Danger sismique :

Avec plus de 1 400 séismes en un mois, la population de Mayotte vit dans l'angoisse


Publié / Actualisé
France Mayotte matin annonce que " dans la nuit de mercredi 13 juin, deux secousses ont réveillé de nombreux dormeurs à 1h02 avec une magnitude 4.0 et une dernière à 3h33 à 4.3. La localisation donnée hier soir faisait état d'un déplacement de l'épicentre vers le Sud ". A Mayotte, depuis le 10 mai 2018, la population vit dans l'angoisse depuis qu'un phénomène de séismes en essaim sévit, provoquant jusqu'à des dizaines de secousses telluriques par jour. Pour mieux comprendre le phénomène sismique, le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) a élaboré une foire de questions (voir ci-dessous). Cet essaim de séismes inquiète les habitants, la Préfecture de Mayotte a mis en place un numéro d'appel.
France Mayotte matin annonce que " dans la nuit de mercredi 13 juin, deux secousses ont réveillé de nombreux dormeurs à 1h02 avec une magnitude 4.0 et une dernière à 3h33 à 4.3. La localisation donnée hier soir faisait état d'un déplacement de l'épicentre vers le Sud ". A Mayotte, depuis le 10 mai 2018, la population vit dans l'angoisse depuis qu'un phénomène de séismes en essaim sévit, provoquant jusqu'à des dizaines de secousses telluriques par jour. Pour mieux comprendre le phénomène sismique, le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) a élaboré une foire de questions (voir ci-dessous). Cet essaim de séismes inquiète les habitants, la Préfecture de Mayotte a mis en place un numéro d'appel.

Une habitante de Mamoudzou a dû quitter sa chambre, lézardée par des fissures de plusieurs mètres et qui laissent passer le jour. "C'est l'angoisse, je ne dors pas tellement", témoigne-t-elle auprès de l'AFP, racontant que sa mère, âgée de 80 ans, est depuis "très agitée". Sa belle-fille, Bridget, renchérit : "Si ça s'arrêtait, on pourrait souffler un peu".

Plus de 1 400 séismes

Depuis le 10 mai, la préfecture de Mayotte a comptabilisé plus de 1 400 secousses dont plus de 20 de magnitude supérieure à 5 et plus de 140 de magnitude supérieure à 4, avec des pics comme le 4 juin où 25 séismes de magnitude supérieure à 4 ont été enregistrés en 24 heures. Le 15 mai, la plus forte secousse jamais recensée dans l'île a été enregistrée à une magnitude de 5,8.

En cause : une activité tectonique avec "une composante volcanique potentielle", à l'origine de secousses dont l'épicentre est situé à environ 50 km à l'est de Mamoudzou, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Cette activité déclenche un phénomène "inédit" sur ce territoire jusqu'ici classé en niveau 3 de sismicité (modérée ): des séismes multiples et "imprévisibles", comme l'a rappelé le lieutenant-colonel Galichet, de la sécurité civile au ministère de l'Intérieur, lors d'une réunion début juin.

"La durée de l'essaim est impossible à prévoir", confirme le BRGM sur son site. Une caractéristique qui n'est pas de nature à rassurer les populations, d'autant qu'il n'est "pas possible d'exclure qu'un séisme de magnitude supérieure à celles déjà observées se produise". "Malheureusement, on est dans l'inconnu", reconnaît le directeur du BRGM à Mayotte qui note qu'un essaim de séismes qui s'inscrit dans la durée "avec de telles magnitudes, c'est rare".

"Psychose" générale

Les premiers jours, plusieurs centaines d'habitants ont quitté leur logement pour dormir dans la rue, comme Nissoiti, qui se demande "si les maisons vont tomber" et qui est prête à quitter temporairement l'île pour rentrer aux Comores, affirme-t-elle à l'AFP.


Une "psychose", selon les mots du directeur de l'Union départementale des associations familiales (UDAF), qui a poussé la préfecture à renforcer sa communication et l'Agence régionale de santé (ARS) à envisager la mise en place d'une cellule psychologique au sein de l'hôpital. Depuis le début de la crise, une quinzaine de personnes ont mobilisé les secours, pour "des crises d'angoisse" et des chutes dans les escaliers, rapporte Geneviève Dennetiere, médecin à l'ARS. Après chaque séisme, le SAMU reçoit une dizaine d'appels "de gens paniqués", ajoute-t-elle.

Un numéro d'appel 

La préfecture a annoncé jeudi la mise en place d'un numéro d'appel pour "la prise en charge des angoisses et troubles psychologiques générés par les séismes". Une équipe de professionnels de santé spécialisés assure la réponse téléphonique. "Ça peut durer quelques mois voire plus que quelques mois (...) Il faut s'habituer à vivre avec ça", préconise le lieutenant-colonel Galichet, insistant sur l'importance de "surveiller le bâti".


