Jean-Louis Borloo se retire de l'UDI :

Le centre déséquilibré


Publié / Actualisé
L'Alternative, rassemblement tactique de l'UDI et du MoDem réunis sous la présidence bicéphale de Jean-Louis Borloo et François Bayrou, qui vient de franchir le cap des municipales, se trouve brutalement déséquilibrée par la mise en retrait de Jean-Louis Borloo de la vie politique. Restent un MoDem réduit à la seule satisfaction de voir François Bayrou élu à Pau et une UDI, forte de résultats probants aux municipales, mais en panne de leadership en attendant qu'un héritier émerge de la mise en concurrence d'Yves Jégo, Jean-Christophe Lagarde, Rama Yade, Hervé Morin, Chantal Jouanno, Laurent Hénart... Le grand parti centriste, en cours de reconstruction, pourra-t-il se perpétuer en dépit de la démission forcée de son créateur ?
L'Alternative, rassemblement tactique de l'UDI et du MoDem réunis sous la présidence bicéphale de Jean-Louis Borloo et François Bayrou, qui vient de franchir le cap des municipales, se trouve brutalement déséquilibrée par la mise en retrait de Jean-Louis Borloo de la vie politique. Restent un MoDem réduit à la seule satisfaction de voir François Bayrou élu à Pau et une UDI, forte de résultats probants aux municipales, mais en panne de leadership en attendant qu'un héritier émerge de la mise en concurrence d'Yves Jégo, Jean-Christophe Lagarde, Rama Yade, Hervé Morin, Chantal Jouanno, Laurent Hénart... Le grand parti centriste, en cours de reconstruction, pourra-t-il se perpétuer en dépit de la démission forcée de son créateur ?

Avec la démission de Jean-Louis Borloo, l'Union des démocrates et indépendants créée en octobre 2012, suite à l'échec présidentiel de l'UMP, vient de perdre beaucoup plus qu'un leader, quand bien même la trajectoire de l'ex-maire de Valenciennes a été parfois aléatoire. Il convient de reconnaître à sa démarche un réel succès dans la palingénésie du "centre" à mettre en parallèle avec l'effondrement de l'héritage UDF, géré par François Bayrou suite au premier tour de la présidentielle de 2007 ; le calice ayant été bu jusqu'à la lie avec la "trahison" du candidat Bayrou, appelant à voter Hollande en mai 2012.

Jean-Louis Borloo s'est ingénié à fédérer au sein d'un avatar moderne de l'UDF, sept formations politiques "centristes", ou se revendiquant pour telles. A commencer par son Parti radical, qui a été rejoint par le Nouveau centre de Hervé Morin et Force européenne démocrate, présidée par un Jean-Christophe Lagarde qui a bénéficié de la reculade piteuse de Hervé Morin à la présidentielle.

A cet axe originel s'est agrégée l'Alliance centriste de Jean Arthuis qui rêvait de voir François Bayrou jouer le rôle de Jean-Louis Borloo, La Gauche moderne, de Jean-Marie Bockel et encore le Centre national des indépendants et paysans, alors présidé par Gilles Bourdouleix… Il faut ajouter à ces partis ou particules le groupe UDI de l'Assemblée nationale, soit 30 députés, et le groupe d'Union centriste et républicaine du Sénat, soit 28 sénateurs…

L'alliance de Borloo et de Bayrou sentait le mariage de raison

Le MoDem ne participait pas initialement à l'aventure, quand bien même François Bayrou un peu à plat suite à son dernier échec présidentiel ne la désavouait pas formellement. Cette retenue provisoire s'expliquait par le caractère schizophrénique d'un parti dont la frange droite tendait naturellement dans le sens de l'initiative de Jean-Louis Borloo, quand l'autre tendance "gauchisante", menée par Jean-Luc Bennahmias et proche du Parti radical de gauche, espérait profiter d'une éventuelle ouverture de la majorité présidentielle hollandaise - comme François Bayrou lui-même d'ailleurs - qui n'est jamais venue.

Moralité, un an après, en novembre 2013, Jean-Louis Borloo et François Bayrou officialisaient leur "Alternative", sur fond de grincements de dents du côté de l'UMP.

