Le monde de la nuit s'adapte :

Les discothèques reprennent du service, sans piste de danse


Publié / Actualisé
Si la plupart des commerces ont pu rouvrir leurs portes, du côté des boîtes de nuit, le Covid-19 perturbe toujours les activités. Les pistes de danse restent désespérément fermées et aucune date n'a été annoncée pour leur réouverture. Pour autant, pas question de rester totalement inactifs : certaines discothèques ont troqué le dancefloor pour des tables et se sont reconverties en bar le temps de pouvoir reprendre leurs activités d'origine.
Si la plupart des commerces ont pu rouvrir leurs portes, du côté des boîtes de nuit, le Covid-19 perturbe toujours les activités. Les pistes de danse restent désespérément fermées et aucune date n'a été annoncée pour leur réouverture. Pour autant, pas question de rester totalement inactifs : certaines discothèques ont troqué le dancefloor pour des tables et se sont reconverties en bar le temps de pouvoir reprendre leurs activités d'origine.

"Pouvoir rouvrir partiellement a été un grand soulagement, mais on ne peut pas nier l'impact qu'a toujours le Covid-19 sur nos entreprises" explique Ludovic, gérant de l'Empire Club, à Saint-Gilles. Si son activité a pu partiellement reprendre, la capacité d'accueil, mais aussi les horaires d'ouverture sont encore à frein à une reprise totale.

"Avant la crise, nous étions ouverts jusqu'à cinq heures, parfois même sept. Aujourd'hui, tout le monde ferme à deux heures du matin. Forcément, cela a un impact énorme sur nos finances" continue le gérant de la boite de nuit, recyclée en bar en attendant le feu du gouvernement pour rouvrir les pistes de danse.

Malheureusement, cette réouverture n'a toujours aucune date. "Tout ce qu'on sait, c'est que ça n'arrivera pas avant octobre" regrette Ludovic. En attendant, l'établissement a été réaménagé, et la piste de danse a été remplacée par une salle avec tables pour accueillir le public.

"C'est agréable d'enfin pouvoir ressortir, reprofiter de la vie nocturne, mais les soirées qui durent jusqu'au petit matin me manquent, il faut bien l'avouer" explique Yann, jeune étudiant de 23 ans. Habitué des boites de nuit, en particulier à Saint-Gilles, il faisait le trajet de Saint-Denis dans l'ouest et terminait ses virées sur la plage.

"On est tous pressés de pouvoir reprendre une vie normale, mais même lorsque ça rouvrira entièrement, je ne sais pas comment ça va se passer : est-ce qu'il faudra porter des masques même en dansant ? L'idée n'est pas particulièrement attirante" avoue-t-il. Pour pallier l'absence de dancefloor, il explique se rendre de temps en temps en free party - des soirées illégales organisées régulièrement dans des lieux isolés de l'île. En dehors de tout cadre légal, les règlementations sanitaires ne s'appliquent pas. "Ce n'est pas le même genre de musique, ni de public, donc ça ne remplace pas totalement les discothèques" souligne Yann.

- Des dérogations renouvelables tous les 15 jours -

Cette interdiction pose question, alors que les bars ont pu reprendre leurs activités en juin dernier. Bars comme boîtes de nuits servent de l'alcool, passent de la musique, et accueillent une foule de personnes. Des concerts sont régulièrement organisés dans les bars réunionnais depuis la réouverture. Alors pourquoi cette différence de traitement concernant les dancefloor ?

Les bars et les discothèques ne font partie de la même catégorie d'Établissements recevant du public (ERP). Les premiers sont de la catégorie "N", comme les restaurants et cafés, et les seconds de la catégorie "P". Dans le décret publié par le gouvernement en mai dernier, les catégories P ne font pas partie des ERP autorisés à rouvrir.

Pour aider à la reprise d'activité, il reste cependant possible pour les établissements de la catégorie N de soumettre une demande de dérogation à la préfecture. Cette dernière doit être renouvelée tous les 15 jours, et permet de reprendre une activité partielle.

Cette dérogation a des limites. Elle impose aux établissements de réaménager les locaux pour respecter les distanciations physiques. Les horaires de fermeture sont aussi bridés : à Saint-Gilles par exemple, haut lieu de la vie nocturne chez les jeunes, tout le monde doit fermer à deux heures du matin.

"En plus des pertes économiques cela créé aussi des mouvements de foule au moment de la fermeture : en temps habituel, les départs sont étalés toute la nuit, alors que maintenant tout le monde sort en même temps" souligne le gérant de l'Empire Club.

Cela a d'ailleurs été observé ces derniers week-end : des centaines de jeunes finissent rassemblées à la sortie des bars, notamment à Saint-Gilles. "Evidemment, ça ne plait pas vraiment au voisinage" admet Ludovic.

- Respecter les gestes barrières -

S'agissant du côté sanitaire, bars ou boîtes de nuit, l'important reste la distanciation physique. Ce qui n'est pas forcément chose aisée à faire respecter, notamment avec des personnes alcoolisées. "La bonne nouvelle, c'est que les gens s'habituent de plus en plus à porter leur masque, c'est moins difficile qu'au début pour faire respecter les règles" se réjouit Ludovic.

Du point de vue médical, la difficulté principale reste les milieux fermés. "Que ce soit un bar ou une boîte nuit, le fait que ce soit un lieu fermé augmente forcément la vitesse de propagation du virus" explique Alain Domercq, président du conseil interrégional de l'Ordre des médecins.

"Ce n'est pas à nous de dire si les discothèques doivent rouvrir ou pas, par contre il est de notre devoir de rappeler qu'en milieu fermé, le nombre de personnes doit être limité et les règles sanitaires respectées" continue-t-il. Et même si la circulation du virus est aujourd'hui très faible à La Réunion, Alain Domercq insiste sur la nécessité de respecter ces règles. "C'est parce qu'on respecte ces règles que la circulation pourra rester limitée" alerte-t-il.

Des distanciations physiques qui ne sont pas forcément respectées, que ce soit en bar ou en boite de nuit reconvertie. Il suffit de jeter un oeil dans les différents établissements de l'île pour le remarquer. "On peut assister à des concerts, des DJ sont souvent présents dans les bars, au final on se retrouve à danser devant la scène, sans distance : est-ce que ça change vraiment quelque chose à une boîte de nuit ?" s'interrogent de nombreux usagers habitués du quartier de la cathédrale, à Saint-Denis, où les établissements sont priés de fermer leurs portes à minuit.

Les gérants de discothèques  ont en tout cas encore quelques mois à patienter avant de pouvoir accueillir de nouveau leur clientèle.

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