Une centaine de policiers manifeste devant le palais de justice de Saint-Denis :

Police / Justice : une mobilisation de rupture


Publié / Actualisé
Une centaine de policiers manifeste symboliquement ce mercredi 14 octobre 2015 devant le tribunal de grande instance de Saint-Denis pour soutenir l'un des leurs qui a été grièvement blessé. Ce dernier avait été la cible d'un malfaiteur en cavale, lors d'une fusillade survenue en Seine-Saint-Denis. Au-delà de cette mobilisation de soutien, les forces de l'ordre estiment être "à bout", entre la fatigue provoquée par le déploiement du plan Vigipirate et la menace d'attentats. Cette manifestation unitaire des forces de police sur l'ensemble du territoire national est considérée comme une première depuis 30 ans. Les organisations - qui interpellent directement la ministre de la Justice Christiane Taubira - dénoncent une montée des violences, un manque de moyens, mais surtout une "absence de réponses pénales." Thierry Flahaut, secrétaire national délégué de l'Unité SGP Police Force Ouvrière, explique les raisons de ce rassemblement à La Réunion qui compte environ 800 policiers.
Une centaine de policiers manifeste symboliquement ce mercredi 14 octobre 2015 devant le tribunal de grande instance de Saint-Denis pour soutenir l'un des leurs qui a été grièvement blessé. Ce dernier avait été la cible d'un malfaiteur en cavale, lors d'une fusillade survenue en Seine-Saint-Denis. Au-delà de cette mobilisation de soutien, les forces de l'ordre estiment être "à bout", entre la fatigue provoquée par le déploiement du plan Vigipirate et la menace d'attentats. Cette manifestation unitaire des forces de police sur l'ensemble du territoire national est considérée comme une première depuis 30 ans. Les organisations - qui interpellent directement la ministre de la Justice Christiane Taubira - dénoncent une montée des violences, un manque de moyens, mais surtout une "absence de réponses pénales." Thierry Flahaut, secrétaire national délégué de l'Unité SGP Police Force Ouvrière, explique les raisons de ce rassemblement à La Réunion qui compte environ 800 policiers.

Quelle est la portée de cette manifestation organisée ce mercredi ?

C'est historique. C'est une manifestation de la colère qu'on espère transformer en manifestation de la vérité. Nous exigeons de la justice des réponses quant aux dysfonctionnements constatés ces derniers temps, ce qui fait que l'un de nos collègues est aujourd'hui dans le coma

Que s'est-il passé dans cette affaire ?

Un permis de sortie a été autorisé par le dispositif judiciaire d'après incarcération. Il se trouve que cet individu dangereux qui purgeait une lourde peine s'est permis de braquer une bijouterie avec d'autres comparses. Il a été abattu par nos collègues, mais il a eu le temps de tirer deux balles dans le coup de notre collègue Yann de la Seine-Saint-Denis.

Cet homme a-t-il été libéré dans le cadre de la loi ?

Oui. Mais c'est la raison pour laquelle nous en avons marre. Nous demandons au ministre de la justice d'adapter la loi - qui est évolutive - aux faits sociétaux. Aujourd'hui, nous vivons dans une société de plus en plus violente. Il faut aussi que la loi change et évolue en même temps. La prison n'a guéri cet individu dangereux. Il n'aurait pas dû sortir parce qu'il est encore dangereux et s'est radicalisé en prison.

Les forces de l'ordre se plaignent souvent d'arrêter des personnes - souvent des jeunes - qui se retrouvent en liberté quelques heures à peine ensuite.

C'est une vérité. Aujourd'hui, la lourdeur de la procédure met nos collègues dans un état de stress permanent. Et quand une personne arrive au bout d'une chaîne pénale à être incarcéré, on s'aperçoit même qu'on leur donne un permis de sortir. Je pense que c'est un problème de fond : avons-nous dans notre société la possibilité d'incarcérer toutes les personnes qui sont interpellées pour des faits graves ?

Que proposez-vous ?

Je pense qu'il y a des dispositifs qui peuvent être substitués à ceux existants. On a un arsenal de matériels comme le bracelet électronique qui pourraient nous aider à suivre et à combattre ces fléaux. Mais ce n'est pas suivi d'effet, c'est pour cela que nous parlons de dysfonctionnement. Il y a une mauvaise coordination entre police et justice aujourd'hui qui conduit à une rupture que nous ne souhaitons pas. Nous demandons au chef du gouvernement Manuel Valls d'y remédier.

Est-ce que ces dysfonctionnements arrivent souvent à La Réunion ?

Le fonctionnement du permis de sortie n'a pas encore eu les effets constatés en métropole. Fort heureusement. Mais si nous laissons les choses en place sans anticiper, je crains que La Réunion soit concernée par le même problème dans 15 ou 20 ans. Anticiper, c'est gérer et gouverner. Ce que le gouvernement doit faire.

Qu'en est-il des personnes qui ressortent libre suite à une interpellation ?

Oui, des personnes sont remises en liberté parce qu'on estime que la prévention ou que le milieu carcéral n'est pas adapté par rapport à leur âge. Ils justifient aussi une garantie  de représentation et de localisation. De ce côté là, ce n'est pas trop gênant. Ce qui est gênant, c'est d'avoir affaire à des faits graves et que la personne ne soit jamais incarcérée. On a des gens qui se présentent au palais de justice pour être jugée, qui ont un casier avec 17 faits sans incarcération. Ce n'est pas rendre service à la société, ni au prévenu.

Qu'attendez-vous de ce rassemblement ?

Je veux simplement que nous soyons entendus et que nos gouvernants prennent la mesure du dysfonctionnement et mette en place un certain nombre de solutions avec les partenaires sociaux et les différents acteurs de la chaîne judiciaire. Il faut que l'on trouve un système qui n'amène plus ces tueries, ces vols et ces méfaits qui pourrissent la vie des citoyens au quotidien.

www.ipreunion.com

   

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