En agronomie et en pharmacologie :

Le café, un pôle de recherches d'intérêt mondial à La Réunion


Publié / Actualisé
Thierry Joët, chercheur biologiste à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a terminé le 11 octobre 2018 une mission de deux mois à la Réunion. L'objet des travaux ? La diversité des caféiers et leur adaptation aux facteurs environnementaux . Les travaux de cette année ont notamment porté sur l'exploitation du modèle caféier, dans sa diversité, comme exemple des leviers possibles pour conserver plus longtemps les graines tropicales. Au coeur de ces travaux, une collection de caféiers d'intérêt mondial, hébergée depuis 10 ans à Bassin Martin (Saint-Pierre) en collaboration avec le CIRAD. Installée sur un hectare, cette collection de caféiers regroupe plus de 35 espèces originaires d'Afrique et de l'Océan Indien, collectées entre les années 60 et 80. Dont la seule variété de caféier endémique de La Réunion : Coffea mauritiana, une plante inscrite à la pharmacopée française depuis 2013.
Thierry Joët, chercheur biologiste à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a terminé le 11 octobre 2018 une mission de deux mois à la Réunion. L'objet des travaux ? La diversité des caféiers et leur adaptation aux facteurs environnementaux . Les travaux de cette année ont notamment porté sur l'exploitation du modèle caféier, dans sa diversité, comme exemple des leviers possibles pour conserver plus longtemps les graines tropicales. Au coeur de ces travaux, une collection de caféiers d'intérêt mondial, hébergée depuis 10 ans à Bassin Martin (Saint-Pierre) en collaboration avec le CIRAD. Installée sur un hectare, cette collection de caféiers regroupe plus de 35 espèces originaires d'Afrique et de l'Océan Indien, collectées entre les années 60 et 80. Dont la seule variété de caféier endémique de La Réunion : Coffea mauritiana, une plante inscrite à la pharmacopée française depuis 2013.

 Quand on dit café(iers), les amateurs de cette boissonaromatique énergisante se lèchent les babines par anticipation. Mais tous lescaféiers ne produisent pas des graines pour charmer les fins palais. Ainsi enva-t-il de l’espèce endémique des Mascareignes et largement présent dans les forêts réunionaises, Coffea Mauritania.

Les graines de ce caféier, inscrit à la pharmacopée française, dégagent une importante amertume : "Imbuvable", analyse Thierry Joët. Ce chercheur biologiste, lors d'une précédente étude, avait travaillé sur le Bourbon Pointu, une variété de caféier Arabica cultivé dont la réputation gastronomique n'est plus à faire. Il s’agissait alors d’étudier la synthèse des composés majeurs précurseurs d’arômes, principalement les composés dits "de réserve ", qui permettent à la graine de café de germer.

Influencés par l’environnement, ces composés vont interagir entre eux après la récolte et s’exprimer lors de la torréfaction des grains. " Améliorer la connaissance de ces composés et de leur synthèse permettra la mise en place de programmes d'amélioration variétale, orientés non plus vers le rendement, ou vers la lutte contre les maladies et ravageurs, mais vers la qualité du produit final, qui devient un outil de développement économique ", explique Thierry Joët. Autrement dit, comment mieux régaler les amateurs de café arabica.

Comprendre les raisons qui poussent la graine à s'assécher vite

En revanche, les études menées en 2018 par le biologiste de l'IRD adoptent un axe totalement différent. Il s'agissait notamment d'étudier la maturation des graines de différentes espèces de caféiers qui, comme la plupart des graines d’arbres tropicaux, sont sensibles à la dessiccation, c’est à dire à un assèchement complet. " En conséquence, ces graines ne peuvent pas être conservées au-delà de quelques mois ", souligne lechercheur.

Il faut donc identifier les raisons qui conduisent à cette sensibilité à la dessiccation : " Nous cherchons à comprendre les secrets de leur faible longévité. Une fois cela compris, nous verrons comment optimiser les méthodes de stockage, donc permettre une meilleure conservation des graines ". Et de toutes les graines tropicales (thé, palmier,cacao...) sujettes à la même sensibilité.

La biologie végétale est un univers assez opaque pour qui n’en possède pas les clés, mais en gros, ce qui sous-tend l’étude, c’est que dans la variété Coffea il existe une grande diversité d’espèces qui ne présentent pas toutes la même sensibilité à la dessiccation. " Cela permet des approches comparatives et l’identification de familles de gènes qui font pivoter la sensibilité ou la tolérance à la dessiccation. Une fois les gènes et processus identifiés, on peut envisager des applications technologiques pour favoriser une meilleure conservation des graines. " Un résultat que les producteurs de plantes tropicales variées attendent avec une certaine impatience, on l’imagine bien.

Le café au coeur de la recherche pharmaceutique

Mais Coffea mauritania, aussi appelé café marron, intéresse également la science pour ses vertus médicinales. On sait déjà depuis un moment que la plante a desvertus diurétiques par voie interne et une action anti-inflammatoire par voie externe, ce qui lui vaut d’ailleurs son inscription à la pharmacopée française." Cette plante présente des propriétés intéressantes mais on ne connaît pas les molécules actives ", souligne Thierry Joët. L’une des étapes de l’étude en cours, coordonnée par le CYROI, devrait permettre de décrire la diversité chimique de cette espèce et d’identifier les composés impliqués. In fine, ces molécules pourraient intéresser les industries pharmaceutiques. Le but de ce travail au long cours étant d’ouvrir des perspectives économiques prometteuses à partir de la biodiversité végétale réunionnaise.

Optimiser la gestion des espèces

En parallèle, l'IRD travaille sur une collection de caféiers d'intérêt mondial. Oui, ici à La Réunion. En effet, le CIRAD accueille depuis 10 ans une collection de caféiers sauvages à Bassin Martin, à côté de Saint-Pierre, à but de recherche, dans le cadre d’un programme initialement soutenu par la Région et l’Union Européene. Installée sur un hectare, cette collection de caféiers regroupe plus de 35 espèces originaires d’Afrique et de l’Océan Indien, collectées entre les années 60 et 80.

Dans le cadre d’un projet Feder, les chercheurs de l'IRD utilisent Coffea mauritiana pour modéliser un système de caféiers subissant de grandes variations climatiques sur des faibles distances. " En analysant ce qui, dans le patrimoine génétique de ce caféier endémique, permet de piloter l'adaptation aux conditions locales, on comprend mieux son évolution passée et son potentiel d’adaptation aux changements climatiques en cours ", conclut Thierry Joët.
Ces nouvelles connaissances devraient faciliter la gestion de la biodiversité, en intégrant des connaissances liées à la diversité génétique.

ml/www.ipreunion.com
 

   

1 Commentaire(s)

PsY, Posté
La Reunion peut etre un vrai laboratoire d excellence pour la recherche,
Café, canne à sucre, curcuma( safran...) et bien d autres plantes endemiques encore inconnues...
Le caféBourbon et les cafés' Péi', il n y a aucun doute vecteur economique à trés fort potentiel pour la Reunion,

Bravo, continuez vos recherches,le chemin sera long , trés long mais les récoltes semblent si fructueuses au final...✌
Le café