Elections Régionales 2015 :

Pourquoi les urnes ne font plus recette


Publié / Actualisé
Ces élections régionales 2015 qui ont vu, à La Réunion, la victoire de la liste conduite par Didier Robert (52,69%) auront été riches en leçons, mais surtout en déceptions. On retiendra surtout deux phénomènes qui, très certainement, sont indissociables : la faillite des projets et un manque de cohérence politique qui aura eu pour conséquence d'aggraver une démocratie déjà en crise.
Ces élections régionales 2015 qui ont vu, à La Réunion, la victoire de la liste conduite par Didier Robert (52,69%) auront été riches en leçons, mais surtout en déceptions. On retiendra surtout deux phénomènes qui, très certainement, sont indissociables : la faillite des projets et un manque de cohérence politique qui aura eu pour conséquence d'aggraver une démocratie déjà en crise.

La faillite des projets

La compétence première de la Région est l’aménagement du territoire. Il s’agit là d’une compétence stratégique majeure puisque c’est le Conseil régional qui, finalement, décide l’impulsion qu’il veut donner au développement territorial mais aussi agricole, économique et, par conséquent, social, de La Réunion. C’est dire l’importance des projets que doivent porter les élus de cette collectivité.

Pourtant, force est de constater que les différentes listes en lice lors de ces régionales ont été très avares en projets de développement. Hormis la route du littoral et le nouveau serpent de mer qu’est devenu le réseau ferré, les candidats ont semblé manquer de vision pour l’aménagement de La Réunion.

Les questions relatives à la formation, à l’emploi ou au développement économique ont été certes évoquées mais seulement de façon superficielle. Nous avons davantage assisté à une surenchère  dans les chiffres qu’à des propositions concrètes, viables et détaillées. D’autres propositions quant à elles ne portaient même pas sur les compétences régionales, comme la diminution des charges des entreprises promise par Didier Robert et qui est en réalité de la compétence du législateur. A croire que certains candidats s’étaient trompés de scrutin…

Les candidats étaient davantage occupés à s’envoyer des noms d’oiseaux par médias interposés. " Mi vien pou ou ti kok " et autres joyeusetés auront ainsi rythmé cette campagne animée dans la rhétorique, mais pauvre en projets. 

Un manque de cohérence politique

L’autre phénomène marquant de ce scrutin, c’est l’incohérence politique assumée des élus, qu’ils soient de droite ou de gauche.

A droite, l’union a certes fonctionné puisqu’elle a remporté la majorité des suffrages. Mais elle a indubitablement désorienté plus d’un électeur qui n’aura pas compris pourquoi Jean-Paul Virapoullé, celui-là même qui fut marginalisé par Didier Robert aux régionales de 2010, avait rejoint la plateforme de ce même Didier Robert en 2015. De même pour Nassimah Dindar qui en 2007, a survécu à un coup d’état fomenté par ce même Didier Robert, l’obligeant à l’époque à se tourner vers ses adversaires du jour afin de poursuivre son action au Département, et qui en 2015 se retrouve seconde de la liste du président de Région sourtant. L’inimitié entre Michel Fontaine et la tête de liste " Réunionous " est quant à elle de notoriété publique et peut amener à s’interroger sur la sincérité de cette alliance. Que dire du soutien d’un Samuel Mouen et surtout d’un Rémy Massin - " mon ami Rémy Massin ", dixit Didier Robert lors de son discours de victoire -, président du parti radical de gauche et présent sur la liste de Patrick Lebreton au premier tour?

A gauche, la sauce semble quant à elle ne pas avoir pris du tout. Entre la division des socialistes qui se retrouvent au second tour, le discours intransigeant de Thierry Robert qui critique Huguette Bello, appelle au rassemblement derrière lui, pour finalement se ranger derrière la députée de la deuxième circonscription a certainement perturbé de nombreux électeurs. Sans parler de la posture du PCR, déchiré en interne entre une ligne anti-Bello et ceux qui souhaitaient soutenir une victoire de la gauche.  

Bien d’autres postures alambiquées ont certainement donné le tournis aux électeurs. Les élus dissidents de Saint-Paul qui ont appelé à voter pour la liste d’Huguette Bello, celle là même qui siège dans le camp de l’opposition municipale. René-Paul Victoria qui ne donne pas de consigne de vote alors que certains de ses colistiers tels que Willy Caderby se rallient à Didier Robert. La présence André Thien-Ah-Koon sur la liste d’Huguette Bello aura certainement été l’une des événements les plus improbables de ce scrutin tant le passif semblait les rendre irréconciliables.

Une démocratie en crise

La faillite des projets, la campagne davantage axée sur des attaques de personnes plutôt que le débat d’idées, l’absence totale de cohérence politique auront eu une conséquence simple : un taux d’abstention record. Avec un taux de participation de 55,28%, La Réunion aura fait moins bien qu’en 2010 où le taux de participation au second tour était de 59,70%. Si on ajoute les propos de la maire de la Possession, Vanessa Miranville, qui, sur un plateau de télévision, a annoncé qu’elle n’était pas allée voter lors de ce second tour, utilisant le terme de " grave crise de la démocratie ", on peut sans doute estimer que le désintérêt des Réunionnais pour les scrutins locaux vient de franchir un nouveau cap. " Le futur président sera élu par moins d’un quart des Réunionnais en âge de voter ? Cela pose un vrai problème de légitimité ", a d’ailleurs justement résumé Vanessa Miranville.

