Industrie agro-alimentaire :

Le lait péi : un cocktail peu ragoûtant


Publié / Actualisé
Prenez le lait de la Sicalait, produit à 70% par des vaches positives à la leucose bovine enzootique, de l'eau, du lait en poudre et de la matière grasse laitière anhydre d'importation, ajoutez quelques vitamines, secouez bien, vous avez du lait péi. Si la filière lait française peut se targuer de produits de haute qualité, c'est tout le contraire à La Réunion, pour le plus grand malheur des éleveurs laitiers, et, quelque part, des consommateurs qui optent souvent pour un lait-péi-reconstitué, plutôt que pour un authentique lait, "de France", quand bien même celui qui est importé à La Réunion appartiendrait plutôt à la gamme des produits de première nécessité. Une histoire de lait en poudre aux yeux.
Prenez le lait de la Sicalait, produit à 70% par des vaches positives à la leucose bovine enzootique, de l'eau, du lait en poudre et de la matière grasse laitière anhydre d'importation, ajoutez quelques vitamines, secouez bien, vous avez du lait péi. Si la filière lait française peut se targuer de produits de haute qualité, c'est tout le contraire à La Réunion, pour le plus grand malheur des éleveurs laitiers, et, quelque part, des consommateurs qui optent souvent pour un lait-péi-reconstitué, plutôt que pour un authentique lait, "de France", quand bien même celui qui est importé à La Réunion appartiendrait plutôt à la gamme des produits de première nécessité. Une histoire de lait en poudre aux yeux.

La crise d'appareil de la Sicalait défraye la chronique pendant que "gros" et "petits" administrateurs se disputent le pouvoir, sur fond de conflits sociaux. Mais ce n'est que la partie émergée d'une crise sanitaire et sociale, qui voit le cheptel laitier subir une hécatombe continue depuis dix ans ; du fait de la prévalence d'un nombre considérables de maladies telles que la leucose bovine, la rhinotrachéïte infectieuse bovine, la paratuberculose, la brucellose, les infections graves à Coxiella burnetii (la fièvre Q), la chlamydiose, qui frappent les bêtes et ruinent en conséquence nombre d'éleveurs laitiers (Référence : "Expertise sur la mortalité des bovins laitiers à la Réunion Avril 2009").

Si la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de La Réunion (DAAFR) pouvait affirmer avec cynisme, fin 2011, dans l'une de ses publications : "la filière laitière se développe sur un marché en expansion. La production locale est réalisée par 135 producteurs, adhérents à la coopérative SICALAIT, au sein de l’inter-profession ARIBEV ; elle s’élève à 20,5 millions de litres…", force est de constater que l'on est aujourd'hui en pleine phase de décroissance, avec, ainsi que le soulignaient dernièrement les élus - inquiets - de la Chambre d'agriculture, baisse des productions de lait, autour de 16 millions de litres, stagnation de celles de viande, parallèlement à "la perte de 20% du cheptel, soit 7000 têtes et 60% des éleveurs. Dans le seul secteur laitier, le nombre d'éleveurs adhérents à la coopérative Sicalait est tombé de 151 en 2000, à 73 en 2013…" Et sur les 73 toujours en activité, 48 sont dans une situation économique plus que difficile.

Pourtant le lait continue de couler à La Réunion. Ce qui mérite que l'on y regarde de plus près.

En savoir plus - Le lait des vaches positives à la leucose

La production locale de lait ne peut couvrir la demande locale, et la Sicalait ne produit guère plus de 16 ou 17 millions de litres, en étant généreux ; on importe donc l'équivalent de 140 millions litres de lait et produits laitiers.

Dans l'absolu, si l'on appliquait à La Réunion la réglementation sanitaire européenne, selon laquelle l'Union déclare "la France officiellement indemne de leucose bovine enzootique" depuis 1999, la production de la Sicalait serait réduite à néant, car le cheptel laitier réunionnais est infecté à 70% par cette maladie (Ndlr : données 2007, les seules disponibles selon M. selon M. Degenmann-DAAFR : "On ne sait pas exactement de quoi il retourne, faute de disposer de données précises depuis 2007, époque à laquelle le cheptel laitier était touché à 70%, le cheptel à viande l'étant à 30%…"), et toutes les bêtes positives auraient du être abattues dès confirmation de leur infection. Ne parlons pas du lait des bêtes positives à la leucose qui, normalement n'a aucune raison d'exister dans le système français et européen, exception faite de La Réunion qui, vue du ministère de l'Agriculture, semble être exclue du territoire national.

La Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de La Réunion (DAAFR) est au fait de cette étrange spécificité du lait péi, qui tient quelque part du mensonge d'Etat. Un mensonge que l'on voudrait partagé et celé par la corporation. Le directeur adjoint de la DAAFR, Olivier Degenmann, rappelait le 5 décembre dernier, les élus de la Chambre d'agriculture à leurs responsabilités : "S'agissant de la leucose, si l'on applique strictement la règle nationale, c'est l'abattage dans les six mois de l'animal positif. Si la prévalence est à 70% dans l'élevage laitier, dans les six mois, c'est l'abattage de 70% du cheptel. C'est la mort de la filière laitière…"

En savoir plus - Lait reconstitué : mode d'emploi

Il n'en demeure pas moins vrai que le lait des vaches positives à la leucose, 70% du cheptel donc,  si ce n'est pire aujourd'hui, est collecté comme le reste, certes à vil prix - il n'y a pas de petit profit - puis mêlé, ou dilué, à l'ensemble de la production. Sans quoi on serait loin aujourd'hui des 16 ou 17 millions de litres récoltés.

