Elevage - Leucose bovine enzootique :

La Réunion exclue du droit commun sanitaire et vétérinaire


Publié / Actualisé
Le Journal Officiel du 10 octobre 2015 est porteur d'une petite révolution au travers d'un arrêté, daté du 1er octobre 2015, qui énonce : "les mesures réglementaires concernant la prévention, la surveillance et la lutte contre la leucose bovine enzootique, préalablement obligatoires sur l'ensemble du territoire national, sont désormais prévues pour l'ensemble des régions de France à l'exclusion de La Réunion...". Ce pourrait être une bonne nouvelle, c'est tout le contraire !
Le Journal Officiel du 10 octobre 2015 est porteur d'une petite révolution au travers d'un arrêté, daté du 1er octobre 2015, qui énonce : "les mesures réglementaires concernant la prévention, la surveillance et la lutte contre la leucose bovine enzootique, préalablement obligatoires sur l'ensemble du territoire national, sont désormais prévues pour l'ensemble des régions de France à l'exclusion de La Réunion...". Ce pourrait être une bonne nouvelle, c'est tout le contraire !

Depuis le 11 octobre dernier, à La Réunion, contrairement à ce qui vaut pour l’ensemble de l’Union Européenne, du territoire national, outre-mer y compris, la norme n’est pas la bonne santé du troupeau des vaches, mais la prévalence de la leucose bovine… aux frais des seuls éleveurs. Surréaliste, mais dramatiquement vrai.

La France est reconnue officiellement indemne de leucose bovine enzootique chez les bovins depuis 1999… Mais à La Réunion où la filière, par appât du gain, n’a jamais mis en œuvre de réelle prophylaxie de cette affection des bovins, avec la complicité de l’Etat et de ses services, 90% des troupeaux sont touchés et 70% des animaux sont séropositifs ; selon des chiffres datant de 2006 et qui n’ont jamais été mis à jour.

Et pour cause, depuis 2007, selon Jacques Lepetit (Sicalait), "cette maladie ne figure plus dans les priorités et il n'y a plus d'analyse LBE…". Il n’empêche que les vaches crèvent allègrement, que les 151 éleveurs laitiers réunionnais qui livraient du lait en l’an 2000 ne sont plus que 63 aujourd’hui, 88 d’entre-eux ayant été réduits à la faillite, pendant que 48 des 63 restant sont en grandes difficultés… Et que les produits laitiers et carnés issus de la production locale ne sont pas exportables. En l’occurrence, le problème ne réside pas dans l’origine de la viande, mais de la qualité des bêtes à partir desquelles elle est produite. Au prétexte fallacieux que " la leucose bovine enzootique est une maladie virale des bovins induite par un rétrovirus, non transmissible à l'homme ", on ferme les yeux sur l’état sanitaire du cheptel. Et force est de constater que si les vaches péi n’ont pas forcément le temps de déclarer les formes tumorales de la leucose, qui n’est autre qu’un cancer, leurs système immunitaire est affaibli.

Et les bêtes déclarent une litanie de maladies que le bulletin épidémiologique de Santé animale numéro 43 de juin 2011, consacré aux DOM-TOM, liste avec précision : anaplasmose bovine, babéliose bovine, maladie des muqueuses (BVD),cowdriose,coxiellose,rhinotrachéite infectieuse bovine, leptospirose, paratuberculose, leucose… La Réunion détient le record des maladies des ruminants, rien de comparable des Antilles à la Polynésie française en passant par la Guyane et la Nouvelle-Calédonie…

Ce qui n’empêche pas le gouvernement de considérer que 'l'infection par le virus de la leucose ne constitue pas un problème prioritaire pour l'élevage bovin sur ce territoire". Un avis qui s’appuie sur celui de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), laquelle estime normale la situation extraordinaire de La Réunion où 'la LBE est enzootique, avec un taux de prévalence qui serait supérieur à 70 % dans les élevages laitiers… " raison pour laquelle " depuis 2007, la Réunion a obtenu de la DGAL une dérogation aux mesures de prophylaxie applicables en métropole vis-à-vis de la LBE'.

Or deux arrêtés et un décret pris en décembre 1990 ont fixé les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective de la leucose bovine enzootique, avec pour finalité l’éradication de la leucose bovine enzootique sur la " totalité du territoire national ", La Réunion y compris.

