHU Félix-Guyon. Effectivement, la loi Bachelot interdit depuis 2009 la vente d’alcool dans les stations de 18 heures à 8 heures, cette interdiction étant totale pour les boissons alcoolisées réfrigérées. L’arrêté envisagé par le préfet prévoit les mêmes dispositions à La Réunion, l’interdiction horaire demeurant toutefois plus restreinte qu’en métropole (de 22 heures à 8 heures). Il sera adopté "début 2014", assure la préfecture.

"Cette loi est appliquée en France depuis 2009, mais ne l’était pas à La Réunion au motif de ne pas mettre en difficulté les stations-service, de ne pas menacer l’emploi", explique David Mété. "Ce n’était pas normal, la santé des Réunionnais méritait d’être protégée autant que celle des autres citoyens français", estime-t-il.

"Certaines stations se sont transformées en véritables buvettes"

Car selon le médecin addictologue, la vente d’alcool dans les stations-service représente un danger avéré. "Certaines se sont transformées en véritables buvettes, les gens s’installant devant pour consommer de l’alcool. C’est interdit, mais je n’ai jamais vu les forces de l’ordre ou les gérants intervenir", souligne-t-il. "Si elles ont développé des services annexes, comme l’alimentation, les stations sont quand même destinées à la voiture et à la conduite, et la vente d’alcool rafraîchi prêt à consommer, c’est désastreux dans l’esprit des gens. Dans les autres points de vente, il n’y a pas cette association avec la conduite", poursuit David Mété.

Près de cinq ans après la loi Bachelot, la situation réunionnaise devrait donc rapidement se mettre en conformité avec le reste du territoire national. Car en ce début d’année 2014, Jean-Luc Marx a décidé de s’attaquer à ce dossier et de "lancer une démarche concertée et coordonnée, permettant de lutter plus efficacement contre les risques liés à la consommation d’alcool". En plus de l’arrêté limitant la vente dans les stations, un comité de pilotage sera mis en place, associant "les acteurs publics, associatifs et professionnels concernés". Il aura vocation à "définir des axes stratégiques en matière de prévention et de communication et à se réunir au minimum une fois par an, pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place".

"Il y a manifestement une volonté de travailler sur le dossier alcool, on s’en réjouit car ça fait longtemps qu’un préfet ne s’en était pas saisi", confie David Mété. "Néanmoins, ce n’est pas assez. Nous sommes toujours une des régions où l’alcool fait le plus de morts", complète-t-il.

Il existe en effet à La Réunion une surmortalité régionale liée à l’alcool, qui s’observe de manière plus marquée pour les troubles mentaux et du comportement avec un taux près de trois fois plus élevé qu’en métropole. Et ce même si une étude de l’Inpes (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé) publiée en novembre 2013 indiquait que les Réunionnais consommaient moins d’alcool que la moyenne nationale. "Il y a moins de consommateurs, mais ceux qui consomment le font souvent en grande quantité", explique l’addictologue du CHU.

Aussi ce dernier appelle les autorités à "ne pas relâcher l’effort", regrettant que "de façon générale, on manque de volonté politique sur ce sujet, dans le pays comme dans notre région". Selon David Mété, "nous pourrions avancer vers des solutions, mais il faut changer les mentalités par rapport à l’usage de l’alcool".

www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Daaazibao, Posté
"manque de volonté politique" mais comment quand il s'agit de rogner quelque centimes sur le prix de l'essence il y a une "volonté politique" mais pourquoi ne pas s'attaquer aux prix des billets d'avion qui flambent en certaines saisons (La France s'éloigne de la Réunion autant que cela??? Faudrait revoir la théorie de la tectonique des plaques...)
"la loi Bachelot interdit depuis 2009 la vente d’alcool dans les stations de 18 heures à 8 heures" encore une loi franco-française on interdit mais oui mais non, oui sauf, pas tout le temps... bref de 8 à 18 heures on peut picoler...pour protéger l'emploi dans les station-buvette, pardon les stations service....quelle hypocrisie.
"Près de cinq ans après la loi Bachelot, la situation réunionnaise devrait donc rapidement se mettre en conformité avec le reste du territoire national" j'ai bien lu : "cinq ans...rapidement" ah si j'avais cinq ans pour payer rapidement mes impôts.... et aussi "conformité avec le... territoire national" ah bon la Réunion ne fait partie du territoire national? Ben ça alors... c'est peut être pour cela que l'on tolère qu'un fournisseur de l'état soit en situation de monopole en violation avec la constitution...française. Mais c'est vrai ce n'est pas notre territoire...
Bref la constitution et les loi "françaises" ne s'appliquent pas à la Réunion.... Méditez....