La commercialisation des tigres et bouledogues pas encore interdite à Mayotte :

Ciguatera et crise requin : amateurisme ministériel à tous les étages


Publié / Actualisé
Le vendredi 24 avril dernier, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin assurait mordicus que la commercialisation des requins tigres et bouledogues était désormais interdite à Mayotte en raison du risque de ciguatera, tout comme à La Réunion. Vérification faite, un arrêté allant dans ce sens vient en effet d'être signé, mais n'est toujours pas en application à ce jour... Un exemple de plus de l'amateurisme ministériel sur cette question.
Le vendredi 24 avril dernier, la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin assurait mordicus que la commercialisation des requins tigres et bouledogues était désormais interdite à Mayotte en raison du risque de ciguatera, tout comme à La Réunion. Vérification faite, un arrêté allant dans ce sens vient en effet d'être signé, mais n'est toujours pas en application à ce jour... Un exemple de plus de l'amateurisme ministériel sur cette question.

Comme le soulignait Imaz Press le vendredi 17 avril dernier, la question de la ciguatera est l’un des éléments centraux de la "crise requin". C’est en effet ce risque d’intoxication lié à la consommation de poissons contaminés par des ciguatoxines qui est à l’origine de l’interdiction de la commercialisation des requins tigres et bouledogues à La Réunion et de l’arrêt de la pêche de ces espèces.

Pour certains, la disparition de cette pression de pêche est la principale responsable de la recrudescence des attaques de squales depuis quatre ans. Nombre de critiques se sont fait jour sur la durée des études dans le cadre du programme nommé désormais "Valorequin" et sur le manque de données fiables obtenues depuis trois ans.

Mais la plus grande incompréhension portait sur l’absence de réglementation similaire à Mayotte. L’interdiction de commercialisation en vigueur à La Réunion est en effet directement liée aux intoxications récurrentes survenues à Madagascar et à la capacité de certains requins de circuler entre les deux îles, et ce alors que La Réunion est bien plus éloignée de la Grande Île que Mayotte...

Interrogée sur cette incongruité réglementaire lors de son passage à La Réunion le vendredi 24 avril, la ministre George Pau-Langevin a balayé la question en assurant que la commercialisation des tigres et des bouledogues était "désormais interdite" à Mayotte.

La nouvelle en a surpris plus d’un, puisqu’aucune communication n’avait été faite autour de ce changement de réglementation. C’est que la ministre a voulu faire un peu de zèle en mettant la charrue avant les bœufs. "L’arrêté n’est pas encore sorti, mais on va suivre la même législation qu’à La Réunion", indique-t-on en effet du côté de la préfecture de Mayotte...

La décision semble ainsi avoir été prise dans la précipitation, dans la réaction plus que dans l’anticipation, pour tenter d'esquiver les critiques et de lever les ambiguités en harmonisant au plus vite la législation mahoraise avec l’arrêté réunionnais qui existe depuis... 1999 !

Quand Oudinot confond consommation et commercialisation

Dans l’attente de la publication de l’arrêté mahorais, et contrairement aux déclarations de George Pau-Langevin, il reste donc toujours possible actuellement de trouver des tigres et des bouledogues sur les étals des poissonniers de Mayotte, alors qu’ils ont été évincés de ceux de La Réunion il y a 16 ans maintenant...

C’est que le ministère de la rue Oudinot n’en est pas à une approximation près dans un dossier nécessitant pourtant la plus grande rigueur et la plus grande vigilance au vu de la situation dramatique que vit La Réunion depuis quatre ans. Dans le communiqué annonçant en grande pompe les "huit initiatives" du gouvernement dans la gestion du risque requin, il a tout d’abord laissé entendre que la pêche ciblée des requins tigres et bouledogues serait désormais autorisée dans la réserve marine... alors que c’était déjà le cas.

Mais surtout, le communiqué rédigé par l’équipe de George Pau-Langevin s’est de nouveau emmêlé les pinceaux sur la question de la ciguatera, mentionnant que "pour l’heure, l'interdiction de la consommation humaine doit demeurer jusqu’à ce que le risque sanitaire soit levé". Or, ce n’est pas la consommation des requins tigres et bouledogues qui est interdite à La Réunion, mais uniquement leur commercialisation...

Quand un tel niveau d’incompétence est atteint, quand le ministère en charge du risque requin méconnaît à ce point la réglementation locale au point de divulguer des informations erronées, il y a de quoi encore s’inquiéter...

Guilhem George pour www.ipreunion.com

   

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    3 Commentaire(s)

    Aterla, Posté
    Merci, Soweto pour votre commentaire. Et merci àZimaz presse. Il semble que petit à petit la vérité pointe le bout de son nez.

    Que d'argent jeté dans cette crise, avec le paradoxe que moins il y a de résultats, plus il semble qu'on y jette l'argent public.
    La departementalisation, Posté
    oui il est urgent de sortir cet arrêté à Mayotte qui n'aura pas la chance d'avoir un papa debré pour la sortir l'epoque coloniale
    Soweto, Posté
    La ciguatera encore appelée la gratte aux Antilles est due à une toxine (la ciguatoxine) qui est thermorésistante, c'est a dire qui n'est pas détruite par la chaleur de la cuisson, elle s'accumule dans l'organisme et lorsque le seuil de tolérance est dépassé qu'apparaissent les symptômes de la maladie. Aussi, lors d'un repas, certaines convives présenteront des symptômes et d'autres non.
    Ici à la Réunion, tous les investigations concernant la recherche de cette toxine se sont révélées négatives sur tous les prélèvements des requins. Autrefois, Les réunionnais les consommaient sous l'appellation de thon blanc. Aux Seychelles le requin est un plat national (le chatini de requin), On nous fait croire que la chair de requin renferme cette toxine pour permettre à certaines associations de continuer à bénéficier des subventions versées pour la surveillance de cette maladie.
    Par contre, il existe un autre danger dont personne n'en parle: l'histamine. Les intoxications histaminiques sont les premières toxi-infections alimentaires liées à la consommation de produits de la pêche, il y a eu en 2006, à la Réunion 19 personnes intoxiquées.
    Pourquoi on nous interdit la commercialisation du requin alors que dans le passé, on en vendait et en consommait (un bon cari de "pantoufilier" en massalé , demande aux vieux réunionnais le gout), il n'y arien de plus bon)
    le pantoufilier est le nom donné au petit du requin marteau.
    Illustration : Kwa Films

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