Si même une élue de la République préfère l’abstention au vote blanc, cela présage un sombre avenir pour la démocratie réunionnaise...

www.ipreunion.com

   

5 Commentaire(s)

TAGOUN, Posté
M. FRUTEAU, je ne suis pas de votre courant politique mais là à votre intervention je dis BRAVO, vous posez les vrais questions et vous mettez le doigt sur ce qui fait mal et ce qui est grave, merci pour vos propos qui nous font réfléchir contrairement à celles habituelles de certains politiciens, pour lesquels seule compte la démagogie.

J'espère que la démocratie va relever ce défit, j'ai un doute quand même, mais seule elle peut soulager les gens qui souffrent, j'espère que vous allez être de ceux qui vont "réinventer" la démocratie et redonner de l'espoir et de la fierté au peuple (combien j'en ai vu lors de la campagne n'osant afficher leur conviction de peur que celà se sache chez le candidat sortant de la pyramide et que par la suite il y ait "représailles", c'est affreux....alors qu'en Démocratie on doit pouvoir afficher sans complexe et sans peur ses convictions quelques qu'elle soient).
Merci encore M. FRUTEAU pour ce moment de réflexion.
Mascarin, Posté
Vous voulez reconquérir la démocratie ? Que pensez-vous d'une initiative telle que " laprimaire.org " ?

* Vous êtes un citoyen qui en a marre de la corruption du monde politique, un citoyen qui en a marre de toujours voter pour éliminer celui que vous ne voulez pas sans jamais avoir le choix de voter pour quelqu'un à qui vous voulez faire confiance ?
* Vous pensez ne jamais pouvoir vous faire élire car comme le dit Eric Fruteau dans les commentaires précédents, il faut pour cela avoir accès à une machine de guerre politique ?

LAPRIMAIRE.ORG vous offre l'opportunité d'exposer vos idées à vos compatriotes et d'obtenir la fameuse machine de guerre dont vous avez besoin pour prendre le pouvoir.

Mais, pour cela, il faut :
1) avoir des idées,
2) avoir le courage de les présenter.

Le ferez-vous ?
25 mars 1962, Posté
C. NORMAL QUE LA POPULATION NE CROIS PLUS UN EXEMPLE LE ZEMBROCAL AU CONSEIL GENERAL AVEC PAUL VERGES ANNETTE ET DINDAR... PLUS PRES DE NOUS EN 2010 TAK C'ETAIT LE PESTIFERE DE LA LISTE EN 2015 LE MEME BELLO MET SUR SA PROPRE LISTE CE MONSIEUR.......
, Posté
Il est temps de vous poser les vrais questions les journalistes. Beaucoup d'entre vous (privé et service public) ont été en dessous de tout pendant cette campagne. Les "pompes" de nos politiques n'ont jamais autant brillées ! Très peu ont une réelle déontologie, à croire que vous n'avez eu aucune formation politique, citoyenne et professionnelle.
Eric FRUTEAU, Posté
J'en parlais den novembre 2014 !
Et si la démocratie redevenait une hypothèse ?
C'est-à-dire une option. C'est-à-dire un choix à démontrer comme possible. Parce que nous ne vivons plus dans une démocratie et celle-ci serait à reconquérir !
L’état actuel du système nous pousse à user d’exemples.
•2005 : contre le peuple l’entente entre l’UMP et le PS nous impose le OUI. Le choix démocratique était celui du NON.
•De toute évidence la technocratie prend le dessus depuis 15 ans : les normes imposées par l’Etat, par l’Europe (cette machine à « normaliser ») tous deux gérés par des cadres politiques qui n’ont connu comme métier que de la politique, privent les collectivités d’autonomie de gestion.
•Sortant de l’ENA, la plupart de nos gouvernants ne vivent que par les indemnités. Ne croyez pas que vous, artisans, agriculteurs, enseignants, chômeurs, travailleurs du social, bénévoles, … vous allez devenir gouvernant ! QUE NENI !
•L’obtention du mandat politique ne serait possible qu’avec la possession de moyens financiers (il n’y a cas voir les résultats des dernières élections et les moyens utilisés, à La Réunion notamment). Soit vous détenez les fonds (les grosses machines politiques l’ont, les richissimes personnages également) et par clientélisme vous accédez aux responsabilités. Soit vous n’avez pas de moyens et vous vous contentez d’un rôle d’opposant. Vous êtes alors la caution d’un système pseudo-démocratique.
•Quel pouvoir détient en réalité le peuple si les gens du (petit) peuple ne peuvent plus représenter le peuple ? Si leurs cris et leurs revendications ne sont plus entendus !
La Démocratie est bel et bien en danger !
Alors il faut reconquérir la démocratie ! C’est pour cela que la démocratie redevient une hypothèse.
#EricFRUTEAU