Météo - Faible activité cyclonique :

Il n'y a pas de cyclone c'est la faute à El Niño


Publié / Actualisé
L'activité cyclonique très calme cette année n'entrera pas dans les records. Pourtant, aucune alerte n'a été enregistrée et un seul système est réellement passé à proximité de l'île. Le phénomène El Niño, "parmi les trois plus puissants de ces 40 dernières années", comme le souligne le prévisionniste de Météo France Philippe Caroff, explique en partie cette faible activité. (Photo d'archives)
L'activité cyclonique très calme cette année n'entrera pas dans les records. Pourtant, aucune alerte n'a été enregistrée et un seul système est réellement passé à proximité de l'île. Le phénomène El Niño, "parmi les trois plus puissants de ces 40 dernières années", comme le souligne le prévisionniste de Météo France Philippe Caroff, explique en partie cette faible activité. (Photo d'archives)

“La saison cyclonique 2015/2016 ne sera pas dans les records, on a déjà fait beaucoup plus calme”, assure Philippe Caroff, prévisionniste à Météo France. Ainsi, sur l’ensemble de la zone océan indien, les saisons 1982/1983 et 2010/2011 ont été encore moins actives, affirme-t-il. Il reconnaît toutefois que “selon toute vraisemblance, 2015/2016 sera moins active que la normale mais il n’est pas encore possible de faire de bilan”. La saison se terminant fin mai, Philippe Caroff assure que tout est encore possible, même si les possibilités diminuent de jour en jour. En effet, à La Réunion, seuls deux cyclones ont frappé après le mois de mars. Les 10 et 11 avril 1944 un météore renverse le train en gare de Saint-Denis, détruit routes, maisons et voies ferrées sur la côte au vent. Le bilan est de  13 morts et de 6 000 sans abris. L'année suivante quasiment à la date anniversaire, les 6 et 7 avril 1945  un cyclone avec des vents dépassant les 200 km/h s'abat sur l'île provoquant la mort de 13 personnes et d'énormes dégâts.

Cette saison 2015/2016, un seul phénomène cyclonique, baptisé Daya, s’est réellement approché de nos côtes, dont l’intensité était si faible qu’il n’a engendré aucune alerte cyclonique ni aucune incidence directe sur le climat. Madagascar non plus n’a connu aucun système ni sur la côte est ni dans le canal du Mozambique, “c’est plutôt remarquable”, note quand même le prévisionniste.

Absence des alizés

Bien que les causes soient complexes, comme le souligne Philippe Caroff, l’une des explications du calme de cette saison est à trouver dans l’intensité du phénomène El Niño. “Le phénomène de cette année fait partie des trois plus puissants de ces quarante dernières années, indique le prévisionniste. Par le passé, les phénomènes comparables ont correspondu aux années les moins actives au niveau cyclonique.”

Les scientifiques s’attendaient cette année à une saison moins active, “pas forcément en nombre de systèmes cycloniques mais en terme de jours d’activité ou en énergie cumulée des systèmes”. Ainsi, une saison cyclonique que l’on pourrait qualifier de normale enregistre en moyenne 9 phénomènes. “Nous n’en sommes pas loin puisque nous en sommes à 6 ou 7, note Philippe Caroff. Mais trois voire quatre d’entre eux ont été baptisés alors qu’ils ont à peine atteint le stade de tempête modérée”.

Les phénomènes locaux, c’est-à-dire ce qu’il se passe dans la zone océan indien, peuvent aussi jouer sur l’évolution des systèmes cycloniques chez nous. Ainsi, “la ligne d’alizées, le champs de température de la mer, la circulation atmosphérique peuvent moduler dans un sens ou un autre l’activité cyclonique”, précise Philippe Caroff. Cette année, la quasi absence d'alizés, qui s’explique en partie par la présence du phénomène El Niño, joue sur les couloirs de circulation empruntés. “On s’attendait à des trajectoires axées Nord-Sud moins dangereuses, poursuit le prévisionniste. L’absence d’anticyclones au sud des Mascareignes a tendance à faire descendre les systèmes cycloniques, alors que lorsqu’ils sont présents, ceux-ci suivent plutôt une trajectoire Est-Ouest.”

Des cyclones dévastateurs

Même si “on ne peut rien exclure” pour les deux mois qui restent, la saison 2015/2016 pourrait bien ne pas rester inscrite dans la mémoire collective réunionnaise comme d’autres l’ont été.

On se souvient des dégâts causés par le violent cyclone de 1948, qui ont marqué les gramounes, alors que les prévisions météorologiques n’existaient pas encore. Le météore s'était abattu sur l'île le 26 et 27 janvier et avait provoqué la mort de 165 personnes. On estime que les rafales de vents ont dépassé les 300 kilomètres à l'heure.

En 1962, le cyclone Jenny, baptisé, n'avait pourtant quasiment pas été annoncé et avait pris les Réunionnais par surprise alors qu'ils se trouvaient au travail ou dans les magasins. Le bilan était lourd : 37 morts et 150 blessés.

On garde aussi en mémoire, Hyacinthe qui entre le 18 et le 27 janvier 1980 est passé trois fois à proximité de La Réunion se renforçant à chque fois en passant du stade de faible perturbation à celui de cyclone. 25 personnes ont été tuées. Marqués également dans les mémoires, le cyclone Firinga le 29 janvier 1989 (2 morts, 3 disparus, 52 blessés, d'énormes dégats notamment dans le sud), le cyclone intense Dina qui passe sur l'île le 22 janvier 2002 avec des rafales de vents allant de 180 à 250 km/h, ou encore le cyclone Gamède qui le 25 février 2007 qui tue deux personnes et fait tomber le plus récent pont de la rivière Saint-Etienne.

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