Disparition :

Siné, grande gueule de talent, figure du dessin satirique


Publié / Actualisé
Grande gueule talentueuse, caricaturiste provocateur, Siné, décédé jeudi à l'âge de 87 ans, était connu pour ses dessins décapants dans Charlie Hebdo dont il fut une figure historique, avant d'être écarté du journal pour des accusations d'antisémitisme.
Grande gueule talentueuse, caricaturiste provocateur, Siné, décédé jeudi à l'âge de 87 ans, était connu pour ses dessins décapants dans Charlie Hebdo dont il fut une figure historique, avant d'être écarté du journal pour des accusations d'antisémitisme.

Ce teigneux à la mauvaise foi assumée, cet ennemi de l'"horripilant politiquement correct", ce gavroche à bouille ronde, cheveux blancs et lunettes, tirait à boulets rouges sur tous les "cons", innombrables à ses yeux.

Anar, Siné? "Je crois pas mériter ce titre, c'est trop beau. J'ai flirté avec le communisme, les trotskistes, j'ai même été pro-Mao. Si j'avais été plus jeune, j'aurais été stalinien. Moi, (ce qui me motive) c'est plutôt le fait de pas être d'accord, en rien". Quans ses dessins choquaient, il jubilait...
Maurice Sinet naît le 31 décembre 1928 à Ménilmontant.

Il porte le nom du mari de sa mère, qui n'est pas son père naturel. Il entre à l'école Estienne pour y étudier le dessin et la maquette, tout en poussant la chansonnette. Son premier dessin paraît en 1952 dans "France-Dimanche". Trois ans plus tard, il reçoit le grand prix de l'humour noir pour son recueil "Complainte sans paroles".

En 1959, il dessine ses premiers chats (chat-rogne avec sa queue en matraque, chat-terton enrubanné comme une momie etc). Grâce à eux, ce passionné de jazz gagne beaucoup d'argent. L'album, "Les chats de Siné", en 1997, a été préfacé par l'écrivain Umberto Eco.
Il rejoint "L'Express". En pleine guerre d'Algérie, il tape sur tout, le colonialisme, de Gaulle, les religions... Les plaintes affluent, il n'en a cure.

Proche de Jacques Vergès, alors avocat du FLN, il quitte l'hebdomadaire en 1962 pour créer son propre journal "Siné Massacre": "7 numéros, 9 procès". En 1968, il fonde l'éphémère "L'Enragé", d'orientation gauchiste, avec Jean-Jacques Pauvert.

En 1974, Siné intègre la première équipe de Charlie. "Au début, ce n'était pas trop mon truc. Pas assez politique. Moi, je suis prolo, j'aime pas qu'on se foute de leur gueule". Mais il y trouve ses marques, adore Reiser, Cavanna, Wolinski, Caster, Gébé, Willem. En 1981, il passe à "L'Evénement du Jeudi".

Plainte contre BHL

En 1992, c'est le retour à Charlie. Tout cela sans cesser de publier dans diverses publications et, "sans états d'âme", pour la publicité.
En 2004, Siné participe au comité de soutien à la liste Euro-Palestine de Dieudonné, à la fureur de ses amis.

Taxé d'antisémitisme, ce qu'il réfutait, il est écarté en 2008 de Charlie Hebdo par le directeur de la publication Philippe Val. L'affaire, qui fit grand bruit, était partie d'une chronique sur le fils du président: il ironisait sur la conversion éventuelle de Jean Sarkozy au judaïsme avant son mariage avec la fille du fondateur des magasins Darty.

En 2010, Charlie Hebdo a été condamné pour avoir rompu abusivement le contrat qui la liait avec le caricaturiste.

Après, l'auteur, entre autres, de "Ma vie, mon oeuvre, mon cul!", mémoires en sept volumes, fonde "Siné Hebdo" mais le magazine ferme rapidement. En 2011, infatigable aventurier de la presse, en dépit d'ennuis de santé, il lance "Siné Mensuel", qui écoule en moyenne 15.000 exemplaires chaque mois. En difficultés financières, le journal, codirigé par sa femme Catherine, a dû lancer plusieurs appels aux dons.

Sur le site de la revue, Siné racontait avec culot depuis des mois ses déboires de grand malade.
"L'affaire Siné" a plusieurs fois resurgi: en février, le dessinateur avait porté plainte en diffamation contre Le Point et le philosophe Bernard-Henri-Lévy, qui avaient à nouveau évoqué son éviction de Charlie Hebdo, afin de protester contre leurs accusations d'antisémitisme.

"Monsieur Siné peut raconter ce qu'il veut et faire tous les procès du monde. Rien n'effacera la honte des propos tenus, en 2008, sur la +fiancée juive+ du fils de Sarkozy", avait répondu Bernard-Henri Lévy.

En 2004, sa maison en Corse avait été détruite à l'explosif: "Je m'entendais pourtant bien avec les gens, ça m'a filé un coup de vieux".

Par Philippe SIUBERSKI - © 2016 AFP

   

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