Une mission du groupe d'intervention macrosismique, actuellement sur le territoire, a pour "objectif d'estimer les niveaux des dommages" en se rendant dans les 17 communes de l'île, explique la préfecture. Elle rendra un rapport à la commission interministérielle chargée de se prononcer sur le classement éventuel en catastrophe naturelle. "Un certain nombre de bâtis ou de structures ont été dégradés" chez les particuliers et dans le domaine public, admet la préfecture de Mayotte qui ne dispose pas encore d'assez d'éléments pour dresser un état des lieux des dégâts matériels. Cependant, dix familles ont été évacuées et relogées depuis le début de la crise sismique, indique-t-elle.


Du côté des établissements scolaires, des experts ont visité plus d'une dizaine de bâtiments du second degré, a déclaré le vice-rectorat de Mayotte à l'AFP. Plus d'une dizaine de salles de trois collèges ont été fermées "par précaution", certaines salles ont été étayées et deux étages d'un collège ont été "condamnés". Dans certains établissements, des horaires aménagés ont été mis en place afin que les élèves puissent continuer à avoir cours.

 

- Pour mieux comprendre le phénoméne sismique : questions-réponses avec le Bureau de recherches géologiques et minières -


Pourquoi a-t-on ressenti plus fort alors que la magnitude reste modérée ?




Le ressenti dépend à la fois des caractéristiques du séisme, de ses effets à l’endroit où on se trouve et de facteurs personnels. Plus précisément les facteurs suivants interviennent :


• le mécanisme de rupture à la source : à magnitude égale, on peut avoir des amplitudes d’ondes plus fortes dans la direction de la rupture (comparable à l’effet Doppler). Dans l’essaim, il se pourrait que différents types de ruptures se soient produites. Cela pourra être étudié ultérieurement ;


• l’effet de la propagation des ondes, qui peut avoir des hétérogénéités spatiales (différence de perception Nord-Sud connue aux Antilles) : cet effet n’est pas documenté à Mayotte ;


• les effets de site locaux qui amplifient les mouvements du sol : en fonction de la topographie ou de la nature des sols. Ces effets sont connus et documentés à Mayotte ;
• les effets liés au bâtiment dans lequel la personne se trouve : amplification en fonction des étages, réponse du bâtiment et du mobilier ;


• les facteurs personnels : il est reconnu que la perception est différente d’une personne à l’autre ou pour une même personne en fonction des conditions : jour/nuit, état émotionnel, activité, etc.



Qu’est ce qu’un essaim de séismes ?



Un essaim de séismes correspond à de multiples séismes survenant dans une zone délimitée sur une période de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, par opposition à la configuration habituelle d’une secousse principales suivie de répliques. La notion d’essaim ne permet pas en tant que telle de caractériser la magnitude ou la durée des évènements.




Faut-il craindre la naissance d’un volcan ?



Des éruptions volcaniques ou la formation de dykes (remontée de lave ou roche magmatique le long d’une fracture) ont déjà été observées à la suite de séismes en essaim, mais cela n’est pas systématique.
 À ce stade, une origine, volcano-tectonique pour cette crise est une des hypothèses de travail envisagée par les acteurs scientifiques. Mais ce n’est pas la seule cause envisagée. L’origine tectonique est avérée car des mécanismes au foyer ont été décrits et la composante volcanique potentielle pourra être étudiée grâce à l’enrichissement du réseau d’observation.
 En cas d’éruption dans la zone l’essaim, situé à 50 km des terres et sous la mer, il n’est pas pour le moment envisagé d’impact significatif à Mayotte.



Un tsunami peut-il se produire ?


Pour qu’un tsunami se produise suite à un séisme, il faut des secousses fortes, typiquement des magnitudes supérieures à 6,5, associées à un mouvement vertical du plancher océanique lié à la rupture pour provoquer la formation de vagues. Ces conditions ne sont a priori pas réunies à Mayotte dans la mesure où les séismes observés semblent générer essentiellement des mouvements horizontaux (failles rompues dites en décrochement).


Les tsunamis peuvent aussi survenir à cause de glissements de terrain sous-marins, qui peuvent être déstabilisés par les séismes. Certains événements sismiques du type de ceux observés actuellement ont généré des tsunamis modérés dans d’autres régions du globe qui présenteraient de fortes pentes du fond marin, mais ils étaient associés à de plus fortes magnitudes.
En outre, les configurations des fonds marins au large de Mayotte ne favorisent pas l’amplification d’éventuelles ondes de tsunamis (grâce à l’augmentation brutale de la profondeur de l’eau après la barrière de corail).



Lire aussi : Mayotte tremble mais ne sait pas pourquoi 



- Renfort du soutien psychologique -


Les séismes qui touchent à répétition l’île de Mayotte depuis le 10 mai, ont entrainé des réactions d’inquiétude au sein de la population. La préfecture de Mayotte diffuse un communiqué de presse sur la mise en place d’un numéro d’appel : 02 69 64 71 48


www.ipreunion.com avec l'AFP

   

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