Bayrou, désabusé, expliquait avoir "fait crédit à François Hollande", pendant deux fois neuf mois, mais en vain, son acte de foi se résumant à ce constant proverbial : "mais je ne vois rien venir…"

Borloo, sur sa lancée post-présidentielle, cultivait sa différence vis-à-vis de l'UMP alors en pleine guerre des chefs, se pinçant le nez face à la "droitisation" présumée du mouvement Populaire.

C'est Yves Jégo, député de Seine-et-Marne et vice-président de l'UDI, qui fournissait la martingale fatale : "En dix ans, nous (Ndlr : l'UMP) avons perdu petit à petit toutes les élections. Il s'agit donc de reconstruire une réelle alternative, capable de convaincre les électeurs." Montée en puissance du Front national et opposition à la politique gouvernementale obligeaient à l'innovation, tout autant que la perspective des municipales et des européennes.

Il n'en demeurait pas moins vrai que l'alliance de Borloo et de Bayrou sentait le mariage de raison, pour ne pas dire le mariage forcé, la faute de Bayrou appelant à voter Hollande au second tour de la présidentielle de 2012, plombant la crédibilité de cette présidence bicéphale. Mais la mise en retrait brutale de Jean-Louis Borloo, à quelques encablures du dernier scrutin municipal a suspendu les grandes manœuvres en matière de leadership, national et provincial.

A La Réunion, Michel Lagourgue a ainsi pu survivre au "contrat" mis sur sa tête par ses amis de l'UDI, Nassimah Dindar en particulier, qui était à deux doigts d'obtenir de son cher Président Borloo, le retrait de  l'investiture qui avait été précédemment donnée à l'avocat dionysien.

Les municipales ont encore permis de laver le procès en hérésie gauchiste de Bayrou, quand bien même les élus MoDem des exécutifs sortants pouvaient reconduire leurs alliances à gauche. Fait marquant, François Bayrou, qui n'avait plus de mandat électif depuis sa défaite aux législatives en 2012, a été élu maire de Pau, à la tête d'une liste MoDem-UDI-UMP, face à un candidat socialiste.

Un brin de cynisme

Le destin venait de lui indiquer le cap à suivre. D'autant que l'UDI, à l'issue du second tour des municipales, dénombre 115 maires dans les communes de plus de 9 000 habitants, notamment Sonia Lagarde à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Sur le total, une cinquantaine de cités ont été prises à l'adversaire socialiste. Et Hervé Morin, subitement revigoré par ces résultats d'affirmer que "le centre est redevenu la troisième force politique" de France.

Même discours à La Réunion, avec Nassimah Dindar, présidente de la Fédération de l’UDI, qui déclarait au soir du 30 mars dernier : "le centre est le grand vainqueur de ces élections municipales. Du Tampon à Salazie, en passant bien évidemment par Saint-Leu, Saint-Paul et Saint-André…"

Et d'expliquer avec un brin de cynisme :"Le centre offre une autre Alternative, qui rejette les clivages politiciens et se positionne avant tout au service d’un territoire et d’une population (…) en tant que colistière de René-Paul Victoria sur Saint-Denis, je ne peux que regretter que le rassemblement de la droite réussi trop tardivement n’ait pas permis à l’Union de gagner…"

Reste qu'à La Réunion, le "centre" , l'Alternative ou l'UDI sont des constructions un peu nébuleuses, souplement structurées. Avec notamment, des adhérents locaux, des adhérents directs, via Paris, Nassimah Dindar incarne l'UDI péi, avec un bureau qui pour être divisé, valide ses positionnements, aussi étranges soient-ils, à l'instar du soutien accordé à René-Paul Victoria, contre le candidat officiel UDI.

Et si en métropole on s'interroge sur la succession de Borloo, François Bayrou ayant décidé de jouer profil bas pour les européennes du 25 mai prochain, se voyant si beau en présidentiable providentiel, à La Réunion et à Mayotte, on ne sait encore rien des deux "Européens" de l'UDI Réunion-Mayotte, sur la circonscription Outre-Mer, si ce n'est, dixit Jean-Paul Virapoullé, que l'UDI sera bel et bien représenté, La Réunion et Mayotte dans leur spécificité. Pour mémoire, trois sièges sont accordés à l'ensemble de l'Outre-Mer, à savoir Saint-Pierre-et-Miquelon, la Guadeloupe, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Martinique, la Guyane, la Réunion, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna.

www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Citoyens du Sud, Posté
Son absence ne sera même pas remarquée! Bon vent...