Polémique :

Avenir Lycéen, un syndicat qui sert "la communication du ministère" selon Médiapart et Libération


Publié / Actualisé
Jean-Michel Blanquer est dans la tourmente depuis les récentes enquêtes publiées par Médiapart et Libération. Le ministre de l'Education nationale et son ministère sont accusés d'avoir contribué à la création et à l'utilisation d'un syndicat lycéen, Avenir Lycéen, avec l'idée de servir la communication gouvernementale. (Photo AFP)
Jean-Michel Blanquer est dans la tourmente depuis les récentes enquêtes publiées par Médiapart et Libération. Le ministre de l'Education nationale et son ministère sont accusés d'avoir contribué à la création et à l'utilisation d'un syndicat lycéen, Avenir Lycéen, avec l'idée de servir la communication gouvernementale. (Photo AFP)

Libération et Médiapart l’assurent : des lycéens auraient été instrumentalisés pour contribuer à la communication du ministère de l’Education nationale. Les syndicats étudiants et enseignants sont vent debout, dénonçant une "propagande d’Etat".

- 65.000 euros de subventions dilapidés -

Au cœur de cette polémique, le syndicat Avenir Lycéen, créé en 2018. C’est Mediapart qui porte les premières accusations au début du mois de novembre : l’organisation étudiante aurait reçu "65.000 euros de subventions en 2019, dilapidés en partie en frais de bouche et hôtels de luxe". Une dérive reconnue par le cofondateur du syndicat, Nathan Morteux.

Interrogé par 20 Minutes, Robi Morder président du groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (Germe) souligne que cette "dérive est d’autant plus étonnante qu’elle est arrivée très tôt après la création de l’association. Comme si ces lycéens agissaient avec un sentiment d’impunité".

Le ministère alloue chaque année des subventions à des associations de défense des droits des lycéens. 20 Minutes explique que les demandes sont traitées par un bureau de la direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco). S’agissant des critères d’attribution, "la Dgesco a une grille de notation des actions menées par une association ". Pour Robi Morder, "les critères d’attribution sont assez flous, il y a un manque de transparence".

Après avoir fait une demande de subvention de 80.000 euros en janvier 2019 lors de sa création, le syndicat a finalement reçu 65.000 euros de la part du ministère. "Une nouvelle demande a été effectuée par l’association au titre de l’année 2020, en janvier dernier, cette fois pour un montant de 30.000 euros", précise le ministère. Cette demande a elle aussi été accordée. Rien d’anormal pour le ministère qui rappelle que "les montants alloués aux autres organisations ont parfois dépassé cette somme : l’Union nationale lycéenne a bénéficié de 80.000 euros en 2017 et 2018, puis de 40.000 en 2019 et de 20.000 en 2020".

C’est surtout un manque de contrôle qui est reproché au ministère et qui soulève les soupçons. En juillet 2020, il aurait été informé de "pratiques financièrement inacceptables" de la part de certains membres du syndicat qui auraient alors été rappelés à l’ordre. Pas suffisant pour Robi Morder : "le contrôle du rapport d’activité de l’association et de son utilisation des fonds n’a manifestement pas été assez rigoureux, s’il a existé". 20 Minutes rappelle "que ce n’est qu’après les révélations de Mediapart que la Dgesco a diligenté une enquête afin de déterminer la nature des dépenses de l’association", dont les conclusions seront connues mi-décembre.

- "Servir la communication du ministère" –

Samedi 21 novembre, Libération en rajoute une couche. Le quotidien fait sa une sur Jean-Michel Blanquer qu’il nomme "le Daron noir" et affirme dans un long article qu’Avenir Lycéen avait "germé " au ministère avec l’idée de "servir la communication" de Jean-Michel Blanquer. Autre objectif : faire contrepoids aux autres syndicats lycéens, opposés à ses réformes.

Libération affirme que "le numéro 2 du ministère à l’époque, le directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), Jean-Marc Huart, était étroitement lié aux responsables d'Avenir lycéen, et que des rectorats participaient à l’écriture de communiqués du syndicat, systématiquement favorables aux réformes du ministère".

Nathan Monteux, cofondateur d’Avenir Lycéen a contesté ces accusations, en défendant son indépendance et son droit "à porter une autre voix que celle de l’extrême gauche syndicale". "Personne ne nous a manipulés. À aucun moment quiconque au ministère de l’Éducation Nationale n’a utilisé notre mouvement" ajoute-t-il. Pourtant, l’enquête de Libération se fonde sur de nombreux témoignages.

Suite à cet article, les syndicats étudiants sont montés au créneau. Dans un communiqué, la FIDL a dénoncé un "dévoiement total de la cause syndicale et une insulte faite aux jeunes dont le ministère aurait organisé l’étouffement de la parole face à des réformes du bac et du lycée catastrophiques". Quant au syndicat Mouvement national lycéen, il voit en Avenir Lycéen "une entreprise politique n’ayant pas hésité à manipuler certains de nos jeunes camarades lycéens (…) afin de servir les intérêts du ministre". L’Union nationale des lycéens qui avait déjà prévu de porter plainte après les révélations de Mediapart a assuré sur Twitter qu’Avenir lycéen était un "instrument de Blanquer" pour "faire taire" son syndicat.

D’après Le Monde, "des élus la France insoumise et communistes ont réclamé dès vendredi soir dernier une commission d’enquête parlementaire sur cette affaire". "Nous déposons ce soir une proposition de résolution visant à la création d’une commission d’enquête sur l’activité du syndicat Avenir lycéen, ses liens avec le pouvoir exécutif et les actions de contrôle du ministère de l’éducation nationale sur ses membres et son action", ont annoncé les élus insoumis, auxquels se sont associés plusieurs députés PCF.

Jean-Michel Blanquer, de son côté maintient son cap. Le ministre s'est d'abord défendu au micro de RTL dimanche dernier : "si quelqu’un regarde de près ce qui est dit dans ces articles, il y a vraiment beaucoup de sauce et peu de lapin". Interrogé ensuite par BFM TV en début de semaine, il déplore : "c’est regrettable que pendant ces périodes-là, des médias, en l’occurrence tout un secteur de l’ultra-gauche, ne pensent qu’a créer de la polémique à partir de rien”.

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