Océans :

" Il faut mieux connaître les requins "


Publié / Actualisé
Gery Van Grevelynghe est le fondateur de l'association Squale'Idées avec Franche Landron. Deux passionnés qui depuis plus de quinze ans, étudient les requins autour de l'île de la Réunion. L'attaque récente d'un surfeur, puis les différentes observations de squales ces derniers jours pourraient laisser penser à une recrudescence des grands prédateurs sur nos côtes. Mais selon lui, il est trop tôt pour tirer cette conclusion. Il insiste cependant sur l'urgence à engager des recherches sur le comportements de ces poissons, sans surtout, céder à une panique qui n'a pas lieu d'être.
Gery Van Grevelynghe est le fondateur de l'association Squale'Idées avec Franche Landron. Deux passionnés qui depuis plus de quinze ans, étudient les requins autour de l'île de la Réunion. L'attaque récente d'un surfeur, puis les différentes observations de squales ces derniers jours pourraient laisser penser à une recrudescence des grands prédateurs sur nos côtes. Mais selon lui, il est trop tôt pour tirer cette conclusion. Il insiste cependant sur l'urgence à engager des recherches sur le comportements de ces poissons, sans surtout, céder à une panique qui n'a pas lieu d'être.
* Depuis la grave attaque de requin dont a été victime un touriste à Saint-Gilles, nous avons l'impression que les observations de requins sont de plus en plus fréquentes, avec une dernière en date, ce week-end à Saint-Gilles. Que faut-il en penser?

- Il y a un ensemble de raisons. Déjà, les gens sont plus attentifs et les informations remontent plus rapidement. La récente attaque a crée de l'émoi, du coup, on observe plus la mer. Nous sommes aussi en période d'été austral, avec une faune marine plus importante. C'est une période où il y a de fortes pluies, cela transforme les eaux côtières et les rend plus propices à la présence de requins. Le ravinage intense qui se fait dans les hauts se retrouve dans la mer. Les eaux sont troubles, on retrouve des déchets organiques... Les requins aiment ça. Toutes ces choses font que l'on en entend plus parler.

* Les eaux troubles sont donc un lieu de prédilection pour les requins. Pourquoi?

- Certains requins ont une supériorité sensorielle dans les eaux troubles. Ils peuvent approcher plus facilement leur proie. Les requins côtiers comme les bouledogues et les tigres travaillent beaucoup avec l'odorat, plus qu'avec la vue. Ils attaquent préférentiellement dans les eaux troubles. Mais cela augmente le risque de confusion avec leurs proies habituelle, comme les tortues. Mais c'est une confusion. On voit bien que quand un requin a mordu une fois, il voit qu'il s'est trompé et ne ré attaque plus. Le scénario où le requin attaque, tourne autour de la personne pour attaquer à nouveau, comme dans les Dents de la Mer, ne se voit jamais.

* Donc selon vous, il ne faut pas céder à la panique...

- Bien sûr que non. Il n'y a pas lieu d'avoir peur même si cela paraît bizarre de dire cela aujourd'hui. Chaque attaque a lieu dans des circonstances particulières. L'attaque de la semaine dernière a été le fruit d'un concours de circonstances. Des observations de requins ont lieu très régulièrement par des pêcheurs, des plongeurs sans qu'il ne se passe rien. Le requin se trompe, il ne s'acharne pas. Nous ne faisons pas partie de son menu habituel. Il faut seulement respecter certaines règles : il ne faut pas se mettre à l'eau quand elle est trouble et en sortir tôt, notamment pour les surfeurs.

* Quand même, ces derniers jours, on a eu l'impression que de nombreux requins ont été observés. Non?

- Il est trop tôt pour dire qu'on en voit plus. Il faudrait se donner les moyens de les observer, faire des marquages, évaluer les populations... Et il faudrait faire cela à distance d'un événement traumatisant comme l'a été l'attaque du week-end dernier. Mais nous observons des requins toute l'année, il y a des captures de requins toute l'année, des surfeurs dans l'eau tous les jours. Mais c'est vrai que là, on fait plus attention. En plus, les ailerons peuvent être confondus avec ceux d'autres animaux, comme des dauphins ou des raies aigles. Je me suis fait leurrer plusieurs fois avec des ailerons de raies aigles, qui d'ailleurs, viennent souvent à proximité des côtes.

* Donc selon vous, la première chose à faire est d'apprendre à mieux connaître ces animaux?

- Bien sûr ! On ne se donne pas suffisamment les moyens de connaître les requins. Pourtant, les attaques ont des répercussions économiques, sur le tourisme ou sur l'image de l'île en général. On se doit d'en faire plus car on ne sait quand même pas grand chose. Nous, on fait du bricolage, on essai de faire une banque de données mais c'est insuffisant. D'autres pays qui auraient des attaques feraient tout pour analyser leurs requins côtiers. Nous, nous sommes des gens intéressés par le sujet, des bénévoles mais nous ne faisons partie d'aucune institution scientifique. Si personne ne fait rien, nous allons finir par nous faire sponsoriser par des organismes privés.


Propos recueillis par Marine Veith pour
   

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