Elevage de bovins :

De l'art de faire traîner une crise sanitaire...


Publié / Actualisé
La Sicalait voudrait "la transparence" sur la leucose bovine, mais a tout fait pendant des années pour l'éviter. La Sicarevia communique sur le "boeuf pays" en élevant de la Limousine et de la Blonde d'Aquitaine, oubliant les races locales adaptées au milieu et plus résistantes aux maladies... Le système productiviste mis en place par la filière ruine les éleveurs laitiers, et fait la fortune des vétérinaires, car la Nature met à mal les cheptels affaiblis par la leucose bovine enzootique (LBE),l'anaplasmose, les essaims d'insectes buveurs de sang (stomoxes) qui harcèlent les bêtes et les infectent... Et l'on subordonne la mise en oeuvre, à retardement, de la prophylaxie contre la LBE, obligatoire en France et en Europe, à la réalisation d'enquêtes épidémiologiques, décidées depuis novembre 2014, dont celle sur la LBE qui ne portera que sur 20% du cheptel mettant en doute sa crédibilité.
La Sicalait voudrait "la transparence" sur la leucose bovine, mais a tout fait pendant des années pour l'éviter. La Sicarevia communique sur le "boeuf pays" en élevant de la Limousine et de la Blonde d'Aquitaine, oubliant les races locales adaptées au milieu et plus résistantes aux maladies... Le système productiviste mis en place par la filière ruine les éleveurs laitiers, et fait la fortune des vétérinaires, car la Nature met à mal les cheptels affaiblis par la leucose bovine enzootique (LBE),l'anaplasmose, les essaims d'insectes buveurs de sang (stomoxes) qui harcèlent les bêtes et les infectent... Et l'on subordonne la mise en oeuvre, à retardement, de la prophylaxie contre la LBE, obligatoire en France et en Europe, à la réalisation d'enquêtes épidémiologiques, décidées depuis novembre 2014, dont celle sur la LBE qui ne portera que sur 20% du cheptel mettant en doute sa crédibilité.

La Réunion, terre de "spécificités", se démarque tristement des normes françaises et européennes en matière de qualité sanitaire du cheptel bovin. En effet, les élevages réunionnais, laitiers et viande, pourraient passer pour des conservatoires de maladies, exotiques, ou par ailleurs en voie d'éradication. C'est ainsi le cas de la fameuse leucose bovine enzootique (LBE) dont le territoire  français est paraît-il indemne depuis 1999 - (Décision CE/1999/465) - quand La Réunion atteste d'une prévalence durable et pour le moins extraordinaire : 25% en 1987, 65% déjà en 2001 selon la thèse du docteur vétérinaire Cécile Squarzoni ; un pourcentage qui s'est aggravé depuis, selon M. Degenmann de la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de La Réunion (DAAFR) qui déclarait devant les élus de la chambre d'Agiculture, en décembre dernier : "On ne sait pas exactement de quoi il retourne, faute de disposer de données précises depuis 2007, époque à laquelle le cheptel laitier était touché à 70%, le cheptel à viande l'étant à 30%…"

Des chiffres exorbitants au regard de la situation nationale officielle… A la LBE qui rend les vaches séropositives souffreteuses, puis cancéreuses à terme, il faut ajouter l’anaplasmose bovine.  Endémique à La Réunion, en 1991, époque à laquelle le cheptel comportait encore une part appréciable de bêtes de races locales et rustiques, à savoir des zébus d'origine malgache ou indienne, ou des hybrides descendant des bêtes européennes importées depuis le XVIIe siècle puis croisées avec des zébus ou d'autres races, sa prévalence était évaluée à 50% de séropositivité en zone sèche et 80% en zone humide… Passons sur la rhinotrachéïte infectieuse bovine (IBR) introduite à La Réunion en 2003,la paratuberculose, les babésioses, la maladie hémorragique des cervidés (EHD) version bovine, la fièvre catarrhale ovine (FCO)…

Une masse agglomérée de bas morceaux de découpe, muscles et de chutes de viande

Au-delà des opérations de communication, les coulisses des filières ne sont donc pas franchement reluisantes pour peu que l'on y regarde de plus près. Le lait de la Sicalait, qualifié de "bon et de qualité" par Julien Huet, son nouveau président, voit sa commercialisation se faire au travers de produits dits pudiquement "partiellement reconstitués", et donc mêlé à du lait en poudre et de la matière grasse laitière anhydre d'importation. Ce lait est donc sans doute potable, quant à être "bon et de qualité" c'est une autre histoire. Il convient de préciser qu'aucun lait similaire n'est produit en France ou en Europe, les vaches séropositives à la LBE étant systématiqmement abattues. La viande pays, qui bénéficie de l'opération publicitaire "Bœuf Pays, de l’élevage à l’assiette", en milieu scolaire et grand public, est confrontée aux mêmes problèmes que le lait, en ce sens que la prévalence à la LBE atteignait 30% du troupeau en 2007 ; selon Charles-Emile Bigot, responsable technique Sicarevia, en 4 ans, 57 cas positifs à la LBE ont été identifiés sur la base de prélèvements sanguins portant sur les seuls reproducteurs. Quid du reste du troupeau ? En comparaison, sur 2013, en métropole, deux malheureux cas positifs ont été identifiés à partir d'analyses portant sur des milliers de troupeaux.