Ce lait péi, plutôt limite au regard des normes françaises en matière de "cellules somatiques" (le comptage des cellules, des globules blancs pour l'essentiel, nécessairement moins de 400.000 par millilitre, révélerait l’état sanitaire du troupeau, sur lequel on ne peut malheureusement concevoir aucun doute à La Réunion), n'est pas commercialisé en tant que tel, si ce n'est lors des opérations de type "Miel vert" où l'on organise des séances gratuites de dégustation de lait cru, et donc non pasteurisé.

Philipe Le Claire pour www.ipreunion.com

   

14 Commentaire(s)

Ti caf 23, Posté
sa c chez lancien president c une honte qel exemple
Daaazibao, Posté
@DD974eleveur : Juste une petite précision quand vous dites que l’État risque gros moi je comprends que si les conséquences sont financières ce sont NOUS qui paierons. Car NOUS, le peuple, est l’État et c'est NOUS qui finançons.

Quand aux décideurs ils "sont responsables mais pas coupables"... vous vous souvenez??? Eux sont peinards... comme d'hab'

Cordialement
Daaazibao, Posté
@ Fabrice : un germe de soja naturel a autant de racines que de partie aérienne, jetez juste un coup d’œil sur ce que vous trouvez en grande surface... et voyez par vous même ainsi vous "maitriserez" le sujet un peu mieux...

Pour ma part j'ai connu un producteur à qui ses "collègues" conseillaient un petit additif d'origine asiatique ((qui passait allègrement les barrières douanières car il n'était pas déclaré comme engrais, ce qu'il n'était d'ailleurs pas après analyse, le labo local n'a pas pu dire ce que c'était...) Mais bon avec cet additif la pousse était deux fois plus rapide, la partie aérienne trois fois plus grosse au détriment des racines... Le même additif est utilisé pour les plantes à feuilles genre salade.
Avec lui une salade arrive à maturité en deux semaines, je n'ai jamais pu faire moins de cinq... en laissant la salade pousser biologiquement.

Aussi j'évite autant que je peux ces "produits" libre à vous de continuer...

A propos du lait de vache sachez que l'homme passé dix ans perds les enzymes de son tube digestif qui permettent l'assimilation du lait...les seuls humains à passer outre cette perte vivent au delà du cercle polaire où ils ne peuvent trouver de verdure alimentaire. Cela leur permet d'éviter une carence en calcium ((entre autres), la vache ne boit pas de lait, elle, et trouve ce calcium dans les végétaux qu'elle broute pour nos enfants. Une fois adultes nous en trouverons autant dans les fruits et légumes, mais bon comme ils sont bourrés de pesticides d'engrais et autres salo#&%eries continuons à creuser nos tombes avec nos dents.

Salut à tous...
Fabrice, Posté
vous avez un problème avec le soja? lol
Quand on ne maitrise pas le sujet on ne parle pas lol
ThP-AZTT, Posté
le LAIT de VACHE est à proscrire déjà pour l'humanité.. cause de la majorité des maux de notre société dont le Cancer... recherchez les Vidéos sur DOCTEUR JOYEUX et soyez tout ouïs... à fortiori le LAIT industrialisé... alors que les laits végétaux sont tellement meilleurs en goût et pour la santé... (pas SOJA mais RIZ NOISETTE EPEAUTRE MILLET AMANDES.. etc)
Frigidaire, Posté
Encore une fois il faut demander à l'URCOOPA grand chef de toutes les viandes péi que nous mangeons. Lorsque l'on verra comment URCOOPA passe à travers les filets de l'administration Française on comprendra mieux la vraie qualité péi
Daaazibao, Posté
Plusieurs choses :

- Quand le réunionnais comprendra que la Réunion ce n'est pas la France???

- Ce n'est pas qu'avec le lait que nous creusons notre tombe, ananas, soja, viande, produits industriels en tout genre etc avec ce que l'on respire dans nos maisons et au boulot merci l'industrie chimique! Je propose un nouveau label: "nou la fait not tomb"

- Attendre que les "pouvoirs publics" réagissent c'est comme croire au père noël... tant que leurs poches se remplissent il n'y a pas de problème!!!

Mais bon rassurez vous on va nous pondre encore quelques lois, prendre dans nos poches pour financer les pots cassés...et recommencer.

