Droits de l'homme :

Membre des îles Vanille, les Maldives appliquent la peine de mort pour les enfants


Publié / Actualisé
Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, a révélé, lors d'une conférence de presse à Genève, le 29 avril dernier, qu'aux Maldives, depuis le 27 avril 2014, les enfants, dès l'âge de 7 ans, sont susceptibles d'être condamnés à mort. L'information a mis du temps à émouvoir opinion et institutions internationales. A noter que les Maldives font partie des îles Vanille depuis septembre 2013. La question qui se pose est de savoir si l'on peut demeurer partenaire - ne fut-ce que touristique - d'un pays recourant à de telles pratiques contraires au droit international...
Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, a révélé, lors d'une conférence de presse à Genève, le 29 avril dernier, qu'aux Maldives, depuis le 27 avril 2014, les enfants, dès l'âge de 7 ans, sont susceptibles d'être condamnés à mort. L'information a mis du temps à émouvoir opinion et institutions internationales. A noter que les Maldives font partie des îles Vanille depuis septembre 2013. La question qui se pose est de savoir si l'on peut demeurer partenaire - ne fut-ce que touristique - d'un pays recourant à de telles pratiques contraires au droit international...

Les Maldives, où l'islam est religion d'Etat depuis 1997, ont mis un terme au moratoire que le pays respectait depuis 60 ans sur la peine de mort. Officiellement, la peine capitale n'y avait jamais été abolie, mais son usage était suspendu. A tel point que l'on ne se souvient même plus de la manière dont on exécutait les condamnés. La dernière peine capitale ayant été administrée en 1954.

Par la grâce du retour au pouvoir du clan Gayoom, qui règne sur les Maldives depuis 1978 - exception faite de l'intermède réformateur de la présidence Nasheed, octobre 2008 à février 2012 -, le pays subit donc une régression inquiétante de la démocratie et des Droits de l'Homme, dont le rétablissement de la peine capitale n'est que la partie la plus choquante, en ce sens qu'elle se fonde sur une ré-islamisation de la "Justice" et des châtiments prescrits.

Ainsi, s'agissant des "hudud", crimes considérés comme étant perpétrés à l'encontre de Dieu en personne, les peines sont dictées par le Coran et en conséquence non soumises à l'appréciation des juges. Il en découle une série de pratiques pour le moins barbares, telles que la flagellation des femmes suite à des relations sexuelles hors mariage (fornication), quand bien même les malheureuses sont victimes de viols.

Ce châtiment jugé populaire est largement employé, et s'il est possible de l'appliquer aux hommes, ce sont les femmes qui en bénéficient en majorité, car il est jugé après l'accouchement qui fait preuve. Il traduit la pression croissante du fondamentalisme religieux wahhabite, alimenté par les pétrodollars saoudiens. En conséquence, les femmes sont proscrites des postes de pouvoir, politique ou administratif, exclues de l'emploi, brimées dans leur accès à l'éducation au-delà du primaire.

Un insigne souci d'humanité

Autre crimes de type "hudud", l'apostasie qui implique la peine de mort ; apostasie, un mot compliqué qui correspond au fait d'abjurer sa religion… S'y ajoutent la consommation d'alcool, le vol, le banditisme et la rébellion.

En l'occurrence le président Abdulla Yameen Abdul Gayoom, demi-frère du dictateur Maumoon Abdul Gayoom, porté au pouvoir par un coup d'Etat, notamment soutenu par les islamistes du parti Adhaalath, aux commandes du ministère des Affaires islamiques, se veut des plus intransigeants avec ces crimes, n'hésitant pas à les sanctionner dès le plus jeune âge. Ainsi la responsabilité pénale est atteinte à la dixième année en tel cas, voire dès la septième s'agissant d'apostasie, comportement dont sont coutumiers les enfants, idem pour la consommation d'alcool ou le vol.

Par un insigne souci d'humanité, les criminels enfantins ne seront pas exécutés immédiatement, on attendra qu'ils atteignent l'âge honorable de 18 ans pour ce faire.

En la matière, les Maldives rejoignent par la miséricorde de leur Justice les autres membres du conseil des Droits de l'Homme de l'ONU pour l'Asie que sont la Chine, l'Arabie Saoudite et le Viet Nam. A ceci près que l'abattage humain n'a pas encore repris aux Maldives, alors qu'il connaît des jours fastes en Chine, où l'on exécute plusieurs milliers de condamnés tous les ans (4000 en 2013, 10 000 dix ans plus tôt), quand l'Arabie Saoudite, beaucoup plus modérée, ne décapite au sabre et en public, que 79 condamnés à l'année.

En Arabie saoudite on décapite au sabre

Pour mémoire c'est l'Iran, où l'on applique une justice coranique stricte, qui occupe la seconde place du podium des exécutions avec 369 personnes liquidées en 2013, suivi par l'Irak, 169 exécutions…

Si d'aventure les Maldives passaient aux actes, il faudrait aux juges décider d'un moyen d'exécution, possiblement conforme à la tradition. Ainsi en Iran on pratique la pendaison sans chute, le décès résultant d'un lent étranglement ; on lapide aussi. En Arabie saoudite on décapite au sabre, on peut aussi lapider et crucifier au besoin. Au Soudan et au Yémen on pratique la crucifixion. Ces procédés s'avérant un brin artisanaux, Umar Naseer, ministre de l’Intérieur, a ordonné le 23 janvier dernier aux prisons bondées de son pays, de prendre "toutes les dispositions requises" pour l’exécution de l’ensemble des condamnés à mort par injection létale.

Dix-neuf détenus étaient en situation d'exécution suspendue par la grâce du moratoire, ils rejoignent de fait le couloir de la mort. Et deux autres jeunes condamnés s'ajoutent à cette liste, jugés coupables par le tribunal pour enfants de Malé, dans une affaire d'homicide à l’arme blanche en réunion en février dernier. Ces deux garçons étaient mineurs lors des faits dont ils se proclament innocents.

La question des îles Vanille

Ce retour de la peine de mort, y compris pour les mineurs, n’a pas encore suscité beaucoup de réactions au sein des autres nations ou des institutions internationales. Un important mouvement de protestation s’est en revanche fait jour sur le web et les réseaux sociaux, ponctué de multiples appels au boycott touristique des Maldives.

Voilà qui devrait interpeller l’association des îles Vanille, dont les Maldives font partie depuis septembre 2013, et leur nouveau président Didier Robert. Peut-on en effet demeurer partenaire – ne fut-ce que touristique – d’un pays recourant à de telles pratiques contraires au droit international ?

Comme le soulignait l’historien Giuseppe Di Bella sur le nouvelobs.com : "Je me vois très mal me prélasser sur les plages de ce paradis tropical de carton-pâte, sans me soucier du sort funeste qui pourrait être réservé à ses habitants, mineurs et enfants compris..."

www.ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Sybiou, Posté
Quand est-ce-que ces abrutis d'humains débiles vont comprendre que la religion ne même à rien, et encore moins l'islam ?

Ce jour la, on pourra penser que l'être humain est enfin intelligent !
JC MOUTIEN, Posté
dommage que vous n'ayez pas cité la Présidente du Conseil général qui est, à ma connaissance, la seule à voir posé cette même question sur son compte twitter ET sur son facebook et qui, pour les Réunionnais au moins, est un peu plus connue que Giuseppe Di Bella
Tanguy974, Posté
Et bien et bien ça ne sent pas bon du tout...