Rencontre avec Djae Ahamada Chanfi, vice-président de l'assemblée nationale :

"Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes"


Publié / Actualisé
Djae Ahamada Chanfi est député et vice-président de l'assemblée nationale des Comores. Ce mardi 14 octobre 2014, il était à La Réunion dans le cadre de la signature d'une convention de coopération entre le conseil général et les trois îles autonomes que sont Anjouan, la Grande Comore et Moheli. L'occasion de revenir notamment sur l'avertissement lancé par le Quai d'Orsay recommandant "la plus grande vigilance" aux ressortissants français depuis l'intervention militaire en Irak, une décision pas très bien accueillie du côté comorien. "Nous sommes un pays très paisible et c'est malheureux de la part d'un pays ami", confie Djae Ahamada Chanfi. "Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes et aucun islam radical n'est pratiqué", assure-t-il.
Djae Ahamada Chanfi est député et vice-président de l'assemblée nationale des Comores. Ce mardi 14 octobre 2014, il était à La Réunion dans le cadre de la signature d'une convention de coopération entre le conseil général et les trois îles autonomes que sont Anjouan, la Grande Comore et Moheli. L'occasion de revenir notamment sur l'avertissement lancé par le Quai d'Orsay recommandant "la plus grande vigilance" aux ressortissants français depuis l'intervention militaire en Irak, une décision pas très bien accueillie du côté comorien. "Nous sommes un pays très paisible et c'est malheureux de la part d'un pays ami", confie Djae Ahamada Chanfi. "Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes et aucun islam radical n'est pratiqué", assure-t-il.

Comment avez-vous pris la décision du ministères des Affaires étrangères français de placer les Comores dans la liste des pays "à risque" suite à l’intervention militaire contre l’Etat islamique ?

"Je ne peux que regretter ce positionnement car nous sommes un pays très paisible, où l’on peut se promener de 18 heures à 6 heures du matin sans aucune crainte. Si vous êtes à Moroni, vous voyez des femmes qui sont voilées, des femmes qui portent des mini-jupes... Moi-même je suis un fervent croyant, je fais les cinq prières et je suis toujours en costume, même à la mosquée. Donc placer les Comores dans cette position, je ne peux que le regretter. C’est malheureux pour de la part d’un pays ami."

Considérez-vous cela comme de la stigmatisation car les Comores sont un pays musulman ?

"Aux Comores, nous ne sommes pas des intégristes. Nous sommes des musulmans modérés. J’ose espérer que l’opinion internationale ne va pas prendre ça en considération. Parce que s’il y a eu un Fazul (un des chefs présumés d’Al-Qaida en Afrique de l’Est tué en 2011, ndlr), tous les Comoriens ne sont pas des Fazul. D’ailleurs les attentats qu’il commettait, il ne les commettait pas aux Comores, ni au nom des Comoriens ou de l’État comorien. Rien ne peut prouver que les gouvernements successifs seraient commanditaires de tels actes barbares."

"L'islam, c'est la paix"

Il n’y a donc pas d’islam radical aux Comores ?

"Non, aucun islam radical n’est pratiqué aux Comores. Nous avons des mosquées à Moroni, comme en Arabie saoudite, comme au Qatar, comme en France et comme partout dans le monde, mais il n’y a aucune radicalisation de l’islam à Moroni. Donc je peux que regretter la position de la France." 

Quelle est la position des autorités comoriennes par rapport à l’Etat islamique ?

"On a condamné ces actes et à chaque moment où il a fallu combattre le terrorisme avec toute l’énergie que cela sous-entend, les Comores ont toujours été présentes. Le terrorisme n’a rien à voir avec la religion musulmane. L’islam, comme son nom l’indique, c’est la paix, la solidarité et l’entraide. Voilà la foi musulmane. Et si quelqu’un s’en sert pour écraser et anéantir des hommes et des femmes, ce n’est pas l’islam, c’est de la haine. Et ça n’a rien à voir avec ce qui se passe aux Comores."

"Le seul danger, c'était les coups d'État"

Y a-t-il malgré tout davantage de risques pour les ressortissants français depuis l’intervention militaire en Irak contre l’Etat islamique ?

"Aujourd’hui la France dit qu’il ne faut pas aller aux Comores, alors que cela n’a rien à voir avec ce qui se passe en Syrie, rien à voir avec ce qui se passe en Irak, parce que nous sommes des sunnites. L’islam pratiqué aux Comores est l’islam sunnite, de rite chaféite. Et la loi condamne toute pratique musulmane allant au-delà du rite chaféite, avec emprisonnement. Le danger c’était les coups d’Etat, et on a rompu avec ça. Parmi les vingt coups d’Etat ayant eu lieu aux Comores, un seul a été diligenté par un Comorien, Azali (le colonel Azali Assoumani en 1999, ndlr). Tous les autres ont été diligentés par Bob Dénard, qui était français et non comorien..."

Qu’en est-il des relations franco-comoriennes sur la question de la souveraineté de Mayotte ?

"Nous possédons trois cents ans d’histoire commune, de partage. Je pense que nous n’avons pas intérêt à nous chamailler. Il doit y avoir un dialogue serein, honnête pour s’asseoir à la même table et dire ce que nous faisons de nos îles. On peut se demander pourquoi la France s’intéresse à une seule île là où il y en a quatre ? Il y a des enjeux, mais on peut les partager. Je sais que le centre d’écoutes se trouve à Mayotte, je sais que les grands pétroliers moyen-orientaux transitent par Mayotte, je sais qu’il y a des enjeux géostratégiques, militaires..."

"Mayotte, c’est pire que Lampedusa !"

Il y a aussi des enjeux migratoires...

"On ne fait qu’installer une bombe à retardement dans cette porte de l’Afrique qui s’appelle Mayotte. Parce que les Burundais, les Zaïrois, les Malgaches, les Comoriens... tout le monde afflue vers cette île ! Mayotte, c’est pire que Lampedusa !"

Selon vous, Mayotte est-elle forcément destinée à revenir un jour ou l’autre dans le giron des Comores ?

"Oui, c’est automatique. Pour les sujets d’ordres sociaux, l’Etat français seul ne peut pas apporter de solutions. Quand on prend le niveau d’enseignement sur les quatre îles, Mayotte est au plus bas de l’échelle. Les enseignants, les médecins... ce sont tous des Grands Comoriens, des Anjouanais ou des Moheliens. Je ne dis pas que les Mahorais ne sont pas instruits, mais le système éducatif mené par l’Etat français à Mayotte n’est pas adéquat à l’état du terrain. J’en suis certain, la solution n’est pas du côté du gouvernement français. Elle est du côté du gouvernement et du peuple comoriens, en concertation avec la France."

www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Daazibao, Posté
Qu'on leur rende leur caillou... ça fera de bonnes économies pour notre pays en crise...