Par ailleurs, le steack haché, tout aussi "péi" que le reste, est produit à partir d'avants et de vaches de réforme, constitutifs du "minerai de viande", soit une masse agglomérée de bas morceaux de découpe, muscles et de chutes de viande, de tissus graisseux ; idem pour les morceaux destinés au carri, si "magique quand ça mijote".  Les vaches de réforme sont majoritairement des vaches laitières déclassées au bout d'un à cinq ans de production laitière, abattues pour la boucherie. Or les vaches réformées de la Sicalait sont largement séropositives à la LBE.

Viser l'éradication de la LBE ne serait pas opportun

Alors que le préfet de La Réunion a été condamné le 8 janvier dernier, es qualité, par le tribunal administratif de Saint-Denis, pour avoir prorogé la dispense illégale permettant à la filière bovine locale de déroger aux mesures de prophylaxie collective et de police sanitaire (en matière de leucose bovine), que les vaches continuent de crever et les éleveurs laitiers de se ruiner, alors que l'on ne dispose plus du moindre instrument permettant de quantifier le niveau d'infection du cheptel "péi", on s'engage à petit pas, dans le processus qui devrait conduire à un retour à la légalité. A un état sanitaire correct du cheptel bovin.

Cette inertie repose sur un étonnant optimisme vétérinaire qui a minoré l'impact de la LBE sur l'économie des élevages laitiers, alors qu'il s'ajoutait à ceux de la diarrhée virale bovine (BVD) et de l’anaplasmose… Un état d'esprit digne du Pangloss voltairien que l'on retrouve dans cette récente prise de position de Frédéric Aymé, président du syndicat des vétérinaires de La Réunion, qui estime que la leucose n’est pas une maladie importante dans le sens où la mortalité liée à des cas cliniques reste très faible à La Réunion quand d’autres maladies seraient plus impactantes (sic) au niveau sanitaire pour le cheptel bovin : les hémoparasitoses, les boîteries et la Maladie Hémorragique Epizootique des Cervidés (Epizootic Haemorrhagic Disease EHD) dans sa version bovine. Pour être précis il faudrait y ajouter la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO. Or donc, selon M. Aymé, viser l'éradication de la LBE ne serait pas opportun au regard du rapport coût/bénéfice défavorable. En la matière, tout dépend de quel côté du rapport coût/bénéfice on se place, celui des éleveurs, des consommateurs, ou celui de la filière et du groupe Sicalait-Cilam-Urcoopa et cie ?

La baisse continue du nombre d'éleveurs laitiers sur dix ans laisse augurer de la réponse…

Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com

   

4 Commentaire(s)

Zoro, Posté
super article les vaches en se moment crève a la pelle avant la fin de l’année il ni aura plus de cheptel donc plus d’abattages au fait 3 vaches laitières saisie a l' abattoir pour lbe déjà en cancer ,
Charles, Posté
Publicité mensongère, quand tu nous tiens, manger de la limousine alors qu'on s'attend à un boeuf péi. C'est jouer sur les mots ...
Pour le coup des vaches de réformes qui finissent dans nos assiettes, c'est commun, pas de quoi fouetter un chat. Ca fait des décennies que c'est ainsi, surtout depuis la production intensive de lait !.

Pour la gestion des crises sanitaires par contre, quels sont les moyens mis en oeuvre réellement ? Comment éviter un nouveau carnage (rappelez-vous, grippe aviaire, vache folle, etc ...)
Soweto, Posté
La LBE peut être également dépistée au moyen d'un prélèvement de lait, ce qui est plus facile qu'un prélèvement sanguin mais il faut tenir compte qu'en fin de lactation, les anticorps contre cette affection sont plus concentrés dans le lait ce qui donne souvent des faux positifs.
Par ailleurs, il faut comprendre que pour lutter contre toutes ces affections (piroplasmoses, babésioses, LBE..., il faut commencer par lutter contre les insectes piqueurs (mouches: Stomoxys calcitrans, Stomoxys nigra, les tiques : Amblyomma variegatum, Boophilus microplus), avant de mettre en place toutes les réglementations. L’éradication de toutes ces affections passent par la lutte contre les insectes et les arthropodes vecteurs de maladies du bétail qui sont avec les importations d'animaux vivants les véritables fléaux de l’élevage à la Réunion.
Jeanne Hachette, Posté
Je ne mange jamais de boeuf à La Réunion. Ni ailleurs : un steack haché doit être haché devant le client, voire à la maison par celui-ci, et consommé dans les 24 h. Tout le reste est de la merde industrielle (et pas que pour la viande), notamment depuis que la quasi totalité des contrôles sanitaires a été supprimé en France.