La cour des comptes a rendu son rapport public annuel :

Tourisme : les résultats ne sont pas à la hauteur


Publié / Actualisé
La cour des comptes a rendu son rapport public annuel ce mardi 11 février 2014. Au-delà des observations traditionnelles sur les dépenses de l'État, l'institution s'est penchée plus particulièrement sur le tourisme en outre-mer. Titrée "un indispensable sursaut", l'enquête constate notamment que le tourisme réunionnais souffre d'une fréquentation en stagnation "qui s'inscrit à contre-courant du dynamisme touristique des îles tropicales concurrentes." Si le chikungunya et la crise requin expliquent en partie ces mauvais résultats, la cour des comptes met également en cause le "manque de dynamisme" des autorités locales et des actions publiques jugées "inefficaces".
La cour des comptes a rendu son rapport public annuel ce mardi 11 février 2014. Au-delà des observations traditionnelles sur les dépenses de l'État, l'institution s'est penchée plus particulièrement sur le tourisme en outre-mer. Titrée "un indispensable sursaut", l'enquête constate notamment que le tourisme réunionnais souffre d'une fréquentation en stagnation "qui s'inscrit à contre-courant du dynamisme touristique des îles tropicales concurrentes." Si le chikungunya et la crise requin expliquent en partie ces mauvais résultats, la cour des comptes met également en cause le "manque de dynamisme" des autorités locales et des actions publiques jugées "inefficaces".

La Réunion a accueilli 200 000 touristes en 1990, 437 352 en 2000, et 420 300 en 2010. La fréquentation touristique de l'île est en stagnation depuis une décennie, constate la cour des comptes. "Le tourisme est un secteur en crise, alors qu'il représente une part prépondérante dans l'économie locale", souligne Christian Roux, président de la chambre régionale des comptes de La Réunion. Une île boudée notamment pour des raisons dites "sanitaires" : "en 2006 l'épidémie de chikungunya a entraîné une baisse de 32 % de la fréquentation touristique et un recul historique de 40 % de la fréquentation des hôtels", rapporte l'enquête qui ajoute que "depuis 2011, la destination réunionnaise se trouve confrontée à la crise requin."

Mais pour Christian Roux, "cette analyse conjoncturelle ne détermine pas à elle seule cette désaffection des touristes." La cour des comptes souligne que les "stratégies touristiques des conseils régionaux de la Martinique et de La Réunion s'inscrivent dans des plans anciens." Le plan de développement réunionnais date de 2004, "avec parfois des hypothèses non réalistes, comme l'objectif de parvenir à 600 000 touristes d'ici 2015, alors que l'offre d'hébergement est incapable d'absorber un tel flux", constate le président de la chambre locale.

Un manque flagrant de coordination

Selon la cour des comptes, il y a un manque de sollicitation des comités régionaux  de tourisme, qui ont "eu tendance à développer des stratégies touristiques propres, parfois en contradiction avec celles des exécutifs régionaux." La cour constate que "La Réunion hésite entre le "bleu" (tourisme balnéaire) et le "vert" (tourisme de nature), transmettant aux clientèles étrangères un message peu lisible." Les atouts de l'île, et notamment le Parc national, ne sont pas suffisamment valorisés.

L'enquête signale également une absence de coordination entre la région et le département. "L'état de vétusté et le confort spartiate des onze gîtes de montagne, propriété du conseil général, sont régulièrement dénoncés par les visiteurs. Des divergences entre les deux collectivités se sont traduites par une démobilisation des deux acteurs", note la cour des comptes, qui constate des "actions publiques inefficaces." La Réunion a pourtant un avantage particulier : l'IRT, qui assure la promotion et l'organisation du tourisme de l'île. "La région et le département peuvent s'appuyer sur un opérateur qui agit sur les deux leviers. C'est plutôt un avantage", commente Souad Le Gall, rapporteure générale de l'enquête.

Malgré un important budget, la promotion de l'île est "inadaptée aux attentes de la clientèle internationale" d'après l'enquête. "On considère que les résultats ne sont pas à la hauteur des enveloppes engagées" indique Christian Roux. Le président de la chambre régionale des comptes de La Réunion s'explique : "le comité de tourisme varie tous les ans les pays visés et le degré de priorité." Résultat : La Réunion est visitée à 80 % par des métropolitains. La cour des comptes félicite tout de même l'initiative des îles Vanille. Mais ce concept "peine encore à se matérialiser dans les taux de fréquentation en raison notamment des différences dans les réglementations relatives aux visas et au fait que les partenaires sont également des concurrents", relève l'enquête.

