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Maison d'arrêt de Majicavo :

Mayotte : un rapport accablant sur les conditions de détention des mineurs


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Surpopulation carcérale, vétusté des locaux, prise en charge éducative insuffisante, tentatives de suicide, viols présumés... Un rapport envoyé le 2 mai dernier par les auxiliaires de justice au Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce des conditions de détention exécrables pour les mineurs à la maison d'arrêt de Majicavo, à Mayotte. Le site 7lameslamer.net en avait déjà publié des extraits, France Mayotte Matin le propose en intégralité ce jeudi 15 mai 2014. Les termes employés sont sans équivoque, le rapport parlant de conditions "indignes et dégradantes" et "contraires aux droits fondamentaux garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme".
Surpopulation carcérale, vétusté des locaux, prise en charge éducative insuffisante, tentatives de suicide, viols présumés... Un rapport envoyé le 2 mai dernier par les auxiliaires de justice au Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dénonce des conditions de détention exécrables pour les mineurs à la maison d'arrêt de Majicavo, à Mayotte. Le site 7lameslamer.net en avait déjà publié des extraits, France Mayotte Matin le propose en intégralité ce jeudi 15 mai 2014. Les termes employés sont sans équivoque, le rapport parlant de conditions "indignes et dégradantes" et "contraires aux droits fondamentaux garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme".

Le rapport rédigé par les auxiliaires de justice est sans appel pour la maison d’arrêt de Majicavo. Ils y pointent les conditions de détention des mineurs, responsables selon eux "d’événements dramatiques", et estiment que "l’intégrité corporelle et psychique des enfants nous paraît aujourd’hui sérieusement compromise". Nous retranscrivons ci-dessous les extraits les plus marquants publiés dans France Mayotte Matin :

  • Cellules

"Le principe de l’encellulement individuel n’est pas respecté. Les locaux initialement prévus pour accueillir les mineurs ne comportent que trois cellules individuelles. Du fait de l’augmentation du nombre de mineurs incarcérés, certains mineurs sont détenus dans l’ancien quartier pour femmes.

Dans ce quartier, deux cellules d’environ 15 m2 sont occupées par six mineurs : cinq d’entre eux partagent la même cellule, tandis que l’autre est occupée par un seul mineur. L’administration judiciaire justifie ce regroupement par la nécessité d’isoler les plus vulnérable d’entre eux, ou bien de tenir à l’écart ceux qui considérés comme les plus dangereux.

Le principe de séparation des prévenus et des condamnés n’est par respecté. Qu’adviendra-t-il lorsque le nombre de mineurs détenus augmentera encore ?"

  • État des locaux

"Les cellules sont dans un état de vétusté déplorable, très sales et très dégradées. Certaines cellules n’ont pas de ventilateur alors que le climat est tropical (30° minimum toute l’année). (...) Le terrain de sport est très exigu et ne dispose d’aucun équipement de loisirs. Le revêtement du sol y est dans un état de vétusté avancé, ne permettant pas l’exercice normal du sport. Il n’y a pas de préau ou de zone abritée, les inondations sont fréquentes en saison des pluies (de novembre à mars) et rendent impraticables les espaces extérieurs."

  • Communication avec l’extérieur

"Les mineurs n’ont pas accès au téléphone. C’est d’autant plus grave à Mayotte que les membres d’une famille en situation irrégulière n’osent visiter leurs proches, par crainte d’être interpellés et reconduits à la frontière. De très nombreux jeunes n’écrivent que très peu le français, certaines familles n’ont pas d’adresse postale. Il n’existe en fin de compte quasiment aucun moyen de communication avec les familles."

  • Administration pénitentiaire

"Le dialogue entre l’administration pénitentiaire et les partenaires est difficile. La formation des surveillants n’est pas suffisante et un surveillant seulement est volontaire pour travailler au quartier mineurs. (...) Les avis des services éducatifs paraissent ne jamais être pris en compte en ce qui concerne la répartition des mineurs entre les différents quartiers ou les différentes cellules (...)."

  • Prise en charge éducative

"La scolarité des mineurs est insuffisante. L’enseignant est souvent absent et non remplacé (...). En dehors de la scolarité, peu d’activités peuvent être organisées, en raison du manque de salles d’activités disponibles. La pratique d’activités sportives est rendue difficile et dangereuse par l’exiguïté de la cour de promenade/terrain de sport et la vétusté du revêtement de sol."

  • Sécurité et santé

"Entre 12 heures et 14 heures, les mineurs enfermés en cellule, à quatre ou à cinq, demeurent deux heures sans aucune surveillance (...). Dans le quartier pour femmes, occupé par une partie des mineurs, ces derniers sont très souvent laissés sans surveillance au cours de  la journée.

Les jeunes sont fortement médicamentés. Le soir, les médicaments sont distribués bien avant l’heure à laquelle les mineurs sont supposés les prendre, ce qui leur permet de les stocker pour les consommer comme drogues.

Une bouteille avec un mélange alcoolisé (fermenté) d’eau, de jus de fruits, de confiture, de valium et de Tertlan a été retrouvée par les surveillants dans une cellule, au moment où certains mineurs détenus commettaient des tentatives de suicides à répétition (...)."

  • Tentatives de suicide

"Entre le 1er et le 15 avril, trois mineurs détenus ont tenté de suicider par pendaison avec leurs draps. Un des mineurs a tenté de se donner la mort entre cinq et sept fois d’après nos informations (...). Il n’a été transféré à l’hôpital psychiatrique de Mamoudzou qu’après la cinquième tentative, l’hospitalisation n’a duré que deux nuits. À son retour, il a été placé au quartier disciplinaire.

(...) La prescription d’un traitement médicamenteux est la réponse privilégiée apportée à ces tentatives. La proposition d’organiser un groupe de parole autour de ces événements a été refusée par l’administration pénitentiaire. Plusieurs mineurs ont évoqué leur volonté de recommencer."

  • Viols

"Durant la même période, un mineur aurait été victime de plusieurs viols. Deux ou trois jeunes sont mis en cause par la victime présumée. D’autres viols auraient été commis précédemment dans le quartier mineurs.

Ces événements dramatiques doivent être mis en relation avec les dysfonctionnements graves évoqués précédemment. Les réponses apportées ne paraissent pas adéquates et surtout, ne s’attachent pas à prévenir et anticiper la répétition d’événements du même ordre.

La situation pourrait devenir encore plus critique, particulièrement dans le cas d’une augmentation du nombre de mineurs détenus."

www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

LIEBY Denis, Posté
C'est triste. Comme le dit l'ordonnance de 1945, les jeunes ont droit à l'éducation.
Je comprends que ce n'est pas évident.
Il faut partir sur d'autres bases.

Denis