Tribunal de Saint-Pierre - Affaire du foyer de l'enfance de Terre Rouge :

Embauches politiques: le procès d'un système


Publié / Actualisé
Le 2 juin prochain, le tribunal correctionnel rendra son verdict dans l'affaire du foyer de l'enfance de Terre Rouge. La présidente du conseil départemental, Nassimah Dindar, encourt 6 mois de prison avec sursis, 30 000 euros d'amende et 3 ans d'inéligibilité. Jean-Jacques Vlody, conseiller général à l'époque, encourt 4 mois de prison avec sursis, 3 ans inéligibilité et 20 000 euros d'amende. Michel Soucramanien, agent du Département, encourt 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende. Ce réquisitoire a en laissé incrédule plus d'un, à commencer par les intéressés eux-mêmes. Le jugement pourrait ainsi faire vaciller un système pratiqué à tous les niveaux, celui de l'embauche politique.
Le 2 juin prochain, le tribunal correctionnel rendra son verdict dans l'affaire du foyer de l'enfance de Terre Rouge. La présidente du conseil départemental, Nassimah Dindar, encourt 6 mois de prison avec sursis, 30 000 euros d'amende et 3 ans d'inéligibilité. Jean-Jacques Vlody, conseiller général à l'époque, encourt 4 mois de prison avec sursis, 3 ans inéligibilité et 20 000 euros d'amende. Michel Soucramanien, agent du Département, encourt 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende. Ce réquisitoire a en laissé incrédule plus d'un, à commencer par les intéressés eux-mêmes. Le jugement pourrait ainsi faire vaciller un système pratiqué à tous les niveaux, celui de l'embauche politique.

Embaucher la famille, les amis, les connaissances, voilà une pratique tout à fait classique dont bénéficient bon nombre de Réunionnais.

Si cette démarche est parfaitement tolérée dans le secteur privé (tant que cela ne glisse pas sur le terrain de la discrimination en fonction du sexe, de la couleur de la peau, de la religion etc…), cela s’apparente, dans la sphère publique, à du favoritisme condamnable, comme le montre l’affaire du foyer de l’enfance de Terre Rouge où les élus et l’administratif mis en cause sont soupçonnés d’avoir favorisé l’embauche de militants politiques.

" Les élus ont forcément quelqu’un dans leur entourage qui a besoin d’un emploi. Il leur est donc plus facile de faire embaucher cette personne dans la collectivité où ils exercent leur mandat ", explique un membre d’un cabinet d’une collectivité locale qui confirme que c’est une pratique tout à fait " classique " et " généralisée " dans le monde politique local et même national.

Les exemples de "fils de….", "neveu de….", "cousin de...", "épouse de…" bien placés et grassement payés ne manquent pas dans nos collectivités péi sans compter le nombre impressionnant de militants qui intègrent une collectivité une fois le temps des élections passé. Une démarche qui n’émeut guère ce responsable d’un parti politique local. "Avec 30% de chômage à La Réunion, tout le monde sait que les élus, à travers les embauches dans les collectivités, jouent un rôle d’amortisseur social. Remettre ce travail en cause, ce serait favoriser les conditions d’une explosion sociale et sociétale" lâche cet élu en toute franchise.

C’est, en somme, ce travail de "proximité" qu’a mis en avant Jean-Jacques Vlody pour se défendre. "Nous avons un rôle de tampon social, dans l’accompagnement à l’emploi et pour les démarches administratives" résumait l’ancien conseiller général et actuel député de La Réunion à la sortie du premier jour de procès.

"On franchit une limite lorsque le système est verrouillé, et que les gens n’arrivent à trouver un emploi que par le biais des élus et parce que l’on gravite dans le cercle politique de ces élus", rétorquait ainsi le procureur de la République, Laurent Zuchowicz dans son réquisitoire.

Un coup d'épée dans l'eau

Le procureur met, de fait, le doigt sur un système pourtant connu de tous, qui existe de tout temps, à tous les niveaux, de la plus petite mairie au plus haut sommet de l’Etat.

Tous les Présidents de la République ont par exemple usé de leur pouvoir d’élu pour nommer des proches politiques ou des membres de la famille à des postes stratégiques : Jack Lang à l’Institut du Monde Arabe pour François Hollande, ou Claude Chirac, fille de Jacques Chirac, qui accompagna son père durant ses deux mandats par exemple.

Si cette pratique est ainsi tolérée, pourquoi, dans ce cas, mettre le feu des projecteurs sur ces embauches du foyer de l’enfance de Terre Rouge ? "J’ai entendu qu’on attendait une jurisprudence en la matière à La Réunion" a déclaré Nassimah Dindar à la sortie du procès.

Si cela se confirme, reste à voir si la justice osera mettre un coup de pied dans toute la fourmilière avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir pour tous les partis politiques, toutes les collectivités locales au niveau local et même national.

Dans le cas contraire, ce procès se résumera en un coup d’épée dans l’eau et sera forcement perçu dans l'opinion comme une volonté de sévir uniquement contre certains élus. Puis, cela n’empêchera pas certaines personnalités à continuer à se comporter en baron, à l’image d’un Cyrille Hamilcaro qui, dans une interview accordée au Journal de l’Ile de vendredi, se qualifie de "patron politique" de Saint-Louis alors qu’il est sous le coup d’une peine d’inéligibilité et d'une peine de prison avec sursis prononcée à son encontre dans une affaire de recel et d'escroquerie.

Une chose est sûre, le jugement du 2 juin procès sera scruté avec beaucoup d’attention. Car au-delà de l’avenir politique des élus présents à la barre du tribunal correctionnel de Saint-Pierre, se joue certainement l’avenir d’un système connu de tous mais jusque-là ouvertement pratiqué et toléré…

www.ipreunion.com

 

   

3 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
Pas un mot pour les enfants!
Cette dame est pitoyable, je le savais déjà depuis l'ARAST, un cran de plus
Wilika, Posté
Il me semble que dans le cas du foyer de Terre-Rouge, on dépasse largement le cadre du favoritisme de proches. C'est effectivement normal qu'un employeur (privé ou public) privilégie un proche (une personne de confiance) - A LA CONDITION que ce proche ait les mêmes compétences que ses concurrents. Le problème c'est quand le favoritisme prime sur les compétences. D'ailleurs, dans le cas du foyer de Terre-rouge, il semblerait que du personnel compétent ait été jeté à la rue pour être remplacé par des personnes incompétentes et là, si cela se confirme, on dépasse le simple "coup de pouce" d'autant que la structure a (avait) la mission délicate d'encadrer une jeunesse "particulière"...
Désenchantée , Posté
Et les pistonnés sans diplômes qu'on case en défaveur des diplômés ??? C'est normal aussi ça ?!