Pseudo déclassement de la leucose en catégorie III

Et si la filière et les services de l’Etat n’ont pas appliqué cette réglementation à La Réunion avec la réussite que l’on sait, rien ne légitimait à fortiori l’instauration d’une dérogation bidon. Ce que le Tribunal Administratif de Saint-Denis a clairement établi dans sa décision du 11 décembre 2014 : "aucune disposition législative ou règlementaire ou non plus qu’aucun principe n’habilitait le Préfet de la Réunion à déroger aux dispositions de l’arrêté du 31 décembre 1990". L’arrêté du Préfet de la Réunion, n° 438 du 25 mars 2013 qui avait pour référence la soit disant dérogation de la DGAL de 2007 ayant été en conséquence annulé.

Moralité, c’est en se basant sur une 'enquête' de l’Anses, réalisée entre entre mars et juillet 2015, que le gouvernement s’est cru autorisé à exclure définitivement La Réunion du droit commun en matière de prophylaxie collective de la leucose bovine. Une manière administrativement subtile de fuir ses responsabilités en niant purement et simplement le problème. Mais l’Anses s’est contentée de recueillir à La Réunion des 'auditions de parties prenantes à la Réunion', lesquelles n’ont pas appliqué ou fait respecter les obligations légales visant à l’éradication de la LBE. Certaines des " parties " cumulent en outre les statuts de vétérinaires de filière et d’éleveurs, ou peuvent même appartenir à un même cabinet. Ainsi ont été entendus, Emmanuel Foex et Patrick Garcia, respectivement chef du service de l’alimentation et chef du pôle production primaire de la DAAF-Réunion, Frédéric Aymé et Bertrand Malivert, respectivement vétérinaire sanitaire, représentant du syndicat des vétérinaires de la Réunion et vétérinaire sanitaire, représentant du groupement technique vétérinaire, sans oublier Jean-Marc Devroye du Groupement de Défense Sanitaire du bétail de la Réunion…

Cerise sur le gâteau, aucun contradictoire n’a été pratiqué, aucun apport en termes de littérature vétérinaire récente, aucune enquête épidémiologique contrairement à ce qui avait été requis en novembre 2014 par le Directeur Général de l'Alimentation, Patrick Dehaumont et le chef du service des actions sanitaires en production primaire,Emmanuelle Soubeyran, missionnés par Georges Pau Langevin.

Seule conséquence de cette gesticulation, au-delà de l’officialisation du caractère 'normal' de l’infection généralisée à la leucose bovine et le retrait de La Réunion de l’ensemble français et européen, l’énoncé d’une nouvelle 'escroquerie' administrative doublée d’une discrimination, après la fausse dérogation de 2007… En effet, l’arrêté qui exclut La Réunion du dispositif de lutte contre la leucose bovine est pris comme prétexte pour un pseudo déclassement de la leucose en catégorie III, sur l’Ile de La Réunion exclusivement. Rien ne fonde en droit cette décision illégitime, mais elle implique le transfert de l’Etat sur le privé - les éleveurs en fait - de tous les frais induits par la prise en compte de la leucose…

www.ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Soweto, Posté
La lutte contre la LBE passe par la lutte contre les vecteurs de cette maladie et autres affections transmises par les piqures d'insectes. les vecteurs sont connus, ce sont les mouches piqueuses des bovins (Stomoxys nigra et Stomoxys calcitrans) et les acariens que sont les tiques (Amblyomma variegatum et Boophilus micriplus).
Toutes les maladies citées dans cet article ont pour vecteurs ces insectes et si on ne mène pas une lutte acharnée pour diminuer leur population, on abattra tout le cheptel de l'ile sans pour autant éradiquer les épidémies.
Ensuite, il existe un arrête qui oblige le contrôle des taureaux reproducteurs destinés à la monte publique qui n'est plus appliqué et dans lequel on demande de rechercher les maladies transmissibles par cette voie y compris la LBE.
De plus, Il faudrait qu’un jour ou l’autre nos décideurs mettent bien dans leur tète que notre ile est un milieu fermé et que toutes importations de terre, de galets, de plantes ou animaux doivent être strictement interdites parce qu’elles représentent le voie élective d’entrée des maladies souvent mortelles à la Réunion.
, Posté
et si il y a 1 ou two cas de lbe , la loi va s'inverser !
Cop21, Posté
une raison de plus pour arreter de manger des viandes rouges qui sont deja reconnues cancerigenes et moteur de deforestation massif pour ce foutu soja ogm.