L'histoire n'est elle pas un éternel recommencement???
Lanceur d'alerte, Posté
Merci Mr Le Claire pour un bel article d'investigation, qui plus est documenté, ce qui montre de la recherche et de l'esprit d'analyse. Merci pour ce journalisme-ci qui décline mais qui est l'essence de notre métier. Il mériterait une suite sur comment a-t-on pu en arriver à 70% du cheptel sans rien faire? Il semble que la filière crie à la mort maintenant alors que l'abattage dés les premiers cas et un dépistage régulier aurait peut-être pu endiguer ces fléaus.
Mondonovo974, Posté
Je suis d'accord avec DD974eleveur, QUI VA AVOIR LE COURAGE DE DEPOSER UNE PLAINTE, EELV peut etre ? ou Mme AUDE et les associatiosn de consomateurs ? On ne peut pas se plaindre si on n'à pas le courage d'AGIR !
Reynal, Posté
Cet article de Monsieur Le Claire relate bien les errements de l'élevage bovin à la Réunion. Il y a eu dans les années 70-80 l'importation d'afrique du Sud des bovins avec la Brucellose puis les autres affectuions de metropole telles que la leucose bovine, l'IBR, la paratuberculose...
Les pouvoirs publics n'ont jamauis pris en compte que notre île est un milieu fermé et que toute importation d'animaux vivants presente un risque serieux d'importation des maladies et doit être interdite.
De plus, la presence des stomexes et autres acariens est un obstacle majeur au developpement de l'élévage danns l'île.
Le respect de la reglementation, la mise en place du contrôle des taureaux reproducteurs destinés à la monte ainsi que la lutte contre les stomoxes sont des mesures à prendre pour favoriser le developpement de l'élévage à la Réunion.
Mimi974, Posté
avant on buvait du lait cru (directement de la vache) et aujourd'hui ce même lait est impropre??
ooohhhh les gars !!!! faut arrêter de prendre les gens pour des abrutis !!!
Quand on sait qu'il ne reste QUE 2700 vaches laitières pour 800 000 réunionnais, pas étonnant qu'il ajoute de l'eau, du lait en poudre et autre merde, pour que le CON sommateur humain (qui est le seul en passant à ne pas être sevré) continue à boire du lait qui ne lui est pas destiné.
Evidemment on ne parle pas des veaux qu'on enlève directe de sa mère dès qu'elle a mis bas pour que nous puissions boire du lait, alors que le pauvre petit file directe à l'abattoir (côtelettes, ris....).
Et que dire de la viande?? Ah oui, on en parle pas !!! si le lait est contaminé, la viande doit l'être également, car ces pauvres vaches, une fois traité comme une machine, et qu'elle ne produit plus ce qu'il faut, c'est l'abattoir...
donc on bouffe et on boit n'importe koi !!!
Merci les gros zozos qui s'engraissent sur notre dos, et qui eux ne consomment pas ce qu'ils font produire ...
Théodorine, Posté
Et après on se demandera pourquoi on tombe malade ! Cette affaire est un scandale !
DD974eleveur, Posté
Les Maladies du cheptel réunionnais viennent de l’importation il y a quelques années d’animaux malades de métropole. Alors comment se fait-il que la maladie a disparu en métropole, ils nous ont peut-être refilé leurs derniers bovins malades ? Comment se fait-il avec tous les contrôles des services vétérinaires (DSV) et de la DAF que des animaux quittent le territoire français sans qu’il ne soit fait de contrôle par des prises de sang au départ et à l’arrivé des animaux, ni une enquête et une surveillance vétérinaire sur les élevages d’où venaient les animaux avant leurs départs ? Si les contrôles avaient été faits les problèmes de maladies auraient été détectées, ces élevages de métropole avais sûrement eux aussi des problèmes de surmortalité. Pourquoi il n’y a pas eu de mise sous quarantaine et pas des quarantaines dans les élevages à l’arrivé à la Réunion ? Nous sommes une île, il faut faire attention à l’importation de maladie, virus, insecte, comme à l’arrivé de passager à la Réunion qui n’ont pas le droit d’avoir dans leur bagage des fruits, légumes sous peine d’être détruit par la douane. La sicalait n’est pas au-dessus des règles, et l’État doit faire respecter les règles. Si demain il fallait abattre les animaux et renouvelé le cheptel élevages par élevages ce qui semble être une solution qui payera les éleveurs ou l’État dont ces services font la politique de l’autruche car ils n’ont pas fait leur travail ils ont fermé les yeux (sauf qu’il est aujourd’hui interdit de faire venir des nouveaux animaux à la Réunion par risque de contamination les éleveurs se retrouve aujourd’hui obligé de garder de mauvais animaux, et les nouveaux éleveurs de prendre les animaux malades ou de ne pas se lancer dans l’élevage par risque d’avoir les maladies). La DAF sait qu’ils sont en partie responsables et qu’il faudra en partie payer ses négligences, et le fait de laisser pourrir la situation ne fait qu’augmenter le risque de contaminer les autres élevages qui sont encore sains de la Réunion. Si une plainte est déposée l’état risque gros.
Jean nicolas, Posté
avec les ananas poussés à l'Ethephon pour s'aligner sur les normes de la grande distribution, les tomates hors sol censées pousser sans excendents de pesticides, on comprend ce que le label "nou la fait" signifie. Et dire qu'on a rasé des kilometres de foret primitive à notre dame da la paix pour rien, pour la fortune de quelques privilégies et au détriment de l’intérêt public.