La Réunion, une île peu accessible

En effet, l'accessibilité est mis en cause par la cour des comptes. Elle constate que l'exemption de visa souhaitée par La Réunion en faveur des touristes indiens et chinois a été refusée par le gouvernement, malgré l'importance des communautés de ces deux pays sur l'île. L'enquête note également le manque de lignes directes entre La Réunion et les villes européennes. "A cet inconvénient, s'ajoute l'obligation de changer d'aéroport à Paris", écrit la cour des comptes. En effet, la majeure partie des vols entre Paris et La Réunion sont au départ de Orly, alors que les touristes étrangers arrivent à Roissy. "L'île Maurice pourrait servir de plate-forme aéroportuaire (hub), mais le prix des billets est élevé et dissuasif", ajoute Christian Roux.

Enfin, la cour des comptes regrette une offre touristique insuffisante. "A La Réunion, le tourisme n'est pas encore intégré comme une priorité par la population locale, par ailleurs, traditionnellement accueillante", souligne l'enquête. "Au Port par exemple, c'est difficile pour les paquebots d'avoir des interlocuteurs anglais", explique Christian Roux. La cour note également un déficit de l'offre hôtelière et de nombreuses fermetures d'établissements. La région Réunion a voulu créer 1000 chambres classées en 2006 et 2013. "L'objectif est loin d'être atteint", commente la cour des comptes. Malgré une subvention de 4 millions d'euros, seules 117 chambres ont été effectivement construites, "les autres concernent des hôtels en cours de construction ou dont les travaux n'ont pas encore démarré", ajoute l'enquête.

Côté recommandations, la cour préconise à l'Etat "de supprimer les défiscalisations "Girardin" en faveur des investissements productifs et de les remplacer par d'autres modes d'intervention, moins conteurs pour le budget de l'Etat, et plus efficaces." Aux collectivités locales, l'enquête conseille notamment d'élaborer un plan stratégique actualisé, d'exercer une coordination efficace des acteurs publics et privés, et de définir durablement des thématiques et des pays cibles prioritaires. L'intégralité du rapport concernant le tourisme en outre-mer est disponible sur le site internet de la cour des comptes.

www.ipreunion.com

   

5 Commentaire(s)

Réunionj'aimetonnom, Posté
Et nous? nous sommes nous demandés ce que nous faisons pour le tourisme??? Avez vous noté ce commentaire: ""A La Réunion, le tourisme n'est pas encore intégré comme une priorité par la population locale, par ailleurs, traditionnellement accueillante"...??? Et ben commençons par là!! Lé pas rare ou gaïn la honte quand ou voit comen un peu y traite ban' touristes!!... Il faut aussi reconnaître que "traditionnellement" lé pas tro dan' not sang faire sak i faut pou accueille a zot!! Il faudrait vraiment prendre la mesure de l'importance de ce secteur pour notre île et se comporter chacun comme des ambassadeurs polis et impliqués. Après on pourra critiquer ceux qui essaient de faire avancer les choses.
Observatrice locale, Posté
C'est un bilan mitigé mais pas négatif me semble-t-il!! L'outil IRT est qualifié d'AVANTAGE, le principe des Iles Vanille est salué!
Bon, Il manque de chambres classées: La REGION subventionne et fait ce qu'il faut pour la construction de structures hôtelières (2 dans le Sud pour très bientôt).
Les billets sont prohibitifs: qui fixe les prix vers la Réunion? En attendant la Région applique à tous la continuité elle!
Les crises sanitaires et requins nous ont plombées: qui y peut quelque chose? c'est d'une pénible fatalité! Exemption de visas refusée!... On ne peut pas dire que plusieurs axes n'aient pas été étudiés par la REGION! Et les budgets apparaissent comme importants! Donc les moyens sont là! Malheureusement il est probable qu'à l'intérieur de ces "outils au service du tourisme", il n'y ait pas forcément l'efficacité attendue! Et ça, il faut l'admettre et aller chercher qui doit rester et qui devrait laisser sa place! ...

Le malbar, depuis son mobile, Posté
Pour le tourisme il y a qu'une phrase ca sent la banane. C pas madame la presidente qui dirat le contraire. Il faudrait augmente le budget
Snif, Posté
l'incompétence de Didier Robert est enfin dévoilé vive verges
2000 bus pour 600000 touristes, Posté
La claque quand on quitte les belles paroles politicienne pour le dur retour à la réalité des chiffres.
Ainsi:
- L'objectif n'était pas réalisable
- Les stratégies mal définies avec un plan de prospective général qui remonter à 2004 fait sous la mandature Vergès
- des moyens financiers multipliés ..et utilisés en pure perte
- 117 chambres sur 1000 programmés! ( c'est quand même mieux que la pognée de bus sur les 2000 dans tous les quartiers promis à la place du tram train)
- Recul ou stagnation des touristes.
- incapacité à définir une politique reunionnaise commune
- changement de cible stratégique une année sur l'autre
- La seule bonne idée ne l'est que sur le papier puisque les "iles vanilles" regroupent "des concurrents".

Et tout ça avec le sourire dynamique et notre argent.